Dion Gassius, 1. lxvif, c, 14. 'irjTfXin^v. à9sÔT>jToç
les hétéries ou sociétés particulières organisées sur divers points, qui redoutait pour elle jusqu'aux compagnies d'artisans destinées à éteindre l'incendie *, ne pouvait voir de bon œil l'accroissement rapide d'une société religieuse ayant sa hiérarchie, ses lieux de réunion, son culte particulier. J'insiste là-dessus, parce que dans ces derniers temps on a prétendu s'appuyer sur le caractère de Trajan pour révoquer en doute le récit du martyre de saint Ignace 2. Nous n'avons aucune raison pour refuser à ce prince de nobles qualités, surtout si nous le comparons à ses prédécesseurs. Mais nous possédons un document irréfragable qui prouve que Trajan ne reculait pas devant la cruauté, lorsqu'elle lui semblait commandée par la raison d'État : c'est la fameuse lettre que lui adresse Pline le Jeune, et la réponse qu'il y fait. 11 est vrai que cette pièce n'a pas trouvé grâce devant la critique de Semler, qui accuse TertuUien de l'avoir fabriquée ; mais s'il était permis de rejeter un ouvrage, par lé seulmotif qu'on croit y avoir découvert des invraisemblances, aucun monument de l'antiquité ne résisterait à de pareilles attaques ; aussi l'opinion du rationahste allemand n'a-t-elle pas trouvé d'écho ^. Arrivé dans son gouvernement de Bithynie, l'ami de Trajan fut effrayé du grand nombre de chrétiens qu'on traduisait journellement devant son tribunal. Hommes, femmes, vieillards, enfants, une multitude d'accusés de tout âge et de toute condition comparaissent devant lui. La nouvelle religion remplit les villes, les bourgs et les campagnes. D'autre part, les temples des dieux sont déserts, les sacrifices interrompus ; les victimes ne trouvent plus d'acheteurs. Que faire dans une pareille circonstance ? Avant de se prononcer, le gouverneur veut juger en connaissance de cause. Il interroge les accusés, sonde leur conduite, s'enquiert de leurs doctrines. De peur d'être trompé, il s'adresse à ceux qui, après