Explicat. in Joannem, c. i, v
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Mais c'est là une question de pure curiosité qui pour nous n'est d'aucun intérêt. Ce quil y a de certain, c'est que le trait caractéristique de l'Ébionitisme est l'identification complète de l'Évangile avec la loi mosaïque, et le prolongement de cette dernière au sein de l'Église comme préparation nécessaire pour les Gentils aussi bien que pour les Juifs. Et voyez comme les erreurs se lient et s'enchaînent ! En ne voyant plus dans le christianisme qu'un judaïsme rajeuni ou ramené à sa pureté primitive, les Ébionites devaient naturellement concevoir une idée moins haute du Christ auteur de la loi nouvelle. Du rang unique où le plaçait sa qualité de Fils de Dieu, il descendait dans la catégorie des prophètes» restant un peu au dessus de Moïse, mais simple mortel comme lui. Ce n'est qu'au moment de son baptême, disaientils, qu'une vertu céleste était venue l'animer. La négation de la divinité de Jésus-Christ devenait une conséquence logique de cette identification absolue du christianisme et du raosaïsme. Telles sont les deux erreurs fondamentales que l'orthodoxie chrétienne reprochait aux Ébionites.
Avant de nous tourner vers les Clémentines pour voir quel rapport peut exister entre elles et 'Ébionilisme, une distinction devient nécessaire. Ce qui a jeté quelque obscurité sur cette question, c'est que les Ébionit( s, tels que saint Justin, saint Irénée et Tertullien les dépeignent, ne ressemblent pas tout à fait au portrait que saint Épiphane a tracé des hérétiques du même nom : d'où il est résulté qu'on a rejeté tantôt le témoignage de celui-ci, tantôt l'autorité de ceux-là. Or, rien n'est plus facile que de concilier entre elles ces opinions en apparence contradictoires, en admettant avec Origène et Eusèbe deux classes d'Ébionites, suivant un mode de développement très-naturel ^ Comme nous le disions tout à l'heure, l'Ébionitisme pris dans son origine se réduisait à deux points principaux, à ne voir dans l'Évangile qu'une restauration de la loi mosaïque et dans le Christ qu'un pur
1. Origène c. CeU., v, f.l, 65; Eusèbe, Hist. eccles., m, 27.
homme rempli de la vertu d'en haut lors de son baptême: cest ce qu'on peut appeler l'Ébionitisme vulgaire, celui dont les premiers Pères nous ont donné l'analyse. Mais, lorsqu'un peu plus tard cette fermentation des esprits qu'on appelle le gnosticismc se produisit de tous côtés, l'hérésie des Ébionites dut s'en ressentir et prendre une teinte gnostique. Les idées grossières de ses premiers partisans firent place à une spéculation plus raffinée. De là l'Ébionitisme gnostique, dont saint Épiphane nous a laissé la description. Comme cette doctrine seule peut nous donner la clef des Clémentines, je dois m'^y arrêter un instant.
Je commencerai par dire que samt Épiphane est un des Pères qui ont eu le plus à souffrir de l'injustice de quelques critiques modernes. Sans vouloir nier qu'il se montre parfois trop facile à donner créance à certains faits, j'envisage son grand traité des hérésies comme un véritable trésor pour l'appréciation du mouvement doctrinal des premiers siècles ; et dans le cas présent, nous ne saurions invoquer un témoin mieux autorisé. Il avait été à même d'étudier de près la doctrine des Ébionites, pendant les longues années qu'il avait passées à la tête du couvent d'Éleuthéropolis en Palestine. Plus tard évêque de Salamine, il avait retrouvé des Ebionites dans l'île de Chypre et pu recueillir de leur bouche les renseignements qu'il nous a transmis. Or voici quel était, selon lui, le fond de leur système. Avec le vulgaire de la secte, les Ébionites gnostiques partaient de l'identité absolue du christianisme et du judaïsme ; mais ils distinguaient le judaïsme postérieur et altéré. Comme représentants du premier ils reconnaissaient Adam, Noé, Abraham, Isaac, Jacob, Aaron et Moïse, qu'ils nommaient les prophètes de la vérité. Au contraire, David, Salomon, Isaïe, Jérémie, etc., passaient à leurs yeux pour les prophètes du mensonge et (es corrupteurs de la religion ancienne. Poussant leur principe jui^ qu'à sa dernière conséquence, ils n'admettaient d'autre livre inspiré que le Pentateuque, sans le regarder pour cela comme exempt de toute altération. C'est à cette série
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des véritables prophètes que venait se rattacher Jésus. En lui avait apparu comme jadis dans Adam, le Christ créé avant toutes les autres créatures. Us niaient ainsi la génération éternelle du Verbe et avec elle la divinité de Jésus-Christ. De même que le démon est le prince du siècle présent, le Christ est le dominateur du siècle futur. En raison de ce joug diabolique qui pesait sur la création, ils s'interdisaient l'usage du vin et de la viande comme émanant du principe mauvais. Ils poussaient leur zèle fanatique pour la loi de Moïse jusqu'au point de n'entretenir aucune relation avec ceux qui n'étaient point circoncis. De là un irait commun à tous les Ébionites : leur haine contre l'apôtre saint Paul qu'ils chargeaient de malédiclions. Loin de reconnaître en lui aucunq autorité aposiolique, ils l'appelaient un apostat de la religion de ses pères, parce qu'il avait écrit contre la valeur absolue de la circoncision ( t des autres cérémonies de la loi. Telle est la physionomiç bien caractérisée que saint Épiphaiie prête aux Ébionites. Évidemment le souffle du gnosticisme avait passé sur leurs conceptions primitives *.
Or, Messieurs, quelle ne doit pas être notre surprise en retrouvant trait pour trait les mêmes doctrines dans la plus ancienne rédaction des Clémentines, les Homélies ? Car, si pour l'exposition des faits nous avons commencé par les Reconnaissances, nous devons suivre une marche inverse dans l'exainea des idées : ce sont les Homélies qui, sous ce rapport, méritent en premier lieu de fixer notre attention, parce que l'élément doctrinal y prédomine. Or les traces de l'Ébionitisme s'y révèlent à chaque pas. Et d'abord, si pour obtenir créance plus facilement, l'auteur des Homélies ne s'attaque pas directement à saint Paul, son aversion pour l'apôtre n'en est pas moins visible. Le seul fait davoir transporté à saint Pierre l'apostolat spécial des Gentils est déjà surprenant. Mais cette opposition se trahit d'une manière plus évidente dans un endroit de la xvii^ Homélie, où l'auteur fait dire à