‹ Les perce-neige; premières poésiesChapitre 13 sur 21 · MÉLANGES · texte numérisé non relu

MÉLANGES

A COEINKE ET MARIETTE

O petites, je n'écris bien Qu'en vous regardant l'une et l'autre ; Car, si j'en prends un peu du mien, J'y mets aussi beaucoup du vôtre.

Avec vous, je n'ai pas besoin De chercher les grandes pensées ; Et je ne vais jamais bien loin Trouvai* vos âmes empressées.

Nous nous parlons très librement, —Nous connaissant de vieille date, — Et j'apprends, avec vous, comment Dire une chose délicate.

Et puis, je suis toujours certain D'intéresser mon auditoire :

Je parlerais jusqu'au matin Qu'on écouterait mon histoire.

Je suis fier, au fond, savez- vous, De ces petits succès d'estime ; Car, on peut le dire, entré nous :

Le simple est tout près du sublime.

Tous êtes là, tantôt riant, Tantôt toutes effarouchées ; Et je suis sûr, en vous voyant, Q«e, dm coup, je vous ai touchées.

Ah ! si, pour écrire ou parler, On regardait toujours l'enfance, Que de traits on saurait voiler, Qui font plus de mal qu'on ne pense !

Petites, puissiez-vous toujom*3, — Pour éviter toute blessure, — Vous contenter de mes discours Pauvres, mais au moins sans souillure.

L'AYEUGLE

Tous dont les yeux s'ouvrent sans cesse Au glorieux éclat du jour, Yous qu'un joyeux soleil caresse A chaque instant avec amour ; Yons qui, sur la terre fleurie, Marchez en regardant les cieux, Et qui, dans la verte prairie, Pouvez guider vos pas joyeux.

Tous pensez quelquefois, sans doute, En cheminant dans les clartés, Qu'un malheureux poui-suit sa route Dans la nuit noire, à vos côtés.

Pour lui, sans cesse un sombre voile Sur la nature est étendu :

Son horizon est sans étoile, Son soleil, à jamais perdu.

De quelque côU qu'il s'avance, L'ombre impénétrable le suit ; Autour de lui, sépulcre immense, La nuit sans fin, toujours la nuit !

Et, dans sa zone sans lumière, Vivant comme sous un linceul, Il est constamment solitaire Sans pouvoir jamais être seul.

Comme vous, j'ai vu la nature Et j'ai joui de ses beautés ; J'ai vu relatante parure Du ciel, et ses douces clartés.

Je travaillais comirie les autres, Content, sans refuser mon tour ; Et mes deux bras, comme les vôtres, Gagnaient le pain de chaque jour.

Et le soir, assis sur la porte

Avec ma femme, je voyais

Mes enfante, joyeuse cohorte,

S'amuser, et puis je disais.

En voyant au ciel un nuage :

— Demain, nous aurons mauvais temps.

— Un compagnon, après l'ouvrage,

S'arrêtait, nous causions, contents.

Toujours assez de pain en huche, Les enfants n'allaient pas pieds nus ; L'hiver, dans le poêle, une bûche ; Les pauvres étaient bienvenus.

Hélas ! ce temps a passé vite !

Mes yeux sont partis : après eux, Le malheur est venu de suite, Avec son cortège hideux.

La misère assise à la porte, La nudité, le froid, la faim Et ses déchirements ; en sorte Qu'il m'a fallu tendre la main.

Ces bras si forts à leur ouvrage, Jadis jamais ne se lassant, Savez- vous qu'il faut du courage Pour les tendre vers le passant !

Croyez, ce n'est pas la paresse ; Si seulement je pouvais voir ! . . .

Mais, en attendant, la faim presse.

Il leui' faut du pain pour ce soir !

— Donnez ; et que la Providence, Pour ce sei'vice à moi rendu, "Vous remette, en sa bienfaisance, Tout le bonheur que j'ai perdu.

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