IV. Loin de nous la pensée de cnercner a t épouvanter
Dous qui n'avons peur de personne ! mais nous voudrions sauver tous les hommes, en leur persuadant de ne pas s'attaquer à Dieu. Ne pourrais-tu pas, tout en remplissant les devoirs de la magistrature , rester fidèle à l'humanité, puisque vous aussi vous êtes sous le glaive? Condamner les coupables qui avouent, appliquer à la torture les coupables qui nient ; la loi n'exige rien de plus. Or, n'êtes-vous pas les premiers infracteurs de la loi , en torturant ceux qui avouent pour les contraindre à nier? Tant il est vrai que vous proclamez notre innocence quand vous ne voulez pas nous frapper sur notre simple déclaration. . .,i
Dircz-vous que vous voulez nous écraser ? maïs alors vous faites donc à l'innocence une guerre à mort I Combien de magistrats , plus affermis que toi dans la haine et d'ailleurs moins humains , ont essayé d'étouffer ces ini-
(i) Cécilius CapelU, selon Baronius et Dion, gouverneur de Byzauce sous l'empereur Sévère, persécuta cruellement les Chrétiens. 11 trahit Sévère pour embrasser le parti de Fcscennius Niger. L'empereur vint mettre le siège sous les ipurs de Bjsance dont U s'empara. Capella, en mourant dans les supplices, poussa ce cri : Gaudele, Christiani,
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que» procédures! MaA Cindiis' Sévérus ëtait Te premier à suggérer aux Chrétiens db Thisdruni des réponses é^sives pour les dérobier à la mon. Ainsi Yespronins Candi*-
dus affecta de ne regarder un Chrétien que comme un homme remuant , et se contenta d'une espèce d'amende honorable envers les citoyens. Ainsi Asper, après avoir appliqué k une torture lér^ère un des ndtFes , le détacha promptemcnt du chevalet , sans le contraindre à sacrifier. Il avait dit auparavant aux avocats et avix assesseurs qu'il déplorait de s'être' engagé daîns ces malheureux délrâts. Prudens eut méine l'adresse de faire glisser dans l'acte ' d'accusation d'un Chrétien qu'on lui amenait , un grief de concussion. Comme il ne' se trouvait pas dé témoin pour Soutenir Tinculpation , il déclara que y selon te texte dé là loi , il ne pouvait donner suite au procès. ' Tu pourrais puiser dans ta charge la même indulgence. Tu aurais hiéme , pour t'y encourager ^ les avocats et les assesseurs, qui, malgré leurs clameurs et leur emportement, jouissent des hienfaîts des Chrétiens. Un greffier que le démon, doiu il était possédé, poussait vers un abîme, ftit délivré par l'exorcisme de l'un de nous. A celui-ci je pourrais joindre plusieurs de leurs proches où de leurs enfants au berceau. Sans citer ici des noms vulgaires, combien de personnages distingués ont été guéris par nous de l'obsession des démons ou de la violence des maladies? Sévère lui-même , père d'Antonin , eut lieu de se souvenir des Chrétiens. Il fit venir Procnlus, surnommé TrojMMebn, intendant d^Euhodie, qui l'avait guéri autrefois par l'huile saîntç ; irie nourrit et le togea &ns son palais jusL|uli sa înort. Antonin-te-Pieux' le connaissait parfaitement , puis* què lui-mêmè avait sucé le lait chrétien. H y a plus. Ce même Sévère, informé que des hommes et des femmes de la plus haute distinction avaient eiu brassé le Christianisme , au lieu de les persécuter, porta témoignage en leur laY( nr et les protégea publiquement contre les violences populaires. Marc-Aurèle aussi , dans son expédilioa
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contre les Germains, obtint, par les prières des soldats chrétiens, une pluie bienfaisante qui sauva Tarmée, travaillée par la soif. G^mbien de fléaux semblables détournés par nos jeûnes et nos adorations ! Toutes les fois que la multitude s'écrie : Au Dieu des dieux qui seul est puissant, c'est à notre Dieu qu'elle rend hommage sous ce nom de Jupiter. Est-ce tout? Jamais nous ne nions un dépôt; jamais nous ne souillons par l'adultère la couche nuptiale ; nous traitons avec charité les pupilles \ nous nourrissons les indigens 5 nous ne rendons à personne le mal pour le mal. Tant pis pour ceux qui mentent à leur religion! Nous sommes les premiers à les désavouer pour les nôtres. Quel * citoyen se plaint de nous à un autre titre? où sont les pro^ cès intentés au Chrétien , si ce n'est à cause de sa foi ? Depuis si long-temps qu'elle existe , pas un ennemi qui ait pu la convaincre d'inceste ou de sacrilège. C'est pour notre innocence, pour notre probité exemplaire , pour la justice, la pudeur, la foi, la vérité j c'est pour le Dieu vivant que l'on nous livre aux flammes, tandis que les bûchers nq châtient ni les sacrilèges véritables, ni les ennemis publics, ni ces milliers d'hommes que poursuit l'accusation de lèse-majesté. Aujourd'hui encore un gouverneur de Léon et un proconsul de Mauritanie persécutent le nom chrétien, mais seulement jusqu'au glaive, ainsi que le veut la loi dans l'origine. rf Im-p j-Mi^^r'fTj Mvi^ r
V. Qu'importe? plus la lutte grandit, plus la récompense grandit avec elle. Votre cruauté fait notre gloire. Prenez garde seulement qu'en nous poussant à lx)ut , nous ne courions tous au-devant de vos exécutions, uniquement pour vous convaincre qu'au lieu de les redouter , nous les appelons de nos vœux. Pendant qu'Arrius Antonius se déchaînait contre nous en Asie , tous les Chrétiens de la ville , se levant en masse , s'offrirent à son tribunal. Il se contenta d'en faire emprisonner quelques-uns : « Miséra- «bles, dit-il aux autres, si vous voulez mourir, n'avez- « vous pas assez de cordes et de précipices ? » Si nous étions
d'humeur à répeter ici cet avertissement , que ferlez-vous de tant de milliers d'hommes , de tant de milliers de femmes de tout âge , de toute condition , qui présenteraient leurs bras à vos chaînes ? Combien de bûchers , combien de glaives il vous faudrait ! Quelles seraient les angoisses de Carthage, que tu veux décimer, quand chacun viendrait reconnaître, parmi les victimes, des parents, des habitants du même toit , des hommes , des femmes peut-être de ton rang , des personnages de la plus haute distinction , tes proches eux-mêmes , et les amis de tes amis ? Je t'en conjure, épargne-toi toi-même, à défaut des Chrétiens. Epargne Carthage , si tu ne veux pas t' épargner toi-même. Epargne une province que la manifestation de tes desseins a déjà livrée aux déprédations d'une avide soldatesque et à Temportement des vengeances particulières, a Nous n'avons de «maître ici-bas que Dieu seul. » Ce maître est au-dessus de toi ; il ne peut se cacher ; mais tu ne peux rien contre lui. D'ailleurs, ceux que tu regardes commes tes maîtres ne sont que des hommes , condamnés à mourir aujourd'hui ou demain. Mais notre religion h nous est indestructible. Sache-le bien ! en paraissant l'immoler, tu ne fais que Tédifier davantage. Pas un homme qui , à l'aspect de cette prodigieuse patience, se sentant pressé comme d'un aiguillon à examiner ce qui est en cause, n'embrasse la vérité , aussitôt qu'il la connaît. " . * ' . W