LA NEIGE
A Frédéric Gerhié.
Oh ! the snow, the beautiful snow.
Filling the earth and sky below !
Oh ! la neige, la belle neige, Voltigeant partout sous les cieux, A tout passant faisant cortège De ses flocons blancs et soyeux!
Elle nous baigne la figure Dans ses éblouissants cristaux, Cette neige fraîche et si pure Qui doit pourtant se fondre, obscure, Avec Ift fange des ruisseaux.
Les <;hevaiix piaffent dans la rue,' Tout en face de la maison ; Sur leur crinière qui remue Se tend une blanche toison.
Le cocher, impatient, fouette :
L'équipage part au galop ; On entend tinter la clochette, Mais la neige molle et discrète Etouffe le bruit du sabot.
Couvert d'une fourrure épaisse, Dans son sleigh couché, nonchalant, Le bourgeois, à son aise, laisse Tomber un regard indolent Sur le flot qu'en passant refoule Son équipage étincelant ; Quelques murmures de la foule S'échappent, puis le flot s'écoule, Les uns jurant, d'autres riant»
Car, c'est la première bordée, C'est du nouveau, l'on est content.
L'on rit; vous n'avez pas d'idée Comme rire rend indulgent.
Puis, ce tapis blanc et sans tache, Qui s'étend sur le sol dui'ci Où Foeil avec plaisir s'attache, C'est comme le pardon qui cache Ce que le crime avait noirci.
On ne pense pas au chauffage :
On a tant souffert des chaleurs !
On ne pense pas au chômage ;
Qui sait ? Les temps seront meilleurs I
Au cœur on n'a que l'espérance,
Ce mirage de chaque joui* ;
On se hâte dans la dépense
De cette coui-te jouissance :
La douleur aura bien son tour.
C'était la première bordée, Et la neige faisait plaisir ;
Depuis vous n'avez pas d'idée
Comme la neige fait souffrir !
Comme au pauvre monde elle est dure, (Hélas ! nous nous étions trompés !) Comme elle frappe la figure Et nous fait sentir sa piqûre ^ Jusque sous nos habits râpés I
Les maisons sont froides, mal closes ; Il fait froid dedans et dehors :
Ah ! que l'on voit de tristes choses Dans l'âtre où les charbons sont morts I — Keige, qui baignes ma figure De tes éblouissants cristaux, O neige, si blanche et si pure.
Hâte-toi de te fondre, obscure, Avec la fange des ruisseaux !
m\mm^M^M^m^
CHEZ LE EICHE EN HIYER
A M. le Comte de Prémio-Héal.
Au dehors gronde la rafale, Et la neige, épais tourbillon, Fouette la vitre qu'un jour pâle Eclaire d'un dernier rayon.
Il est cinq heures. Dans la chambre, L'âtre projette sa lueur, Et, par ce grand froid de décembre, Eépand une douce chaleur.
Etendu sur sa longue chaise, Le père, se penchant pour voir, A la lumière de la braise, Parcourt la gazette du soir.
Dans le fond, au bout d'une table, Des enfants au regard narquois Ecoutent, souriants, la fable Que l'aîné lit à demi-voix.
La mère, auprès de la fenêtre, Voyant le jour baisser en cor, Quitte sa tache et vient remettre Dans l'étui ses lunettes d'or.
L'ombre se répand, plus épaisse.
La rafale gronde toujours Au dehors, et la neige pi'esse Les carreaux avec des bruits sourds.
On attise le feu dans l'âtre Qui se reprend à rayonner : Voici qu'à l'horloge d'albâtre Six heures vont bientôt sonner,
La li^alle voisine s'entr'ouvre.
Et, parmi le rayonnement Des lustres, l'œil ravi découvre Le dîner qui se sert, fumant.
[fj^Traêralsinr^fi^
CHEZ LE PAUTHE EX fflYER
A Alfred De Celles,
L'humble logis n'a qu'une pièce ; Et les murs sales, dégarnis, Offrent au regard la tristesse £t le désordre des vieux nids.
Par les ouyertures mal closes Entre le vent glacé du soir ; On croit voir de lugubres choses Au fond de l'âtre froid et noir.
Sur sa couchette nue et dure, Dans un coin, le père, souffrant, Cache la douleur qu'il endure Avec un sourire navrant.
Plus loin, deux enfants au front pôle Dorment, les bras entrelacés ; Leur souffle siffle comme un râle, Et leurs petits pieds sont glacés.
Sous la lampe fumeuse et basse, La mère, seule, pour nourrir La famille, quoique bien lasse, Force son aiguille à courii-.
Elle a, pendant cette journée, Travaillé sans compter son temps ; Sa tâche n'est pas terminée, Il faut encor peiner longtemps.
Hélas î plus de pain dans la huche, Et les remèdes coûtent cher :
Voici que la dernière bûche Est éteinte depuis hier.
Songeant à toutes ces misères.
Elle voit l'espoir qui s'enfuit.
Et ses larmes coulent; amèrea.
Dans le silence de la nuit.
LES PASSEEEAUX D'HIYEB
A A, Lusignan.
Aussitôt que le froid s'avance, Tous les oiseaux, en troupe immense, Tiennent, criant, du haut des airs:
Puis, de la plaine désolée.
Chacun prend bientôt sa volée.
Et no8 boequets restent déserte.
Les hirondelles les premières, Et les mouettes les dernières Partent. Tout seuls, les passereaux, Sans craindre la neige et le givre, Avec nous consentent à vivre Quand le froid glace nos carreaux.
Il faut les voir, ces oiseaux frêles, A la neige tendant leurs ailes, Gazouiller sur le toit glissant ; Lorsque tout le monde frissonne, Leur rapide essaim tourbillonne, Gracieux, autour du passant.
C'est une danse échevelée
Sur la gouttière dentelée
Par les glaçons ; ce sont, dans l'air,
Des zig-zags et des courses folles,
Des chutes et des cabrioles,
Aussi changeantes que réclair.
Couchés dans vo3 chaudes voitures, Ensevelis dans vos fourrin'es, Les avez-vou3 vas accourir, Cherchant sur la neige mouilléô La petite graine oubliée Qui les empêche de mourir.
Le froid est noir, l'hiver est rude, Mais soyez sans inquiétude Pour ces hôtes de nos frimas ; Le Dieu qui fait mouvoir leurs ailes Met dans leurs petits cœui-s fidèles Un sang qui ne refroidit pas.
Si cependant, à la fenêtre
L'un d'eux vient becqueter, peut-être
Une frileuse et blanche main
A ce petit ami qui guette
Youdra-t-elle jeter la miette
Dont il fera tout un festin.
Au premier froid, les autres partent, Comme ces amis qui s'écartent Quand le malheur sur nous s'étend ; Mais eux gardent toujours la place, Et ni le soleil ni la glace Ke peut changer leur cœur constant.
AU PATIXOIE
A Joseph Marmette.
Sur la surface bleue et lisse, Eapide comme l'éclair, glisse L'essaim brillant des patineurs On dii'ait une étrange chasse De joyeux fantômes, qui passe A la suite de ses veneurs.
La ronde immense se déroule Sous les yeux ravis de la foule, Pour revenir en tournoyant ; Pendant que chaque réverbère Jette 6X11' elle sa lumière Au reflet clair et chatoyant.
Longtemps ses courbes gracieuses Se succèdent, silencieuses, Comme dans un mouvant décor ; Puis le tourbillon vole et passe, Et le profond miroir de glace Semble vibrer sous son essor.
Puis le large ruban se coupe, De çà de là se forme un groupe Qui, plus loin, se rompt à son tou.
Pour commencer la course folle Où chacun s'entre-croise et vole Avec un bruissement sourd.
La vitesse augmente, la fièvre Monte, Tœil s'allume, la lèvro S'ouvre, l'éclat joyeux des voix S'étend sous la voûte sonore.
Ainsi qu'au lever de l'aurore L'appel des oiseaux sous les bois.
Parfois, un patineur novice Entraîné par son élan, glisse Et tombe ; alor^, on voit, souvent, Dans une commune disgrâce, Ceux qui suivaient la même trace Tomber sur l'obstacle mouvant.
Ces chutes sont peu dangereuî^e» ;
— J'en ai vu de plus sérieuses,
Dans le monde non-patineur; —
On porte, ici, la tête haute
En se relevant de sa faute,
Car tout est sauf, même Thouneur.
Mais voici que les bmits s'apaisent, Les voix, qui s'élevaient, se taisent Dans un accord mystérieux ; C'est que, tout au haut de la glace, L'orchestre jette, de sa place.
Ses préludes harmonieux.
Sous le charme de la cadence.
La ronde repart, se balance, A pas ondulants et rythmés j On n'entend qu'un faible murmure Qui flotte et marque la mesure Parmi les groupes animés.
Puis, le mouvement plus rapide Court ; le long ruban se dévide A pas brusques, précipitas ; Les patineurs passent, s'effacent.
Et puis, l'instant d'après, repassent Comme en un vertige emportés.
Mais, une légère buée S'élève et forme une nuée Autour des lustres jaunissants.
L'heui-e déjà tardive passe, La fatigue montre sa trace Sur les visages pâlissants.
L'orchestre éteint sa voix qui râle, Pendant que, là-bas le joui' pâle Eegarde au guichet entr'ouvert ; Il est temps de partir, la foule Silencieusement s'écoule Yers le chemin froid et désert.
C'est ainsi que notre existence, Pendant les premiers jours, s'avance Dans la joie et sous la clarté ; Mais, vers le milieu de la route, L'homme, surpris, regarde, écoute :
Il est seul, dans l'obscurité.
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