‹ Les Pères apostoliques et leur époqueChapitre 15 sur 143 · L. II, c · texte numérisé non relu

L. II, c

4. Ce que Pascal disait en général de la religion chrétienne, on peut l'appliquer en particulier à l'idée messianique : elle était assez claire pour que la bonne foi ne pût s'y méprendre, et il y restait assez d'obscurité pour qu'il y eût du mérite à la distinguer. Dieu ne tend de piège à personne, pas plus aux peuples qu'aux individus, mais il mol k ur liberté à l'épreuve ; et l'une des conditions du mérilc, c'est que les vérités de la toi n'oftrent pas une évidence telle quelles fassent violence au libre arbitre.

82 l'épître de saint barnabé.

Donc, en résumé, les grandes sectes juives n'avaient pas, touchantlerègne messianique, des idées beaucoup plus exactes que le gros de la nation. C'est ce qui explique en partie pourquoi la mission du Sauveur rencontra une résistance si aveugle. De là cette opposition haineuse de l'aristocratie juive et ce soulèvement des passions populaires, que l'Evangile retrace avec tant de calme et de sang-froid, et qui devaient aboutir au drame sanglant par lequel Israël consomma son suicide dans le crime du déicide.

Et pourtant, Messieurs, c'est au sein du peuple juif que le christianisme devait prendre racine et porter son premier fruit. Bien que confiée à un sol devenu ingrat, la semence divine n'en avait pas moins germé sur plus d'un point. En dehors des sectes que je viens de nommer, dans le peuple surtout, il y avait des âmes droites qui, s'élevant au dessus des préjugés de la masse, attendaient avec confiance une rédemption spirituelle. C'est à cette classe qu'appartenaient la famille de Zacharie, le vieillard Siméon, Anne la prophétesse, tous ces pieux personnages que l'accomplissement des prophéties trouva dans les dispositions d'une foi bien éclairée. C'est à eux également que se rattachaient les apôtres par plus d'un endroit : non qu'ils fussent complètement dépouillés des préventions nationales, mais du moins n'opposaient-ils pas à l'action divine l'obstacle toujours si terrible d'une fausse science, d'un orgueil dépravé. Le Sauveur les a caractérisés en deux mots dans la personne de Nathanaël : Vereisraelita, in quo dolus non est. Ce groupe d'Israélites, à l'âme simple et droite, ne se bornait pas a la Palestine ; il y en avait sur toute l'étendue de l'empire romain, comme autant de pierres d'attente pour l'édifice qui se préparait. De ce point de vue, la dispersion des juifs parmi les nations païennes était un fait providentiel qui facilitait la propagation du christianisme, en offrant partout un point de départ à son activité. On peut juger du grand nombre d'entre eux, qui vivaient à l'étranger^ par un passage du discours pro Flacco, où Cicéron relate comme un fait notoire que les Juifs troublaient parfois les

l'esprit et la lettre. 83

assemblées du peuple romain K Cela étant, la marche du christianisme se trouvait toute tracée ; du reste, le Sauveur l'avait indiquée formellement ^ S'adresser d'abord au peuple juif dispersé par toute la terre, établir une communauté nouvelle au sein ou à côté de chaque synagogue, s'assimiler tout ce qui restait dans Israël de parties saines, d'éléments de vie, et, après s'être greffée sur ce tronc antique, étendre de là ses rameaux sur tout le monde païen, telle était la voie rationnelle que devait suivre la rehgion chrétienne.

Pour nous faire une idée exacte de ce point d'appui que la dispersion des juifs offrait à la prédication évangélique, et du soin que prenait le christianisme naissant de s'incorporer tout ce qui leur restait d'élément vital, choisissons pour exemple la fondation d'une communauté chrétienne ^. Paul et Barnabe arrivent à Antioche de Pisidie. Ils entrent le jour du sabbat dans la synagogue. Après la lecture de la loi et des prophètes, les chefs de la synagogue envoient vers eux, comme vers .deux rabbins étrangers, pour leur faire dire : « Frères, si vous avez quelque exhortation à faire au peuple, dites. » Alors Paul saisissant l'occasion se lève, et dans un long discours, résumé par saint Luc dans les Actes des apôtres, démontre à l'assemblée que les prophéties messianiques se sont accomplies en Jésus de Nazareth. 11 se réserve pour le sabbat suivant de développer son thème plus au long. Le jour venu, non- seulement les juifs mais presque toute la ville accourt pour entendre cette nouveauté. L'apôtre reprend la parole, et tandis que la majorité des juifs vocifère contre lui, la partie saine et bien pensante adhère à sa doctrine, et la communauté chrétienne est fondée. Les choses ne se passent pas autrement à Icone, à Philippes, à Thessalonique, à Bérée, à Corinthe. Partout, c'est dans les synagogues que la parole chrétienne jette sa première racine, pour de là se répandre

1. Pro Flacco, 28 « Multitudinem Judaeorum flagrantem nonnunquam in concionibus >>.

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