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LE PRINCIPE CATHOLIQUE DE L AUTORITÉ

le docteur llengslenberg, ont beau s'attacher aux anciennes confessions de foi comiîie à une ancre de salut : cette inconséquence fait honneur à leur sentiment chrétien, mais nullement à leur logique. On leur a très-bien répondu qu'il ne valait pas la peine de s'être soustrait à l'autorité du pape de Rome pour subir la tyrannie d'un pape de papier •^. Si donc les Épîtres de saint Ignace consacraient le principe protestant, nous devrions l'y retrouver tel que nous venons de l'énoncer.

Supposons à présen t qu'au lieu du principe protestant, i'évêque d'Antioche ait voulu rappeler aux Églises de l'Asie Mineure le principe catholique. Dans ce cas, son langage devrait être celui-ci : Au milieu des fausses doctrines qui vous sollicitent, votre ligne de conduite comme votre règle de foi est toute tracée. Voulez-vous savoir où est la vérité : regardez vers le corps des Pasteurs. Soumettez-vous à leur autorité ; restez en communion de foi et de charité avec votre évêque ; car là où sont les évéques, là est la vraie doctrine, là sont les vrais sacrements, là est le vrai culte, là est Jésus-Christ. Voilà bien en peu de mots le principe catholique : l'autorité doctrinale, dépositaire de la vraie foi, et comme conséquence, la soumission d'esprit et de cœur à la hiérarchie divinement établie. Cela posé, lequel de ces deux principes, du libre examen ou de l'autorité, allonsnous rencontrer dans ces Lettres écrites par le disciple de saint Jean, dix ans après la mort de son maître, et quarante années après le martyre de saint Pierre et de saint Paul, c'està-dire, au commencement de l'Église chrétienne?

Saint Ignace veut prémunir les ÉgUses de l'Asie Mineure contre le schisme et l'hérésie. A cet effet, va-t-il leur indic[uer un remède souverain dans l'Écriture interprétée par la raison individuelle ? Pas le moindre vestige d'un pareil système. Bien loin de là, il le condamne à chaque ligne, en pré-

1. Ullmann, Theologische Studien, 1832, t. IT, p 295; Hawrcnski, Pape, Coste, Schuliz, eic. Scliwartz, Zur Geschiclue der neuesten Théologie, Leipzig, 1856, p. G5 98.

cisant le principe catholique avec une rigueur et une netteté qui ne laisse rien à désirer. C'est de la soumission à la hiérarchie que le grand évoque fait dépendre l'unité de foi et de l'union des membres entre eux. Pour le prouver, je devrais vous lire une Épître après l'autre, car elles ne sont toutes que le développement de cette thèse. Je me bornerai à vous mettre sous les yeux quelques passages qui ne souffrent aucune réplique. « 11 convient, écrit-il aux Éphésiens, que vous glorifiiez Jésus-Christ en toute manière, par une soumission parfaite à l'évêque et au collège des prêtres... La charité me fait un devoir de vous exhorter à persévérer dans l'union avec Dieu. Car Jésus-Christ est uni au Père, comme les évêques, établis sur toute l'étendue de la terre, sont unis de sentiment avec Jésus-Christ. C'est pourquoi il faut vous rencontrer tous dans le sentiment de l'évêque, comme du reste vous le faites. Vous avez une assemblée de prêtres dignes de Dieu, attachés à l'évêque comme les cordes d'une lyre. Aussi est-ce avec un accord parfait que vous chantez Jésus-Christ dans le concert de la charité. Vous formez un chœur qui chante d'une seule voix le cantique de Dieu sans la moindre dissonance... 11 est donc manifeste qu'il faut voir dans l'évêque le Seigneur lui-même. » Il serait difficile de mieux exprimer cette union des esprits et des cœurs qui résulte de la soumission à l'autorité établie par Dieu. Damas, évêque de Magnésie, était encore jeune : Ignace craint que les fidèles de cette ville ne tirent prétexte de son âge pour se soustraire à son autorité. « N'abusez point de la jeunesse de votre évêque, leur écrit-il ; mais ayant égard à la puissance de Dieu le Père, témoignez-lui tout respect, comme font vos saints prêtres : en lui obéissant, c'est au Père de Jésus-Christ, l'évêque de tous, que vous prêtez obéissance... l/évêque doit présider à la place de Dieu, les prêtres forment autour de lui un autre sénat apostolique, les diacres remplissent le ministère que Jésus-Christ leur a confié... De même queleSeigneur n'a rien fait par lui-même ni par ses apOtres, mais tout en union avec son Père, ainsi ne devez-vous rien

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accomplir sans l'évoque et les prêtres. Réunissez-vous dans une môme prière, dans un même esprit, dans une môme espérance. » L'éveque est donc le représentant de Dieu : c'est en communion avec lui et son clergé qu'il faut accomplir les devoirs de la vie chrétienne. Le saint martyr exprime cette vérité à peu près dans les mêmes termes en écrivant aux Tralliens : « En rendant l'obéissance à votre évêque comme à Jésus-Christ, vous me paraissez animés de l'esprit du Sauveur. Car il est indispensable de rien faire sans révoque ; mais de plus soyez soumis aux prêtres comme aux apôtres de Jésus-Ghrist. Révérez les diacres comme établis par ordre de Jésus-Ghrist, l'évoque comme Jésus-Ghrist luimême, le Fils du Père, et les prêtres comme le sénat de Dieu et le conseil des apôtres. Sans eux il n'y a pas d'Église. Gardez-vous des faux docteurs. Vous les éviterez, si, bannissant tout orgueil, vous ne vous détachez pas de Jésus-Ghrist notre Dieu, de Févêque et des préceptes des apôtres. » Ainsi l'Église se trouve là où est la hiérarchie : on est à la merci de l'erreur lorsque, aveuglé par un vain orgueil, on se sépare d'elle pour se confier dans ses propres forces. Getle conséquence est encore mieux déduite dans l'Épître aux Philadelphiens. Après avoir fait l'éloge de l'évêque de cette ville, Ignace s'exprime ainsi : « Vous êtes les fils de la lumière et de la vérité, fuyez donc la division et les mauvaises doctrines. Or, où se trouve le Pasteur, là est la place des brebis. Tous ceux qui sont de Dieu et de Jésus-Ghrist, ceux-là sont avec l'évêque... Mettez donc votre zèle à célébrer une même Cène ; car il est une seule chair de Notre-Seigneur Jésus-Ghrist, il est un seul calice qui nous fait participer à son sang, un seul autel, comme il n'y a qu'un évêque avec un collège de prêtres et des diacres... A tous ceux qui veulent faire pénitence Dieu accordera le pardon, s'ils cherchent à rentrer en grâce auprès de lui et en communion avec leur évêque. )> D'où il suit que le vrai culte et la véritable administration des sacrements se trouvent avec la hiérarchie, et que toute rupture de communion avec elle brise l'union avec

Dicn. Enfin saint Ignace couronne cet enseignement par ce passage de l'Épître auxSmyrniens: « Obéissez tousà l'évéque, comme Jésus-Christ a obéi à son Père, aux prêtres comme aux apôtres ; quant aux diacres, vénérez-les, parce qu'ils ont été institués sur l'ordre de Dieu. En dehors de l'évéque, que personne ne fasse rien de ce qui regarde FÉglise. Il n'y a de valide que l'Eucharistie célébrée par l'évéque ou par celui qui tient de lui ce pouvoir. Que les fidèles se réunissent là où l'évéque se montre, de môme que l'Église catholique se trouve là où est Jésus-Christ. Sans l'évéque il n'est permis ni de baptiser, ni de célébrer l'agape ; Dieu n'agrée que ce qui est approuvé par l'évoque : de cette manière, tout se fera avec fruit et sécurité. »

Maintenant, Messieurs, que faut-il conclure de cet ensemble de textes qui s'exphquent et se confirment l'un par l'autre ? Ce qu'il faut en conclure tout d'abord, c'est que le principe du libre examen appliqué à la Bible, sans aucun égard à une autorité extérieure et vivante, ou le principe fondamental du protestantisme, est une chimère totalement inconnue à l'Église primitive. On ne trouve pas la moindre trace d'une pareille théorie dans des Lettres qui ont pour but d'indiquer aux fidèles le moyen de conserver l'intégrité de la foi dans les liens de la charité. Mais ce qui en résulte par contre, c'est que le principe catholique de l'autorité régissait la société chrétienne des deux premiers siècles. Saint Ignace d'Antioche nous offre dans ses Lettres une idée de l'Éghsaqui ne se trouve réahsée que dans la société catholique. Une hiérarchie composée de trois degrés bien distincts : l'Épiscopat, le Presbytérat et le Diaconat, tous lès évèques dispersés sur la surface de la terre, unis dans la doctrine de Jésus-Christ : à la tête de chaque Église particulière un évoque, ayant sous lui un collège de prêtres qui forment son sénat, et un certain nombre de diacres attachés au ministère des autels; les fidèles unis à cet évêque, auquel ils doivent obéir comme à Jésus- Christ lui-même, dont ils ne peuvent se détacher sans se séparer de Dieu, hors duquel on ne doit rien faire dans les

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tnoses religieuses ; l'autorité des pasteurs, principe de l'unité; la soumission d'esprit et de cœur à la hiérarchie, préservatif contre l'erreur: voilà bien, à ne pas s'y tromper, l'image fidèle de l'Église cathoUque, telle qu'elle s'otFre encore aujourd'hui à quiconque ne ferme pas les yeux à l'évidence. Si un surintendant d'Allemagne ou un président de consistoire français s'avisait d'écrire sur ce ton à ses administrés, ils le croiraient converti au catholicisme, et avec raison ; tandis qu'un évoque catholique n'aurait pas à changer une syllabe à cette exposition doctrinale si nette et si explicite. 11 est don3 évident que les Épîtresde saint Ignace sont une confirmation éclatante du principe cathohque.

Le protestantisme l'a compris. De là ses efforts désespérés pour dépouiller ces Lettres fameuses de \em authenticité. Mais, admettons pour un moment l'hypothèse la plus récente, celle du docteur Baur et de l'école rationaliste de Tubingue. Plaçons la composition des Épîtres de saint Ignace après la première moitié du ii'^ siècle : la question ne change nullement de face, et la conclusion reste la même. Eh quoi! déjà à cette époaue-là, le principe catholique se trouvait en pleine vigueur, et la hiérarchie catholique constituée à ses divers degrés! Il faut avouer que, dans ce cas, l'Église de Jésus- Christ ne se serait pas conservée longtemps dans sa pureté primitive. Et comment expliquerez-vous cette innovation radicale qui se serait accomphe sans faire aucun bruit ni laisser le moindre vestige? Pour se tirer de ce mauvais pas, quelques critiques allemands ont imaginé une hypothèse assez plaisante. Ne pouvant nier que, dès l'origine, chaque Église de l'Asie Mineure n'eût à sa tète un évoque, ils ont fait remonter à saint Jean l'origine de l'institution épiscopale, et l'ont appelée de son nom système johannite, tout comme la justification par la foi est devenue, grâce à eux, le système de saint Paul et la doctrine des bonnes œuvres, le système de saint Pierre et de saint Jacques. Singulière manie de découvrir des systèmes et de rapetisser les apôtres de Jésus-Christ au rang d'un professeur de Heidelberg ou d'Iéna s'amusant à faire école ! Mais

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comment ce prétendu système johannite de l'Épiscopat, ne dans l'Asie Mineure, aurait-il pu s'étendre à TÉglise universelle sans trouver le moindre obstacle? Comment I sur la simple question de savoir quel jour il fallait célébrer la fête de Pâques, quelques églises de l'Asie Mineure, s'autorisant de l'exemple de saint Jean, exciteront une véritable tempèle dans l'Église jusqu'à se faire excommunier par le pape saint Victor ; et vous voudriez qu'elles eussent introduit un changement radical dans la constitution de l'Église sans rencontrer la moindre opposition! En vérité, c'est mettre le sens commun à une trop rude épreuve. Si, comme l'attestent l'Apolypse de saint Jean et les Épîtres de saint Ignace, l'institution épiscopale s'est introduite dans l'Asie Mineure avec la prédication apostolique, c'est qu'ayant une origine divine, elle était établie dès le premier jour dans l'Église entière; sinon, elle eût été repoussée de tous comme une institution humaine, qui substituait à l'œuvre positive du Christ les caprices d'une fantaisie individuelle.

Ici, Messieurs, la raison et l'expérience viennent à l'appui des premiers monuments de l'éloquence chrétienne pour justifier le principe catholique de l'autorité. La raison de ce principe, c'est que le christianisme n'est pas le fruit de l'intelligence humaine, mais une révélation divine. Or, s'il a plu à Dieude faire au genre humain une révélation, il n'a pu vouloir que le sens de cette révélation fût abandonné au jugement arbitraire des hommes : leur confier sa parole d'une part, et de l'autre, livrer le sens de cette parole à la faiblesse ou aux caprices de la raison individuelle, c'est une contradiction qui ne s'accorde pas avec la sagesse divine. Si, au lieu d'être une révélation surnaturelle, le christianisme n'était qu'un système philosophique, la question serait toute différente; dans ce cas, son mode de conservation ou d'interprétation serait en rapport avec son origine : produit de la raison humaine, il aurait la raison humaine pour juge et pour interprète. Mais il en va tout autrement dans l'hypothèse d'une révélation. Là, nous sommes en face d'un ensemble de vérités supra-rationnelles

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dont l'appréciation ne saurait appartenir à la raison toute seule. Vouloir trancher la difTiculté au moyen d'un livre môme inspiré, c'est reculer la question sans la résoudre ; car enfin ce livre est muet, il ne s'explique point par lui-même: c'est toujours, en définitive, la raison individuelle qui interprète le texte révélé et qui y trouve mille sens contraires, comme cela s'est vu et se voit encore tous les jours. Que la raison exerce son jugement dans le domaine des vérités rationnelles, rien de mieux; mais la raison juge d'une parole révélée, c'est une contradiction dans les termes. Voilà pourquoi il ne saurait y avoir, en bonne logique, de milieu tenable entre le catholicisme et le rationalisme. Étant donné l'idée d'une révélation, il n'y a d'admissible que le principe catholique d'une autorité infaillible, gardienne et interprète des vérités révélées. C'est ce qu'ont reconnu ceux d'entre les protestants qui ne reculent pas devant les conséquences d'une logique franche et sévère. Il saute aux yeux, dit l'un, que le catholicisme est plus conséquent que le protestantisme. Le surnaturalisme catholique, dit un autre, est le seul conséquent. Ce n'est pas sans raison, dit un troisième, qu'on a prétendu que le système catholique de l'infaillibilité est le seul système surnaturel possible. Lorsqu'une religion contient des mystères, ajoute un quatrième, lorsqu'elle fonde sa croyance sur des miracles, le système de rinfaiUibihté est le seul admissible, c'est le seul système religieux basé sur l'histoire, qui, par la concordance et l'homogénéité de ses parties, mérite le nom de système. Si Dieu a réellement révélé ces doctrines comme des vérités indispensables au salut, écrit un cinquième, leur interprétation ne peut appartenir qu'à un corps enseignant, toujours guidé par l'assistance du Saint-Esprit, et par conséquent infaillible. Je termine par ces paroles du successeur de Kant dans la chaire de Kœnigsberg, le docteur Krug: « Il n'y a qu'un surnaturaliste vraiment conséquent, c'est le catholique romain. Celui-là ne croit pas seulement à l'Écriture, comme le protestant, mais il admet, outre l'Écriture, une tradition séculaire et une action directe et surnaturelle de l'Esprit-Saint sur l'É-

glise, de sorte que l'Église ne peut se tromper, et que chaque membre de la communion, en cas de doute, doit se soumettre à la décision de l'Église. Voilà, surnaturalistes protestants, voilà un système vraiment logique. Car un principe découle forcément de l'autre : dès qu'on admet cette prémice, que l'homme, réduit à sa seule intelligence, ne peut trouver la voie du salut, il s'ensuit qu'il a besoin, pour y arriver, d'un guide infaillible. Votre conséquence, dont vous vous vantez, est au contraire la plus grande inconséquence. En effet, l'Écriture, à laquelle vous en appelez sans cesse, n'est pas un guide infaillible, parce qu'elle supporte toute interprétation, que non-seulement les différents partis religieux, mais les écrivains particuliers, même les surnaturalistes, ne s'accordent pas et ne s'accorderont sans doute jamais sur le sens du texte sacrée «

Le protestantisme est sans force contre ces attaques sorties de son propre camp. Et c'est là. Messieurs, le rôle de vengeur, dévolu au rationalisme. Sans doute, ce système audacieux, qui s'attaque au fait même de la révélation, a semé bien des ruines dans le monde moderne. Mais, comme toutes les erreurs qui s'échelonnent sur la route de l'Église, il servira au triomphe de la vérité. Né de la Réforme, du libre examen que n'arrête aucune autorité vivante, il a pour mission de se retourner contre le principe qui lui a donné naissance, pour le détruire en le développant. A lui de miner peu à peu toutes ces frêles constructions qui s'élèvent en face du grand édifice de l'Éghse, de dessécher de son souffle mortel toutes ces branches détachées du vieux tronc de la vitalité catholique, de dissoudre l'une après l'autre toutes ces associations factices qui ne se rencontrent plus que dans une même négation ; à lui de pousser le protestantisme à

1. Kœppen, Philosophie des Christenfhums, t. I, p. \bl. — J. A. Kaehler, Sendschreiben an Professor Uahn, 1827, p. 54. — Gœtiiny'sche Bibliothck, 1797, t. III, p. 721. — Reinhold, Briefe ueber die Kantische Philosophie, 1790, t. I, p 197. — Leipziger LiUeraturzeilung, 1829, n" 271. — Krug, Philosophisches Gutachten in Sachen des Rationaliimus , etc., 1827 p. 85 et seq.

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ses conséquences logiques ; d'cflacer sur son front ce vernis de surnaturalisme que les premiers réformateurs y avaient laissé, pour le placer, sans détour possible, entre la négation totale du christianisme et le retour à l'unité catholique. C'est pourquoi ne soyons ni surpris ni effrayés de cette œuvre de destruction qui s'accomplit dans son sein : de cette critique négative qui cherche à lui enlever une à une toutes les parties de l'Écriture, et déchire ses vieilles confessions de foi pour les réduire à un symbole dont la maigreur ferait peur au mahométisme lui-même. Tout ce travail de sape et de démolition que le rationalisme poursuit sous nos yeux avec une opiniâtreté toujours croissante, c'est le fait de l'erreur qui venge la vérité par ses propres excès, c'est le châtiment ouvrant la voie du retour. A la vue de cet abîme, qui va s'élargissant de plus en plus, il est impossible que le sentiment chrétien ne se réveille pas chez nos frères séparés et qu'ils ne se reportent involontairement vers cette autorité tutélaire qui seule peut imposer un frein au rationalisme, parce que seule elle ne lui donne prise sur aucun point. La critique rationaliste est un dissolvant qui prépare la réunion ; et nous assistons aux premiers symptômes de ce mouvement de retour vers l'unité catholique que les passions des hommes et leurs fautes peuvent entraver, mais qui e?t inévitable. C'est la crainte, du rationalisme qui a rejeté vers les traditions catholiques le puseyisme anglais et le piétisme allemand ; 11 est vrai qu'ils se sont arrêtés à moitié chemin, mais c'est une première étape sur une route désormais frayée. Une fois imprimé au grand nombre, le mouvement ne se ralentira pas, et c'est l'étude des Pères qui devra l'accélérer. Quiconque, en effet, les étudiera consciencieusement et sans parti pris, se convaincra avec Gibbon, « qu'un homme instruit ne peut aller contre ce fait historique, que dans toute la période des quatre premiers siècles de l'Église, les principes catholiques étaient déjà reconnus en théorie et en pratique ^ » Tous ré-

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