In Claud., xxv
faire tomber la rumeur publique, dit l'historien, il imagina (les coupables, et il choisit pour victimes ceux que le vulgaire appelait chrétiens. » On voit, par ces paroles de Tacite et par des passages analogues de Suétone, que déjà ces accusations de maléfices et de crimes occultes, réfutées plus lard par les premiers apologistes, circulaient dans les masses ignorantes ^ Ces deux historiens ne nous permettent pas non plus de douter que le nombre des chrétiens suppliciés sous Néron ne fût très -considérable : multitudo ingens ; et le sentiment contraire de l'Anglais Dodwell ne saurait tenir contre un témoignage si explicite. Toutefois, je n'oserais m'appuyer sur quelques paroles de Paul Orose, pour affirmer que Néron porta un édit formel dans le but d'étendre la persécution à toutes les provinces, bien que les fureurs exercées contre les chrétiens à Rome n'aient pu que leur devenir funestes dans le reste de l'empire 2. Les mesures violentes de Domitien prennent déjà un caractère de généralité plus grande. 11 ne cherche plus seulement à satisfaire la haine des masses et l'instinct naturel de sa cruauté ; il s'attaque à la religion nouvelle, dont la profession seule devient un crime de lèsemajesté, sous l'étrange prétexte d'athéisme ou d'impiété. Sans parler des auteurs chrétiens, nous apprenons par Dion Gassius que Domitien imagina contre le christianisme ce chef d'accusation, fondé sur ce que la religion nouvelle ne reconnaissait pas les dieux de l'empire ^. Mais ce fut Trajan qui se chargea d'ériger la persécution en système légal, non toutefois sans hésiter dans les mesures àprendre, et sans se contredire dans leur accomplissement.
En homme d'État qu'il était, Trajan dut se préoccuper vivement de cette religion nouvelle qui déjà inondait l'empire. Lui, qui voyait un danger pour l'unité romaine dans
t. Tacite,. 4nna7e5, xv, 44; Suétone in Néron., xvi. « Abolendo rumori subdidit reos. « — Quospro flagitio invisos vulgus christianos appellabat.»