LES OISEAUX SOXT PARTIS
A Saint-Georges.
Ils sont partis ; à la fenêtre
Je ue les vois plus voleter,
Et la graine que j'y viens mettre
Par le vent se fait emporter.
Où sont leurs chansons gracieuses
Et leurs courses capricieuses
Sur la grange au chaume bruni ?
Et la joyeuse chasse aux mouches,
Pour nourrir les petites bouches
Qui s'ouvrent tout au fond du nid ?
Hélas ! le souffle de l'automne
Est venu glacer le vallon ;
La nature entière frissonne
Aux caresses de l'aquilon.
La feuille a tombé de la branche,
Et, sur l'arbre, la neige blanche
A sa place semble frémir ;
Et, dans le jardin froid et sombre
Qui n'a plus de soleil ni d'ombre,
La bise seule vient gémir.
O printemps, ô fleurs, ô jeunesse, O bosquets où j'allais rêver.
Où j'entendais avec ivresse Le chant des oiseaux s'élever !
Ils sont partis, l'hiver les chasse, La solitude les remplace.
Ainsi, nos jours frais et riants S'envolent devant la vi (blesse Qui, dans son jDassage, nous laisse Courbés sous les neiges du temps !
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SOUVENIES
^ Benjamin Suite.
L'ombre s'allonge dansi la plaine, Et, sur le grand chemin qui mène Jusqu'aux confins de l'horizon, Je vois encor la blanche trace Du gros attelage qui passe Tout auprès de notre maison.
Les troupeaux entrent à l'étable, Tandis que, sous le vieux érable, Nous arrêtons soudain nos jeux ; Ca!', c'est l'heure de la prière, Et la cloche invite la terie A porter son cœur vers les cioux,
L'ombre s'épaissit davantage Et, vers l'ouest, un gros nuage Yoile le ciel décoloré ; On se parle encore à voix basse, Puis, bientôt, la paupière lasse Se clôt sur un songe doré.
Telle est l'enfance calme et pure ; Plus tard, la route devient dure, Et le soleil luit moins souvent; Les nuits ont moins de songes roses, Et, si l'on connaît plus de choses.
Hélas ! on souffre plus ! Pourtant,
Ces fleurs des pi'emières années, Eeloses à peine et fonées, De l'âge remontant le cours.
Souvenirs que le cœur <iCoute, Viennent refleurir notre route Et parfumer nos derniers jours.
MOET DTIXE JEU^sT: FILLE
Mère, pourquoi donc ma pensée.
Sur l'aile du vague empressée.
Au loin s'égare si souvent ?
Pourquoi, sur leurs tiges pendantes, Mes fleui*s se courbent, languissantes ? Mes pauvres fleurs que j'aimais tant !
Je me trouve à songer sans cesse, Et souvent, ta douce caresse Laisse encor un vide en mon cœui* ; Pourquoi mon âme est si rêveuse, Mère ? ne suis-je plus heureuse, Ici, de notre ancien bonheur ?
Le soir, j'entends des voix unies Chanter de douces harmonies Dont le son me fait tressaillir ; Puis, j'ai des visions étranges :
Je vois passer, passer des anges.
Et je ne puis plus m' endormir !
Souvent l'un d'eux près de ma couche S'arrête, et sa divine bouche S'ouvi-e, quand je veux sommeiller ; Hier, il prit ma main dans la sienne.
Et sa voix, semblable à la tienne, Chanta, près de mon oreiller :
" La brise descend sur la rose, " Et son souffle léger dépose ^' Dans son sein l'arôme enchanteur " Le soir, quand la brise repasse, "La tige seule est à sa placej " Une main a cueilli la fleur.
" La rose est comme la jeunesse " Que le vent des plaisirs caresse " Et qui voit un long avenir ; " Mais à la fin de la joiu'née, '• Elle tombe toute fanée, " Sans laisser même un souvenir.
L'ange, alors, sur mon lit se penche, Et le vent de son aile blanche Emporta mon âme après lui ; Je regardai son blanc sillage,
Puis il se couvrit d'un nuage
Et puis tout s'c?t avanoui !
On dit que le Seigneur appelle Là-haut, dans sa vie éternelle, Celui qui voit l'ange ici-bas ; Et, le soir, cette âme si pure S'échappa dans un doux murmure, Suivit l'ange et ne revint pas !,