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que le Mystère de la Passion ne comprenait rien moins que toute riiisLoire de la Rédemption du monde ; il se divisait d'ordinaire en trois parties : le mystère de la nativité de Marie, qui s'étendait depuis le mariage de Joacliim et d'Anne jusqu'à l'arrivée de Jésus au milieu des docteurs du temple de Jérusalem, le mystère de la Passion proprement dite, qui embrassait la vie publique du Sauveur suivie de sa mort, et le mystère de la Résurrection ou de l'Ascension. De cette manière toute l'histoire évangélique était réduite en dialogue et mise en scène. Or, c est aux Évangiles apocryphes surtout qu'était empruntée la première partie ou le mystère de la nativité de Marie, l'intérieur de la maison de Joachim, sa retraite parmi les bergers, le chant de triomphe de sainte Anne après la naissance de Marie, la vie de la Vierge au temple, son mariage avec Joseph, les miracles de l'enfant Jésus pendant la fuite en Egypte, etc. Quant à l'Évangile de Nicodème, il terminait la deuxième partie : de sorte que le récit des Évangiles canoniques était encadré d'un côté, par le Protévangile de saint Jacques et les légendes analogues, de l'autre, par le poème de la descente aux enfers. Tel est le rang que maître Jehan Michel et les autres fadeurs de mystères assignaient aux Évangiles apocryphes dans cette œuvre dramatique, qui pendant deux siècles jouit d'une vogue que jamais, pièce de théâtre n'a obtenue dans le monde. A la chute du mystère de la Passion, les Évangiles apocryphes tombent dans le domaine de la critique du xvp et du xvii« siècles, où nous les avons trouvés au commencement de cette étude.
C'est, Messieurs, à ce monument étrange de la littérature chrétienne que nous avons dû tout d'abord donner quelque attention. Non pas que les Évangiles apocryphes soient, en dehors des écritures canoniques, la première production littéraire qui s'offre à nous dans l'ordre des temps. Comme nous l'avons vu, leur date est en général relativement récente. Mais ils se rattachent par leur contenu aux faits primitifs du christianisme, et méritent par conséquent qu'on les étudie
en premier lieu. Cette apparition de la légende ou de la fiction poétique à côté de l'histoire véritable du Sauveur n'a rien absolument qui doive nous surprendre : nous n'aurions plus aucun vestige de cette littérature apocryphe si curieuse à plus d'un égard, que nous serions fondés à en supposer l'existence. Tout grand fait qui frappe vivement l'imagination d'un peuple ou d'une époque se réfléchit dans quelques âmes avec les couleurs exagérée? que leur prête un enthousiasme crédule. Malgré son caractère de divinité, le christianisme lui-même ne pouvait échapper à cette loi générale. 11 a dû se former au milieu des populations chrétiennes, sur la vie du Christ et ses actions, un cycle de légendes populaires. C'était un effet naturel de ce besoin du merveilleux qui agite l'esprit humain, et que la réalité elle-même, toute-puissante qu'elle est, ne satisfait pas toujours. De là les Évangiles apocryphes. J'ose dire que loin de fournir un prétexte plausible à une objection sérieuse, leur conservation est à certains égards un fait providentiel. Quiconque voudra prendre la peine de les comparer aux Évangiles canoniques sera frappé du contraste qui surgit de ce simple rapprochement. En trouvant d'un côté l'absence de l'élément doctrinal, un silence complet sur la vie publique du Sauveur, sur son enseignement et sa prédication, une série de détails qui ne sont imaginés que pour satisfaire une vaine curiosité, un tissu de merveilles rarement ingénieuses, plus souvent puériles, quelquefois grossières, absurdes même ; d'un autre côté, ces hautes doctrines qui ont subjugué les intelligences, cette morale parfaite qui est devenue la règle de vie du monde civilisé, celte tendance sérieuse, positive, pratique, qui écarte comme superflu tout détail uniquement propre à intéresser un esprit curieux, ce mélange de profondeur et de simplicité qui ne se retrouve nulle part à un si haut degré, cette grandeur des idées qui ne revêt jamais la forme de l'enflure et de l'exagération, cet air de candeur, cette admirable sérénité qui ne se dément jamais, ce ton d'impartiaUté qui en l'ait pour ainsi dire une œuvre impersonnelle où l'auteur
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s'efface entièrement avec ses impressions et son jugement propre derrière ce qu'il a vu et entendu : en présence de ce contraste, nul homme de bonne foi ne se méprendra sur le caractère historique et divin des Évangiles canoniques comparés aux apocryphes ; il dira sans la moindre hésitation : Voici la légende, la fiction poétique, et voilà l'histoire ; d'une part, c'est une- œuvre humaine, de l'autre, c'est l'ouvrage de Dieu !