‹ Les perce-neige; premières poésiesChapitre 2 sur 21 · LE BAPTÊME · texte numérisé non relu

LE BAPTÊME

A Mmt J. T,

Hâ sont là, dans la sacristie ; Le parrain, endimanché, droit^ Dissimule une main sortie^ A moitié d'un gant trop étroit.

La marraine, plus loin, assise, Berce Tenfant sur ses genoux, Et, songeant qu'on est à l'église, Kegarde d'un air gi'av« et doux.

La longue robe de baptême La couvre de ses plis flottante :

—C'est, dans la famille, la même Qui sert à tous depuis longtemps.

Un peu plus loin se tient le père, Immobile, silencieux:

Il pense, rêveur, au mystère Qui va s'accomplir sous ses yeux.

Mais, là-bas, ou voit apparaître, Ceint de l'étole, en surplis blanc, Suivi du sacristain, le prêtre Qui s'avance, calme, à pas lent.

On s'approche ; l'enfant s'agite ; Et quand au front du nouveau-né Coule lentement l'eau bénite, .11 eatr'ouvre un œil étonné.

Entin la dernière prière ^lonte au ciel, le prêtre s'est tu :

— Toi qui viens sourire à la terre.

Petit enfant, que seras-tu ?

Seras-tu laboureur, poète.

Soldat, ou lévite à l'autel ?

— ^lystère ! ta bouche est muette C'est le secret de l'Eternel !

LES ENTANTS

Lnité de l'anglais du Col, Fatien

Lorsque leur fraîche insouciance Accourt s'ébattre sous mes yeux, Il me revient de mon enfance Comme un parfum délicieux.

Avec les autres jouer, rire.

Etait alors mon seul souci ; Et quand je les voyais sourire, Heureux, je souriais aussi.

Jamais le bruit ni la poussière Ne troublaient mon œil rayonnant; J'aimais mieux mes billes de pierre Que tout l'or que j'ai maintenant.

La mer et les plages lointaines Ne provoquaient point mes soupirs ; De jouets mes mains étaient pleines.

Là se bornaient tous mes désirs.

Mais maintenant que dans moji âme L'âge s'est ouvei't un sillon, Ma pensée erre sur la lame Et suit le liévreux tourbillon.

J'aime à voir, au mât qui se plie, La vergue se rompre en éclats.

Entendre, dans le vent qui crie.

Cette aile que Ton ne voit pas.

Je vis sur les champs de bataille Tanquille comme en un boudoir, Cherchant à travers la mitraille Les ressorts secrets du pouvoir.

Je n'y trouve, hélas î qu'une chose, vSe détachant du fond obscur :

L'enfance a respiré la rose.

Les ronces sont pour l'âge mur.

Ah ! coulC; sang pur de l'enfance, Lentement et sans te pî-esser :

Dérobe à l'heureuse innocence Le feu qui devra Tembrasej*.

Il ne gin)ssira que trop vite, Ce profond et tranquille flot ; Marée ondoyante et subite Dont chaque vague est un sanglot l

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BEBE DOET

A Marie-Louise D

upre.

Il est midi. La chambre est sombre A la fenêtre on a cloué, Pour donner du frais et de l'ombre, Un grand châle à carreaux, troué.

Dans un coin, la paupière close, Sur son oreiller de duvet, Le bébé doucement repose, Et le chien dort à son chevet.

Alentour, tout se fait tranquille; On n'entend que le vieux coucou, Balançant sa tige mobile, Accroché là bas ù son clou.

A travers les trous du vieux châle Que son poids fait partout plisser, Un rayon de lumière pâle De temps en temps vient se glisser.

Bans l'autre chambre, le j)otage Se met sur la table, fumant ; Le 2)ère rentre de l'ouvrage, Joyeux. Mystérieusement.

La mère, le doigt sur la bouche, Par la porte ouverte à demi Lui montre, dans un coin, la couche Où Bébé repose endormi.

Un bras replié sur la tête Colle au front ses cheveux mouil De la couverture indiscrète, On voit sortir deux petits pieds.

Eux se regardent en silence.

Tout émus, la main dans la main.

Pendant qu'à part soi, chacun pense Il aura ses six mois demain !

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