e aux Corinth., r, 10 et
?. Épit. aux Ephés., iv, 4 et 5.
122 PREMIÈRE ÉPiTRE DE SAINT CLÉMENT AUX CORINTHIENS.
par Aristote comme elle parle par Platon, elle n'est pas la même sur les lèvres de Socrate et sur celles de Cicéron. Voyez tous les systèmes de philosophie, toutes les théories morales qu'a enfantées la raison individuelle. Quel pêle-mêle d'opinions contradictoires ! Il en eût été de même si le Christ avait confié sa doctrine à l'appréciation exclusive de la raison individuelle. Cela est tout simple. Chaque homme a sa raison : cette raison particulière n'est pas la raison d'un autre; par cela même qu'elle n'est pas la raison d'un autre, elle en diffère, elle en diffère plus ou moins, selon les divers degrés de culture et les influences de l'éducation. Il en résulte qu'une même doctrine peut être comprise et entendue par divers hommes dans des sens tout opposés. Si donc il est un fait avéré, constant, un fait rendu indubitable par l'étude de l'esprit humain et par l'expérience des siècles, ' c'est que la raison individuelle, loin d'être un principe d'unité, est un principe de division; et par conséquent, élant donné que le genre humain doive aspirer à l'unité religieuse et morale, puisque Dieu est un, puisque la vérité est une, il faut de toute nécessité qu'il y ait au dessus de la raison individuelle un principe d'unité qui la règle, qui la domine, qui l'enchaîne ; et ce principe de l'unité religieuse ne saurait être que l'autorité, l'autorité doctrinale.
Vous voyez. Messieurs, qu'il y a entre ces deux questions une connexité étroite. L'autorité doctrinale est la condition indispensable de funité religieuse. Car en dehors de l'autorité doctrinale vous n'avez que la raison individuelle, et la raison individuelle, comme le prouve l'histoire du genre humain, est un principe de division universel et permanent. L'unité de doctrine suppose l'unité de gouvernement : elle exige pour sa conservation une hiérarchie divinement organisée qui soit investie du droit et du pouvoir de la défendre. Sinon, lunité rehgieuse devient une chimère. Si J'iiglisea besoin d'un gouvernement comme toute société,elle a, pour en être munie, un motif plus impérieux que nulle autre : c'est que, formant une société spirituelle, elle ne sau-
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rail trouver que dans l'autorité la sauvegarUe de sa doctrine. VoiUi pourquoi le schisme qui rompt la communion sociale, et l'hérésie qui rompt la communion doctrinale, tendent également à saper le christianisme par sa base. Celle-ci détruit l'autorité en mutilant la doctrine ; celui-là atteint le dogme dans le mépris de l'autorité ; et l'un et l'autre dépouillent la mission du Christ de son véritable caractère, qui est de rendre au genre humain son unité religieuse et morale.
C'est ce que les disciples des apôtres comprenaient parfaitement. Toute insurrection contre un pouvoir régulier dans la société religieuse leur paraissait une tentative qui mettait en péril la doctrine elle-même. De telle sorte que si, au point de vue dogmatique, nous vouUons caractériser l'éloquence chrétienne dans les Pères apostoliques, nous dirions que sa Lâche se résume à défendre l'unité de doctrine par l'unité de gouvernement. On voyait clairement que tout l'avenir du christianisme était là, comme aussi sa force. Les Épîtres de saint Ignace nous fourniront une preuve décisive de ce sentiment général qui animait les simples fidèles comme les chefs de la hiérarchie. Mais déjà le pape saint Clément avait précédé l'évêque d'Antioche dans cette voie, à l'occasion du schisme ([ui s'était élevé sous son pontificat dans l'Église de Corinthe.
La Lettre qu'il écrivit à ce sujet nous initie à ce débat plein d'enseignements. Deux grandes Églises sont en présence l'une de l'autre: celle de Rome et celle de Corinthe. D'un côté, l'esprit d'ordre et de discipline qui distingue déjà le siège principal de la hiérarchie ; de l'autre, l'esprit turbulent des Grecs qui cherche à secouer le frein. Ici, le premier symptôme de ces luttes intérieures qui agiteront l'histoire de l'Église ; là, un touchant et premier appel à la concorde et à la soumission. Et lorsqu'on songe que cette voix sortie de Home se fait entendre à l'origine même du christianisme, à quelques années du martyre de saint Pierre et de saint Paul, cette circonstance ne laisse pas de prêter à ce document de l'éloquence chrétienne un caractère de grandeur et de solennité.
Parti de la Judée, en traversant l'Asie-Mineiire pour gagner le cœur de l'empire romain, le christianisme avait trouvé sur son chemin la Péninsule hellénique. Cette terre fameuse ne pouvait manquer d'attirer l'attention des apôtres, et la vision qu'eut saint Paul sur les rivages de Troie prouve qu'il entrait dans les desseies de la Providence d'y jeter de bonne heure les racines de la foi *. Sans doute, au premier siècle de l'ère chrétienne, la Grèce était bien déchue de son antique splendeur : la conquête romaine lui avait enlevé avec sa liberté toute influence pohtique. Mais la domination de l'esprit grec avait survécu à tout. Sa langue restait toujours l'idiome de la science et des arts. Le prestige de son nom subsistait, fascinant jusqu'à Rome même, dont le mépris ofTiciel pour la "Grèce cachait mal son admiration jalouse. Tibère parle grec entre ses grammariiens et ses afl'ranchis. Claude écrit en grec ses histoires, il répond en grec aux députés de l'Orient et donne pour mot d'ordre un vers d'Homère ^. Par respect pour Athènes, Germanicus se fait suivre dans ses murs par un seul licteur^. Néron ne compte pour rien les suffrages de l'Italie, s'il ne rapporte de la Grèce dix-huit cents couronnes qui proclament en lui le premier artiste du siècle. Faire le Grec, grœcari, comme dit Horace, c'était pour le Romain l'extrême limite de la politesse et du bon ton. La Grèce se vengeait ainsi de ses vainqueurs en leur imposant sa suprématie artistique et littéraire. Certes, quand le christianisme vint toucher pour la première fois aux rivages de l'Attique , la philosophie grecque (Hait bien éloignée de l'état florissant où l'avaienl laissée Aristote et Platon. L'influence de ces deux grands hommes était presque éteinte. Zenon et Épicure, ce dernier surtout, dominaient sur le petit nombre d'esprits qu'un scepticisme complet n'avait pas envahis. C'est ce qui explique pourquoi les Actes des Apôtres ne mentionnent que les partisans de ces deux systèmes parmi ceux qui discutaient avec