‹ Les pères de l'égliseChapitre 14 sur 44 · VI ; I · texte numérisé non relu

VI ; I

' LIYBE PHEMIER.

I. Voici un témoignage de votre igoorance, qui, ^u lies de servir d .€310(196 à votre iniquité, ob hit qtm h démon-^ fiw pltt^.fçlAirmeat : c est que loi» «ui qdi juitraiDif Mq|if9Vtt la mtim hàioe et k wêtae igaoraim que-'^s, ^|:<)9fi9^# Aous fVïcesMt d'ignorer, aiissitât qu'il Jear est arrivé dir i^iit coBtiftii^» Ow diB^je ? ife «urt 4^peDi|s €|pa-4ii4Bies ce qu'ils jmhrtifflttt» et il» oit pyiénpé de l^pr jCf» q|»'ib âLY^^ é^ Tool- il «6i viid qpi6 vous gémi^ez à Teiyect^ dn n^nibve toujôijurs cranuit d^ Chrétiens. La ville en est assiégée, rcpëiez^vous à grands cris : dans les champs, dans les châteaux, dans les îles, partout des Chreliens. Vous voye^ avec douleur tous les st;xes, lous les âges, toutos les oonditions venir à nous pour vous laisser daos la solitude. Et cependant cette désertion eile-raéme ne vous suggère pas la pensée qu il y a là-djçsaoï^s quelque merveille cachée.- U s'élève en votre ama aiM)alhjjdiiHiî&9 voua m voulez fiaiot en faire iCTyoi rience de plus prà» : la $weMlé| naturclk .à Vbemaè; a*acv|^ Ijiseuleniailt* Te^s aineB sodeux ignorer parce <pia TOUS hàbsez déjà, comme'si vdriia baviei Weii qaf^vec i'etm JMli-iWINir^eamifar de.Iwir. Il y a p]iss<: s» voiiis ii^fiez P^v^mçlésiilir Ui\h9i|i^> Tfittft i!DOMNiaitiias4|u*il est tal^

TERTULUEN

sonnabie de renoncer à votre injustice passée. Si après que notre cause aura été ioformée ^ vous la reoonnaissez mauvaise y vous garderez Yotre bame ; au moins vous nous haïrez avec oonnaissance de cause. Àvez-voUs honte de devenir meilleurs, ou 4édaignez-voiis de vous excuser?

Je sais hien quel argumenit yôus avez éoutume d^opposer à notre nombre qui grossit tous les jours. « L'engoue- « ment de la multitude, dites-vous, n'est pas une « somption que l'objet vers lequel elle court est un bien. « On oonnoît la propension des esprits pour les nouveautés « dangereuses. Qne de transfuges de la vertu vont se je- (( ter dans les sentiers du vice I quelques-uns le font de « bonne foi ; d'autres cMent à la nécessité des temps. » Fort bien ! mais votre comparaison manque de justesse j car ridée du mal est si universelle dans tontes les intelligences, que nul des coi^pajîies qui abandonnent vos lois pour se jeter dans le crintfe n*05e défendre le mal comme étant un bien. La turpkude engendre la crainte ; l'impiété produit la honte. En un mot, les méchants dièrchent ^ se ovdier , ib-évkent les regaïds , ild tréndilent qiAuid'Qn le6 saisit^ ils nient quand on les accuse ^ far torture knéme peut à peine leur arhichef l^Lven de leur^forfiilt ^ tonjoikn ese^l qde la eondamnatîûn qui les frappe \éi aœâble ; ils se veptcf' chent au fond d'eux-mêmes ce qu'ils étaient j ils attribuent à l'égarement ou à la fatalité ce malheureux changement^ tant i! est vrai qu'ils répudient la responsabilité de cet acte, parce qu'ils ne peuvent nier le mal. Les Chrétiens , ditesmoi , en agissent-ils ainsi ? Chez eux , point de honte , point de repentir, si ce n'est de ce qu'ils étaient autrefois ! Vous décriez le Chrétien , il se glorifie ; vous rentraînez , il ne résiste pas) vont l'aceosez, il ixe se défend pas; vous l'interrogez, il avoiipe hamement; tous le condamnez ^ il triomphe. Qu'est-ce éutic que ce mal dans lequel ne^st retrouTe plus la nature du àml?

II^^Il vous est même impossible dé le oondaiMi^ mm détruire tomes ift» formes judiciaires. En offi|t> qu'uiiixmr

TEtmXJBOBÊ: 217

pabl« oiytinaire soit amené devioiit vous : s'il nie son crimey vous Tiifil^UcpW' h h tortura pour ^i&>l6'fiaif(QsètW'6'aQt^ il au contraire âlvm Qkttàém,? it<ty0neUpmtiuiié«èPt'cé 4ioiitotf raccu$e,»et U torturéz ipbm h obnf Mrè à

oodbiittv» iUi|«TWi«t dëeli^i^^

trai^iyit r^oCusé de nier nialgpré lui*! Juges pour arrpKskiftr constamment la vérité, c'est à nous seuls que tous demandez le mensoDgc , aûn que nous nous déclarions ce qui^ nous ne sommes pas. ' . '

Vous ne voulez pas nous trouver coupables , direz -vous peut-être, et voilà pourquoi vous faites tous vos effortà pour nous dépouiller de ce nom. C'est donc aussi pour que li^ autres désavouent leurs crimes que vous les étendfi»

que.vo«» les torturez ? U y a midixi:

V)|p^^libM7^1«%^il!l^ ^nd ils nieat:$ «oii|,.aiMMr ir^w^i,vimDp)is^jQVoye^«iiBfle<sha^ lonfHejumvmn» k ppier, 1% wt»«T«s.'lft ûertitiid0.qiw wm.MÉMilttco^

«totyW»jfrjafi.i^> i'eiiK«c|kmi point 4b iw Ukmt. fiim^ UbfiCtiSrAi Tacwifioii ni à la défenee' ti'vaw A'aw pas^ootot^me de condamner au- hasard et sans avoir eaiefuia

la cause. Mais qu'il s'agisse d'un homicide, par exemple , la cause n'est pas terminée, ni l'information satisfaite par là même qu'il a confessé son homicide. Quoique vous ajoutiez difficilement foi à ses aveux, vous voulez. connaître les circonstances de son meurtre ^ vous cherchez combien de foÎA il a«i)Ué » ay«ft quelles armes, dajas qpiek'iîaiiXf avec ^nffaiopmJiff^ qiieb volaontiHseompagBé ledripiciVq!*^ «un Ifismeleurf )-aj$it que rien n'échappe , et ^pie kriaitence r^ciKi^fur b ooonaifisiaiojeide la vérité i tout j^at^BÉ. Quant kimoa^iffAiim^

Jbmix «t pin» hwU>lnt.:<jpeOT'f:'riybwi^ «'ait jpas longue* Yiniineiit , ob^ îimk qiuue . TUm craigne doiiAÎf- .§Br csnx que vous vMiA^efGDiteRide perdue, ou que ifom

t%9 'lutuLcmri

n'oBez ÏDStruice une cause que vous eonnaiss^k italâ votre pief*reisilérn*eii ik^late fo/à taieax^ m "votts lMitl^^|itVcea«dé nier des cntues dont voiis ne doutez pas.-

ïiMÎwignn d» tôté les §am»$ jààiiMÉ^^'H rnïTiendrék lileii(lu»^à yoci«^faMe,>iMk ptB^devMMtr cdl^^ miT^éBtfétxiéèiitfùKtnàtek h jasfkië««it«ii|iië inftd»4bift^ MB'i Mis-de iiD«tt,femr è fsonfeisertêlMWtiD déntié HMiKds j tMP^ «iliMiitiiitéitit puis^er ^ ifamafan dè Miitim ofi saura é^ldemifieat côkttirien de festins int^ pies a célébrés chacun de nous , combien de fois il a coiûmis l'inceste sous le voile des ténèbres. Que dirai-je encore? Puisqu'il s'agit d anéantir notre race, il fandt^l étendre l^information à nos associés et à nos complices. Il faudrait îrfîïnor devant les tribunaux les égor^eurs d*enf€lnfs , les cuisiniers , et les chiens eux-mêmes qui donnent le signal de ces noces. L affaire serait éciaircie ; ilf à|dn8^ le8«(él^ HUfitMeo deviendUBient (ilasipi^uSiDts» Avtc quel empresse» mm on aceonrrait m Ûh]ue' peur Misler • àtlx oytabats id'iim Ohrétiea-qiii adneik àbfcafé teé-«6BfiiâBé à'^iiibiltS't MiiqQei'dii mm i{i(»ii64to ifaoitttffMi«fis à révoltant, ^'WiitlMH db les «(lettre «ft latnlèt^, de peur qu'eUids

ttftfrOWirliiiotuc égard j drt» ht plupal»t ivect^nt quk demi

ces horretirs, répufpiant à se persuader que la nature, à laquelle est interdite la chair de Thomme, puisse chercher un aliriient digne des bêles féroces. '

III. Vous donc qui vous montrez si scrupuleux iiivi stiftateurs quand il s'agit de délits bien moindres, mais qui oubliez votre zèle ausskdt que nous sommes Accusés d*atrocités qui surpassent la plus révoltant^ bèrbârie , so^t en -refusant de recevoir laveu auqiiel deivetif loiljidufs tîMIr •les juges, soifréA^ti'instruis^nf yUA-Ui èaMsé^ qttVHqtt le pn&* ^ -nier d«ifoir.affMitid«'«mdiiiM»V'«Wil nabllèttte 'f4r:làr iQWtre criitteoeMsiMé âaM»le 1^ mm

•fmmp?^ ObU «0t t^iMii imi , q«ie* Éi hi ^té^ tfH»

¥£RTULLI£N. M

convaincu d'hottlicidè , d*inceste, oèi-ite ldJif Htitre' cnme ^u'on nous impute. Qu'il soit suspendu à la croix ou livré aux bêtes. Or vos sentences ne portent rien , sinôn qu'il s'est déclaré Chrétien. Ce n'est pas le nom d'un (îrîme qui nous condamne , c'est le crime d'un nom. Aussi voila tdnt le motif de la. haine qui se soulève contre nous. C'est notre nom qoi est ën cause. Je né sàîs quelle fôrtiè tay^ébléuâe Pàftti^èr|îar voti^ ignorance. Vous nié savez pÉà^ h{\iï Aô^ miid^.'^yotÈBiîiR Vôiilez pàs le sà,t6ir. De là Tiëàt xftïé ihm a4 cro^éB pas à ùéè itihoèenèè' kfdi: péat feë p^ét^ ët afitf dênè^pa^^ chSiris à iih8'hmkiëà<^'qti! p)roàiFëil^i fiidlement, roàa ft^âiéeé Pen^oéte jU^que/ii/fiË ijti'tiiti MttH tKfièttk 46Éie^ SDiSr lé poids myélÉon jpbr- {jétMlef. QÉSà'èsf si irai, qu^on nous bontrami! de fiief, pùisé iloiis obliger de reriOncer h urt nom que l*on hait. Aussitôt que nous ravous renié , nous sommes libres, et l'impunité nôus est acquise. Dès -lors plus d'infanticides, plus d'incestueux : tous ces crimes ont disparu avec notre nom.

Mais puisque nous en sommes sur cette matière, vous qui cherchez avec tant de violence à ^détruire un nom , dites-nous donc quels peuvent être le cHme, l'ofifense ét la fauté d'un nom? Nous vous- Apposons tous les 'jours cette pk^riptiôrl : Vous nWeàs pàs le droit de j\iger sur tÀ ^riiiie ifnffginëil^e,^ qui ii'èst poiàt ïàetitidbtié daiis t(» OOdesy qéi li'élft jpoîikt défini ààid iràè '^eUsB d'an^tidà; «pii^Vètfl potht ékpritilé datA^ ^ setflëntsë^. VoMést-inf juge qui prMdé flrti!it'*'ééÉàirfriiDM'èa«8é'que!Voâ^^ «mit, ilh'lltoëtis^ qvii i^^pohd'ôu <|Ut;àfouérv'^16 tMék qui plaide , ailinrt) je dSfIit' qù'il y a un C0QittMé.^^llM^<|lMhd il s'agit de la valeur d'ùn nortî , sîi^ôn-ftW lë pi^ès 11 Hh mot, si l'on accusé un terme, je ne vois pas Ce que l'on peut reprocher a un terme ou à un mot , sinon d^êtrehar'bare , de funeste présage , inconvenant pour qui le prononce , ou dur potar qui l'entend. Tout le crime des mots s'arrête là', ils ne pëuViënt être coupables que de barba^

Digitizca Ly Gt^j^^-wic

220 TERTULLÎEN.

risme , de même que les phrases de solécisme ou de tour vicieux. Mais le nom de Chrétien équivaut dans son sen* à onction : ainsi ce nom que vous nous appliquez souvent sans le comprendre (car vous ne connaissez même qu'imparfaitement notre nom ) ne respire que bonté , que douceur. C'est donc un nom innocent que vous persécutez dans des hommes innocents, un nom qu'articule aisément la langue , qui ne choque point l'oreille , qui n'est point fatal à l'homme ni de mauvais présage pour la patrie j un nom enfin qui est grec comme bien d'autres, sonore dans, ses élémens, et agréable dans sa signification. Vous le voyez : un nom ne peut être châtié ni par le glaive , ni par la croix , ni par la dent des bêtes féroces. ,1V. Mais une secte, répondez -vous, doit être punie dans le nom de son auteur. D'abord, il a été reçu de tout temps qu'une secte porte le nom de celui qui l'a fondée. Les philosophes ne s'appellent-ils pas Pythagoriciens et Platoniciens, du nom de leurs maîtres, de même que les médecins des Erasistrate, et les grammairiens des Aristarque ? Une mauvaise secte remonte-t-elle à un mauvais fondateur? elle est punie par le mauvais nom dont elle hérite. C'est donc prendre les choses au rebours. Il fallait connaître d'abord l'auteur pour connaître ensuite la secte, plutôt que de chercher à connaître l'auteur d'après sa secte même. Mais vous, qui ne connaissez pas notre secte parce que vous ignorez son auteur, ou qui ne remontez pas à son auteur parce que vous ne connaissez pas davantage sa SQ^e, que vous arrive -t- il nécessairement? Vous vous ^heurtez contre un nom seul , comme si dans ce nom vous aviez surpris tout à la fois et la secte et le maître que vous ne connaissez pas. Vos philosophes cependant ont la liberté de se séparer de vous par leur secte , par leur auteur, par leur nom. Personne qui soulève la haine contre eux, lorsqu'en public ou en secret ils versent toute l'amertume de leur langage contre vos coutumes , vos rites , vos céféflaoniies votre manière de vivre^ lorscjue brav^(,yos

TÈRTIÏLLIEN. 221

lois et sans égard pour les personnes , comme il est arrivé à quelques-uns, ils lancent impunément contre les empereurs eux-mêmes les traits du ridicule. Mais les philosophes se vantent inutilement de posséder la vérité , qui est odieuse au siècle / tandis que les Chrétiens seuls la possèdent. Voilà pourquoi ceux qui la possèdent n'en déplaisent que davantage, parce que celui qui TafFecte s'en fait un jeu , mais celui qui la possède la défend comme un droit.

Enfin , Socrate fut condamné , par cela seul qu'il s'était approché de trop près de la vérité , en niant l'existence de tous vos dieux. Quoique le nom chrétien n'eût point encore paru sur la terre , la vérité ne laissait pas d'être condamnée. Toutefois vous ne contesterez pas la sagesse de cet homme auquel votre Apollon pythien rendit lui-même témoignage. Socrate est le plus sage des hommes , a-t-il dit. Apollon fut alorsvaincu par la vérité qui Iccontraignit de téhioigner contre lui-même , en déclarant qu'il ne connaissait pas Dieu , mais aussi en accordant une haute sagesse à celui qui répudiait tous ces dieux. Or, en reniant les dieux ^ il aurait dû vous paraître moins sage, tandis qu'il n'était sage que par là même qu'il reniait les dieux. C'est ainsi que vous en usez d'ordinaire avec nous. « C'est un ex- « cellent homme que Luciiis Titius -, il est seulement dom- « mage qu'il soit Chrétien. — Je m'étonne, dit un autre, u qu'un homme aussi raisonnable que Gains Séjus se soit « fait Chrétien. » Grâce aux ténèbres de leur démence, ils louent ce qu'ils voient, ils blâment ce qu'ils ignorent, et ce qu'ils voient, ils l'empoisonnent par rinjustice d'un blâme fondé sur l'ignorance. Il ne vient à la pensée de qui que ce soit d'examiner si tel ou tel n'est pas vertueux et sage , parce qu'il est Chrétien , ou s'il ne s'est pas fait Chrétien, parce qu'il est sage et vertueux. Il serait plus raisonnable au moins de juger ce qui est inconnu d'après ce qui est connu , que de préjuger ce qui est connu d'après ce qui est inconnu. Ils ont vu des hommes qui étaient méchants, vifs, sans aveu, avant d'embrasser le nom chré-

tien : ils s étonnent de les trouver corrigés, mais ils aiment mieux s'étonner que les imiter. D'autres résistent avec tant d opiniàircté, qu'ils vont jusqu'à lutier contre les avantages qu'ils peuvent retirer de la participation à ce nom. Je connais plusieurs épux, tellement inquiets de la vertu de leurs femmes, qu'ils ne pouvaient entendre les rats trotter dans rappartement sans frémir et se livrer à leurs soupçons, ils n'eurent jyasplus tôt découvert la cause d'une r^-^ gularité, nouvelle poiu* eux, et d'une assiduité sans exemple jusque là, qu'ils Jeur offrirent toute espèce de liberté, €it promirent de n'être plus jaloux à l'avenir, aimant mieux avoir pour . femme une prostituée qu'une chrétienne. A eux, il était permis de devenir plus mauvais ^ à leurs femmes, il n'était pas permis de devenir meilleures. Ailleurs , un père déshérita un fils dont les désordres ne lui donnaient plus aucun sujet de plainte. Un piaître jeta dans les fers un esclave dont il ne pouvait se passer auparavant. Aussitôt que l'on découvre un Chrétien-, on aimerait mieux un coupable. En effet , notre disciplina se manifeste par elle-même, et nous ne sommes trahis que par nos vertus. Lorsque les méchants s'accusent par leur perversité , pourquoi donc faut- il que nous seuls, contrairement aux lois de la nature , nous soyons réputés les plus pervers des hommes par notre innocence ? Par quel signe caractéristique nous distinguons-nous, en effet, de tous les autres, si ce n'est par la sagesse primordiale qui nous défend d'adorer comme desdieux les ouvrages sortis des mains de l'homme^ par cette modération en vertu de laquelle nous nous abstenons du bien d'autrui -, par cette pudem* qui nous interdit même la souillure du regard^ par cette miséricorde qui nous porte à la compassion pour les indigents ; par cette vérité, elle-même, qui nous rend si odieuxg par cette liberté pour laquelle nous savons mourir ? Voulez^ vous connaître les Chrétiens ? Appelez devant vous ces

témoins», ?r,njm<ui }^*h v»t uu» «u .finn<oni lër» ion »^ V. — Mais Ton rencontre parmi vous des esclaves de

raRTCLLIEN. 223

Tavarice , de la luxure , de la méchanceté et de la violence.

— Nous ne lé contesterons pas de quelques-uns ; toutefois il sulTit , pour absoudre notre nom , que nous ne soyons pas tous vicieux, et même que ce soit le plus petit nombre. Prenez le corps le plus beau ou le plus pur, il s'y trouvera toujours quelque tache ou quelque imperfection. Le ciel lui-même ne bri]le jamais d'une sérénité assez entière jX)ur qu'on n'y voie pas flotter quelques vapeurs légères. Une petite tache sur le front ne sert qu a mieux faire ressortir la blancheur et la netteté de tout le visage. L'exception dans ce qu'elle a de défectueux, sert de témoignage à la bonté de la règle. Avoir prouvé que quelques-uns des nôtres sont vicieux, ce n'est pas avoir prouvé que les Chrétiens le sont. Demandez plutôt quel mal on reproche à notre secte. Vous-mêmes , vous l'avouez dans vos conversations, en le tournant contre nous : Pourquoi un tel, dites-vous, est-il sans pi-obité, puisque les Chrétiens sont si honnêtes? Pourquoi est-il si dur, puisque les autres sont miséricordieux.^ tant il est vrai que vous rendez témoignage à la vertu des Chrétiens , puisque si vous en trouvez un qui soit vicieux , vous vous en étonnez. 11 y a bien loin d'une imputation à un nom, d'une opinion aune vérité: telle est la nature des noms, qu'ils tiennent le milieu entre être dit et être. Combien sont dits philosophes, sans obéir cependant aux lois de la philosophie ! Chacun porte le nom de sa profession. On abuse du nom que l'on porte, lorsqu'en le séparant des devoirs qu'impose la profession , on déshonore par contre-coup la vérité , en prenant un nom mensonger. On n'est pas telle ou telle chose, parce que l'on s'appelle de ce nom ; mais , plutôt , parce qu'on n'est pas telle ou telle chose , on en porte vainement le nom. On trompe ceux qui attribuent la chose à un nom , tandis que c'est le nom qui doit être jugé sur la chose. Toutefois , les hommes ainsi décriés ne sont plus des nôtres ; ils ne fréquentent plus nos assemblées -, ils ne prient plus avec nous j ils sont rentrés dans vos rangs par leurs vices :

nous ne voulons plus même avoir rien de commun âvee ceux que votre cruauté et vos supplices ont forcés d aposta- Wpr« Or, nous admettrions plus voldutiers pavtni nous (seut tfù' aat abandonné notre loi malgré eux^ .cpie eeÉtt' qui i ont trahie v(>lo«|airèi)sent. Mais , d'ttileurt, tous n^éavez rnmvok dvoic vltf ]iO0imer €hiiétieiiB>eeilx renient, les iSbèéàea» «va-^émes qui ne *i«iit pas ee ^e^e'MTpie dfo sé irçiiMiré

-^ 'YI. lobules les iiid que. TDtre coiMcieiice> témoiii- de sft ^^Q0ètB. ignorance, e8l?re&al^«li oèmittetenQe li la cbafoe

pàr ces dÈclarationset ces réponses, que la vérité nous sug- •gèred'eUe-même, vous vous rciugiez tout horsd'haleine au- |3ii^de rhumblcaiitci que l'on appelle 1 autoritédes lois. Le législateur, diteirvous, ne frapperait pas les Chrétiens, s il lïVtait convaincu de leur scélératesse. Poiu fjuoi donc alors ies exécuteurs des lois n exigent-ils pas aussi cette convic- <tioQ, oodiBie cela se pratique pour tousieç autres crimes? ^L«8 kfk ont beau les ooedainner, la peine n'est appliquée iquautantqn'ils sont prouvés. S*affit-il, parexemple, d*oii ihpMidido , edultège , la loi les a condnnnés d'mnee. lÛn iiiuui—iMe par diseiHer. le:Ait», qnoîqiie «ons ODonali^ 'anti^pMl^flst is fiiiten queatioii. Les lois punissent le .ChMMw WaooonL ieenue coinims par le Chrétien doit idire prdQvd: anoiine . loi ne «^oppose 4i rkifannftiioD ; que dîs-jeP rinlbiteattion est Tauxiliaire de la loi. Comment ,oLservcrcz-vous la loi , si vous fermez ics yeux à ce qu elle , prescrit, si vous fermez les yeux à ce qu'elle défend, puisque vous êtes dans l iinpiiissance de coiinaitre quelle sont vos obligations? Point de loi qui ait en soi-même la conscience de sa propre justice ; c est à ceux dont elle réclame lasoumissiou de la reconnaitre pour juste. D'ailleurs .nae loi est natsmliement suqgeote, dn noment qn*elle .déoKne la preuve; .On peut donc reg^a^^ertio^Ml^ jwes*, rwq^tsliies et dignes d'tee nises- eft vigueur, les lob .od^lse kaClhréiîeBSf ttBtqo'oB igMfeqni elles poumi-* ifWit^ nais une Ms Won k sait, eonimncas almd*ttné

flagrante injustice, il faut les r^iudiep avec leur oortége de glaives , d'échalauds et de lions : une loi injuste p a pas

droit au respect. Or, si je ne me trompe , on révoque en doute la justice de certaines lois, puisque tous les jours vous en adoucissez la rigueur et la cruauté par des délibérations et (1( s sentences nouvelles.

VII. D ca vient, me direz-vous , que vous êtes en 31 mauvais renom, qu'il justifie en quelque sorte le législateur? £t moi 9 je vous demanderai à mon tour, sur quelle garande a prononcé le législateur autrefois , et vous-mâmes aujourd'hui : sur la foi deia renommée 1 Mais n'est-ce pas d'elle qu'il a été dit : EUe est le plus rapide de tous les maux? Pourquoi Tappeler un mal , si elle dit toujours , ou du moins si die dit le plus souvent là vérité ? La renommée t mais lors même qu'elle apporte la vérité , elle ne renonce point à la fantaisie du mensonge , mêlant le lâux avec le vrai , ajoutant , retranchant, confondant et dénaturant toutes choses. Mais, que dis-je? elle ne peut exister qu à la condition de nieiitir; elle ne vit, en effet, qu'aussi longtemps qu'elle ne prouve pas, puisque, la preuve une fois acquise, elle s'éteint et disparaît après avoir rempli sa mission , qui est de porter la nouvelle. Dès ce moment , le fait est palpable^ on le nomme; on ne dit plus ^ par exemple: On raconte que telle cbose vient de se passer à Rome, ou bien : Le bruit court qu'un tel a tiré au^rt cette province \ on dit : Un tel a tiré au sort cette pirovinœ; ceci s'est passé à Borne. Personne n invoque la renommée qute lorsque Ton est incertain, parce que la cerdtnde est dans la çon« adence et non dans la rm>mmée» Personne, eicepté Tinsensé, ne croit à la renommée ; le sage ne crmt qu'à ce qui est certain. La renommée, quelque étendue qu'elle soit, a nécessinreiiient commencé un jour par une seule bouche; puis elle j^randiten passai [it rapideraentd une lanfiçue à une autre ian^nie, d'une oreille à une autre oreille : 1 obscurité de son hcreeau ne sert qu'à jeter plus d'incertitude sur ses rumeurs. On ne s'avise pas d'examiner si la pr^pière T. vn. 15

Ù%6 TKKÏ(JLLI£N.

boudie n*a pas seiiié le mensonge ; on répète ce que Ton a entendu , pour faire comme les autres , quelquefois par soupçon , le plus souvent pour le seul plaisir de mentir. Heureusement que le temps révèle tout ce qui est caché, témoins vos maximes, vos proverbes, et la nature ellemême qui . f^râce à son institution primitive, met tous les jours en lumière des vérités que la renommée a a point encore annoncées.

Voyez donc quel témoignage vous invoquez là contre nous. Yoilà de longues années que la renommée nous accuse ^ et elle n a pu jusqu'à ce jour rien prouver contre nous , malgré le temps qu^ellc a eu pour grandir. Notre nom naqaît sous Auguste ; sa loi brilla sous Tibère : Néron , le pilier, le condamna. Jugez-le d'après son premier persécuteur. Si Néron fut un prince pieux, les Chrétiens sont des impies 5 s'il fut juste, s*il fut chaste, les Chrétiens sont des méchants et des incestueux ^ s'il ne fut pas Tennemi de la pauûe , nous sommes les ennemis de la patrie. Notre bourreau prouve ce que nous sommes , car il a sans doute ehatié ce qui lui était opposé : et cependant, de toutes les institutions de Néron , cette loi est la seule qui ait survécu , la seule qui soit juste apparemment , c'est-àdire qui n ait rien de commun avec son auteur.

Il n*y a pas encore deux cent cinquante ans' que nous existons. Depuis lors , combien de crimes n*avons4ious pas commis ! combien de croix n*ont pas porté Timage de notre Dieu! que d'enfants égorgés! que de pains trempés dans leur sang ! que de flambeaux éteints ! que de nocés au hasard .dans ces ténèbres l Jusqu'à présent» c'est la renommée seule qui prononce contre les Giretiens; elle a même ses encouragements dans une maladie particulière à Tesprit humain, et ment avec plus de succès dans les événements atroces et icvuli uiis. En effet, plus vous êtes enclins à la malveillance, pl^s vous êtes disposés à croire le mal : en un mot, on ajoute foi plus volontiers au mal lorsqu'il est fauX) qu au bien lorsqu il est vrai. Si ilniquité eût laissé

lERTULUEN. 227

diet Toa$ la moindre pkce à k pnidaioe pour examiner quelie confiance mMte la renonunée , la justice vous demandait de chercher par qui ces honteuses rumeurs ont

pu se répandre dans la multitude , et de là circulci dans tout Funivers, Assurément elles ne sont pas venues des Chrétiens eux-mêmes, puisque, d'après la loi et la règle imposée à tous les mystères , ils sont obligés de f^arder le secret ; à plus forte raison quand il s*agit de mystères si horribles , que les divulguer , ce serait attirer sur nous un juste et prompt supplice par ranimadversion des faoïmnes.

Si ce ne sont point les Chrétiens qui se sont trahis, la conséquence yeut qu'ils Taient été par des étrangers. Mais, je vous le demande , quelle foi méritent des étrangers , puisque les mystères, les plus justes et les plus légitimes, évitent le regard d*un étranger, quel qu'il soit? Ceux que la loi proscrit prendront-ils moins de précaution? H y a mieux, des étrangers sont moins portés à respecter des mystères qu'à les dénaturer.

Direz-vous que la curiosité de nos vServiteurs a surpris ces intainies en regardant à travers les fentes de nos cavernes ? Eh bien , que leurs serviteurs les aient trahis , qu en conclure ? Sans doute il n'en est pas qui d'ordinaire nous trahissent davantage, surtout si ce sont des actions tellement révoltantes que la justice de Tindignation ait rompu tout lien de fidélité, et ne puisse garder le silence sur des ittftmies qui ont épouvanté le regard et iâit frémir la oonsdeoce. Mais» ici, n'estai pas hien étonnant encore que celui qui avait si bien acquis le droit de parler à la jfâce de tous ne se soit pas empressé de prouver ce qull avançait, et que celui qui avait entendu n'ait pas cherche à voir? En efiet, il y a même récompense pour le délateur qui prouve ce qu'il dénonce , et pour Tauditeur qui fournit la prçuYc (le ce qu'il a entendu.

Voilà précisément ce qui a eu lieu, dites-vous. On a surpris une première fois les Chrétiens. Après ia dénon-

228 iraTDLLIËN.

datkm, les pretms. On a tout vu , timt entendu : de Vk vient votre mauvaise répatation.

Certes, voilà qui surpasse tout sujet d'étonnement. Quoi !

nous avons été surpris une ibis , et nous continuons tonjours ! C'est qu'apparemment nous sommes corrigés. Mais il n'en est rien. Nous portons le même nom, nous f^ardons la même foi , nous devenons de jour en jour plus nombreux, d'autant plus haïs que s'accroît notre multitude : la haine s*ctend avec lu matière de la haine. Mais quand le nombre des coupables grossit , pourquoi donc le nombre des délateurs ne grossit-il pas avec les crimes?

Ce que je n^ignore pas , c'est que nos réunions sont maintenant connues. Vous savez quel jour et en quel lieu nous nous rassemblons ; aussi sommes-nous surveillés , aasiégéB, et nomme captifs jusqu'au milieu de nos réunions^ Eh bknl qui jamais est survenu lorsque les restes d'un enfent , à demi dévoré, fumaient encore? Qui jamais a surpris sur un pain ensanglanté la trace de nos dents ? Qui jamais , apportant soudain un flambeau au milieu de nos ténèbres, a dé< ouvert les vestiges, je ne dirai pas de quelque inceste, mais de la moindre action déshonnéte? Si nous obleiions à prix d'or qu'on ne produise point au grand jour ces horreurs, pourquoi nous accable-t-on de toutes parts ? On ne peut plus dès-lors nous dénoncer. Qui, en effet, vend ou achète la révélation de quelque crime., sans les preuves du crime lui-même ?

Mais pourquoi des espions et des témoins étrangers , puisque vous, pouvez nous arracher Taveu public de nos crimes , soit en nous les exposant après en avoir été vous* mêmes les témoins , soit en les découvrant plus tard, si on vous les cache aujourd'hui ? Tous ne Tignorez pas : oeox qui veulent se lanre initier ont coutume de se présenter devant le maître on le chef des sacrifices. Allez le trouver*, il vous dira : « Il faut que vous apportiez un enfant qui (c vaf^isse encore, afin que nous riiiiy»oliuns, et un pende « pain pour le tremper dans son sang ^ il irons faudra en

«r outre des flambeaux que dohrent renverser des chiens « attechés i^Hi k l'autre , puis encore des lambeaux de cbair <c pour jeler à ces animaux. Tous n'oubUerez pas non phis « Totre soeur ou Yotre mère. » Mais, si vous n*en avez pas , qu*arrivera441 ? H est probable <|Qe voua ne serez pas reçu diretien. Or, je vous le demande à vous-mêmes, de telles aocusatiiHis penvent^lles étré écoutées quand elles sortent d'une bouche étrangère? Mais elles ne sont pas Touvrage d un seul : il est impossible d en connaître tous les auteurs. On commence piir calomnier ^ puis vient un second qui ajoute les festins sanglants ; un troisième parle d'unions incestiu uses. LM^orance accepte. Jamais ils n'ont rien appris des mystères chrétiens. 11 est impossible cependant qu'ils ne connaissent pas des rites que devront pratiquer ceux qu^ils introduisent. D'ailleurs, combien n'est-il pas ridicule que des profanes sachent ce qu'ignore le pr^ltre ! Commem donc se faivil qu'aucun de ceux qui sont nouvelr lemenft initiés gardent le silence sur nos festins de Tbyeste, sur nos mariages d*OEdipe, sans en être épouvantés aussitât, et courir les dénoncer au peuple ? Maïs non, il paraît qu*à peine instruits de ce qui se passe x;hex nous, ils s*y affectionnent bientôt plus que leurs maîtres eux-mêmes. Si Ton ne parvient k prouver aucuiu' de ces monstruosités, il faut que notre religion renferme quelque chose de bien sublime , pour qu elle puisse vaincre le dégoût de pareilles horreurs.

O nations mille fois di^es de pitié ! approchez ; voilà que nous vous offrons l'épreuve de notre initiation. A ceux qm croient et obéissent, notre loi promet la vie étemelle ; elle menace en même temps les profanes et les rebelles d'un supplice ains fin dans- les flammes éternelles. G*est pour Tune ou Tautre de ces destinées qu'elle précbe la résurrection des morts. Nous discuterons ce dernier do(;me plus tard, quand il en sera temps. En attendant, croyez comme nous; car je suis pressé de savoir si vous êtes prêts à marcher par leâ mèine^crinicb que bous. Viens, à homme,

qui que tu sois ; plooge le iér dans la gorge de cet ea£uLt ; ou si c'estrlà le ministère d'un autre, contemple tranquillement une ame qui meurt avant d*av<»r Tecu; trempe^ il le faut, ton pain dans ce jeune sang; mang&4e gaie-ment; à. table, examine bien où sont assises ta mère et ta. sceur; ne Toublie pas, afin qu*au moment où tomberont ces ténèbres qui mettent à T^preuve la sagacité des aasistantSy tu ne te trompes pas, en te prédpitant sur une étrangère. Si tn n'es pas incestueux , tu n'as rien fidt. Après cela , tu auras mérité la vie éternelle. Réponds-moi donc : veux-iu de réterniié à ce prix ? Mais non , tu ne le crois pas ; quand même tu le croirais, j aiiirme que tu n'en voudrais pas -, et quand même tu en voudrais, tu ne le pourrais pas. Pourquoi d'autres le pourraient-ils , si vous autres ne le pouvez |>as ? Pourquoi ne le pourriezvous.pas, si d'autres le peuvent ? Ce serait adieter trop çber rimpunitéf et même l'éternité, tous écriez-vous. £t nous donc, croyez-vous que nous soyons déterminés à le» adieter à tout prix ? Les Chrétiens ont-ils d'autres dents? ont-ils une autre bouche? sont-ik autrement organisés pour rinceste ? Il n'en est rien, que je sache. Il nous suffît de différer de vous par k connaissance de la Terité.

ym. Hais non, on nous regarde comme une troisième race d'hommes; on nous prend pour des cynopes, des sciapodes, ou enfin des antipodes, qui viennerit de dessous terre. Si vous attachez quelque sens à ces mots , expliquez-nous ce que vous entendez par la pi eiuière et la seconde race, afin que nous sachions ce qu'est la troisième. Un certain Psamméticus s'imagina avoir trouvé un iih)\cu inrjénieux pour découvrir le peuple qui appartenait à la première race. U prit, dit-on, deux enfants nouveau-nés» et les ût nourrir par une femme à laquelle il ayait auparavant fiiit arracher la langue, afin que ses deux élèves, entièrement éloignés de la voix humaine, au lieu de former leur idiome d'après les sons qu'ils entenikient^^Mirlaflseiit d'après eux-mêmes, et indiquassent par un mot échappé à

TEETUUIfiN. %Zl

la nature, quelle était la plus antique nation. Or, le premier mot qu'ils prononcèrent fut bekkos ^ el comme il signifie pai/i dans la langue pliryfjienne, on en ( onchil que les Phrygiens étaient le pluh aut icii de tous le.s |)euples. Peut-être n'est-il pas hors de propos de vous démontrer ritnpossihilité d'uû pareil fait, pour vous prouver à quelles fables ridicules vous ajoutez fbî, pendant que vous fenooev les yeiis à k vérité., Qui.Groûra, en efiPet, qu^uDO .femine ait pu vivre après qu^on lui eut arraché la lan^^e» cet oi^fan/B de 1^ vie » et qu'on la lui eut fooupée jusque dans la radne, de jpaniàre à Uessiar la gor|^ à riotérieur, Jors^ qu'il est déjà si dangereux de la Uesseit ^ Textérieur. Ajoutez à oela que le sang vicié a dû retomber dans la poitrine, et qu'enûn la suspension prolongée de toute espècç d'aliments aurait infailliblement amené la mort. Eh bien! d'accord, elle a pu vivre, pfuérir par les remèdes d'une l'iiiiomèle dont les plus halill* s expliquent le mutisme, non par la mutilation de sii laiij;ae, mais par la honte de - Toutrage qu'elle avait subi. Si elle a vécu, elle a pu faire entendre un son confus, mal articulé, aigu, sans le secours des lèvres, et seulement en ouvm.t la boucVe* li est facile de produire un son avec le gosier seul » et dans Fini* mobilité de la langue. Les enBaints l'ayant recueilli, 4'i|tttaat plpis facilement «{u'il était le seul, limitèrent , pfiiis Tarticulèrent un peu plus nettement» parç^ qu'ils airaient me langue ,.el lui attachant ensuite quelque aigoification*

Toutefois, que les Phrygiens soient le peuple le plus an^ cieUjjevous l'accorde. S eiisuàt-ilque les Chrétiens soient la troisième race ? (j^^ He suite de nations entre les Phryf^iens et nous ! Mais prenez garde que ceux que vous apptlez une troisième race d'hommes , n'aient le premier rang , puisqu'il n'y a pas de nations qui ne comptent des Chrétiens } de sorte que la natiouila plus ancienne sCen est pas moins cbré^enme. D'ailltonm quelle extrai^ganee de prétendre» d'upe part, que %ou6 sommes les plus nouveaux;

T£ATliLLl£N.

d'tnuire part, que noussomnies les troisièmes? C'est donc par rapjKirt au culte, et non quant a la nation , qui- vous nous faites les troisièmes : vous dites les Romains, les Juifs, ensuite les Chrétiens. Mais que faites-vous des Grecs? Ou si les Grecs sont compris dans les superstitions des Romains, puisque Rome demanda ses dieux à la Grèce, que deviennent les Egyptiens? Eux aussi avaient , qtie je sache , une religion particulière et mystérieuse. Enfin, si les bommes de la troisième race sont si moastnieux, <{ue penser de oem qoi avant nous appoirtenaient à la première et àlaseeomfe ?

IX. Ifeiis pourquoi m*étonner de toutes vos extravagances , quand It même docteur du mensonge vous en a inculqué mille autres, de forme naturelle, identifiées avec nous, et pleines de malice ? Reconnaissez avec uioi (quelle est votre démence, quoiqu'elle ne m'étonne pas. Vous nous accusez (1 c(re la cause de toutes les calamités particulières ou publiques qui vous surviennent. Le Tibre est- il débordé ; le ^'il est-il resté dans son lit ; que le ciel s'arrête, que la terre tremble , que la guerre dévaste vos champs, que la famine ravage vo$ cités , vous n'avez tous aussitôt qa*un cri : Les Chrétiens à la mort! les Chrétiens à la mort ! Comme si c'était peu pour eux d'avoir à redouter encore quelque chose de plus que vos fléaux qu'ils partagent. Mais examinons. C'est sans doute parce que nous méprisons vos dieux, que nous attirons sur la terre ces désastres. Mais, comme nous l'avons dit plus haut, il 11*7 a pas encore trois cents ans que nous existons , et cependant que de fléaux ont pesé sur le monde avant notre apparition ! Combien de villes, combien de provinces désolées ! que de guerres étrangères et intestines! que de pestes! que de famines! que d'incendies ! que de gouffres! que de tremblemens de terre ont épouvanté le siècle ! Où étaient les Chrétiens lorsque Tempire romain a lourni tant d'histoires de ses travaux? Où étaient les Chrétiens, lorsque les îles d'Uiérennape » de Delphes , de Rhodes et de Crète disparurent avec des milliers d'hahitans? ou lors*

XBamuEN. îi$

qne cette île qui , suivant Piatou, était plus vaste que l Asie ou rAtrique, fut cnr^louiie parla mer Atlantique ? lorsque le feu du ciel dévora Yulsinies ? lorsque la flamme, partie de la Buxitaipe Tarpéienne , la consuma toat entière; lorsque la mer de G>rinthe fut séchée per un trem- Meriticnt de terre ? lorsqu'enfin le déluge anéantit TunivetB? Où étaient alors » je ne dirai pas le» Chrétiens , csntempUMi^ de vos dieax»' mais vos dieux enXHaiémesy post^ieurs à 6e désastre, «nsi que le pronvetit lés lieni et ie^énéà dàns lesquelles ils naquirent , o& ils demem^ raïf^ ^ fbrent ensevelis ^ on même qu'ils bâtirent de leurs mains? En effet, ces lieux et ces cités n'auraient pas survécu jusqu'à nosjoui^, s'ils n'étaient postérieurs k cette catastrophe.

"""Mais vous vous souciez peu de parcourir les témoif^iages des temps que l'on dénature pour vous tromper, ne fut-ce que pour absoudre vos dieux du reproche d'injus' tiee , s'il est vrai qu'ils châtient ceux qui les honorent, à cause de ceux qui les méprisent. Alors vous prouTes tous^ mêmes que vous êtes dans Terreur, puisque vousadoreat des dieux aveugles qui ne savent pas vous distinguer d*a-> vec les profanes.

^ "^Hs s*irritent contre nous, répondent quelques-uns ^ parce que nous négligeons de détruire entièrement les Chrétiens. — Eh bien ! vons avez confessé phr cet aveu leur impuissance et leur néant. Ils ne s'irriteraient pas

contre vous, quand vous cessez de nous frapper, s'ils jx)u-* vaient nous frapper eux-mêmes. D'ailleurs vous proclamez encore cette v(^ri(é , quand vous les vengez par notre supplice. Ce qui dépend d'un autre, est défendu par un plus puissant que lui. Quelle honte que des dieux soient protégés par des hommes !

X. Répandez maintenant tous les poisons de la calomnie sor notre nom; lancez contre lui tous vos traits, jé ne cesserai de les repousser. Plus tard , je réfuterai vos aocusatkms par Texpositioii de toute notre doctrine* Au^

S34 TE&TULUSN.

jourd'hui , je me contente d*anaclwr de notre wpe les

flèches dont voiis nous percez, pour vous les renvoyer à vous-mêmes; les crimes que "ous nous supposez, je vous les montrerai chez vous, afin que vous soyez blessés par vos propr es fiflaives.

Daix)rd, vous nous accusez en général d'avoir abîindonné les institutions de nas pères. Mais examinez attentivement ai vous ne p^tagez point ce crime avec nous. J'interroge tos kis, to6 raœiuQs. Partout j'y vois lantiquité altérée, ou, pour.mi€;ax dire, entièremeot détruite. J'ai déjà dit pins haut <{ue yous substituez tous les jours à vos lois des décrets iKwiveaax* Quant à votre manière de vivrei il ne &ut qu^ ^us regarder pour sq .ooQvainere oambien vos vêtements , votre extérieur, vos aliments et votre idiome Ini-mtme diffèrent de ceux de vos ancâtees* Tous bannissez oe qui est anden comme quelque chose de su» ranné. Dans les affaires , dans les fonctions publiques , partout i auiiqiiité est bannie. Vous remplacez 1 auiorilé des aïeux par voire propre autorité. Sans doute, et c'est là ce qui fait votre honte , vous ne tarissez pas sur les louanges du vieux temps, mais vous vous gardez bien de l'imiter. Quel étrange renversement d'idées que de louer ce que faisaient .vos aïeux» en refusant de laaardier sur leurs traces !

Mais parlons d'une chose que vous ont léguée vos aleuac^ de la seule chose que vous observiez fidèlement , peut-^tre, d'une choie qui fournit contre nous tant de chefs d'aocuh SBtion, et soulève de toutes parts la haine contre le nom chrétien. Il s'agit du cultQ .de vos dieux. Jj& montrerai ^iement que vous le détruiseiç par vosinsultea, bien que oe ne soit pas de la même manière. Pour nous , que nous méprisions vos dieux , on ne peut pas raisonnablement le soutenir, parce que personne ne méprise ce qu'il sait bien ne pas exister. Ce qui existe peut être l'objet du mépris. Ce qui n'existe jxis ne suufTre quoi que ce soit. Il ne peut soufirir quelque chose que de ^a pari de ceux qui croient

èson eiismce. C'est donc Tons qui êtes ooapables, vouf qui croyez et népriaee^ vous qui adorez et dédaignée $ wns qui respectes «t insoltCB! 11 est fiidlede votisen caa* Taincre. D^dinid , puisqde ^nm adorez , les uns un dieu , les autres un autre, il esi dair que tons méprisez ceux que vous n^adorez- pas ; la préférâice pour Tun ne peut aller sans la répugnance pour l*autre ; tout choix renferme une répudiation ; opter entre plusieurs , c'est dédaigner celui pour lequel vous n'avez point opté. Mais il y a tant de dieux, répondez -vous, qu'il est imprissible que tous soient adorés par tous. Il suit de là que dans 1 origine vous avejz commencé par les insulter, puisque vous en avez établi un si grand nombre, que tous ne peuvent être adorés. Les plus sages mène et les plus éclairés de vos ancêtres « dont TOUS ne voulez point abandonner les institutieas^ se sont montrés plus d'une fois impies envers la personne de vos dieux. Je suis un iniposteur, s'il n est pas vrai qu'il ait été'défendu à ce général qui , sur le dmmp de batsiUe, a^t voué un temple au dieu Àlbumus» de le lui oonsa-* crer avant que le sénat eût ratifié son tcSu. C'est ce qui arriva à M. Emilîus. N'es^ce donc pas une impiété , que di»^e? nW-ce pas le plus sanglant des outrages, que de soumeiire à la fantaisie de la volonté humaine , les honneurs rendus à une divinité ; de sorte qu'il n'y a de Dieu qu'autant que le sénat l'a permis? Souvent les censeurs ont aboli un dieu, sans le consentement du peuple. IL est avéré que les consuls , appuyés de Taulorité du sénat, chassèrent non-seulement de Borne , mais de l'Italie tout entière, fiacchus arec ^ mystères. Yarron nous apprend que Sérapis, Isis, Hafpocrate et Anubis forent mis à la porte du Gapilole » et que lemrs statues, renversées parie sénat , ne furent relevées que par la violence du peuple. Aux calendes de janvier cependant, le consul Gabsnius , approuvant à peine quelques victimes, à cause de la multitude ameutée , ^larce qu*il n'avait rien déddé au sujet de Sérapis et d'Isis , consulta plus la prohilntion du^sénat

TBBTULUBN.

que l'effervescence de la multitude , et défendit qu ou leur figeât des autels. Vous le voyez ! vous avez parmi V08 ancêtres , sinon des Chrétiens de nom ^ eu moins une secte chrétienne de fiiit» qui méprisait vos dieux.

Passe encore si » comme vos pères , yons rendiez à vos divinités un culte enti^, tout irréli^eox qu*îl est. Mais vous avez fait des progrès dans la superstition comme dans Fimpiété. En effet, quel respect avez^vous pour les dieux privés , ces Lares et ces P^tes que vous hcniôrez par uneconsécration domestique , mais que vous foulez aussi aux pieds avec une liberté toute domestique en les vendant et en les mettant en gage , selon vos besoins ou il après vos caprices? Ces sacriléf^es seraient sans doute excusables, s'ils n'étaient d autant plus insultants, qu ils s'adressent à des divinités d'un rang inférieur.

C'est probablement pour consoler les pauvres dieux domestiques de tous ces affronts, que vous traitez vos dieux puhUoBi avec plus de dédain encore* Vous les vendez à l'en* can; proscrits tous les cinq ans, vous les affermez parmi vos revenus; ils sont soumis aux impôts, adjugés par le crieur ptddîc, inscrits sur les registres du questeur comme le temple de Sérapis, comme le Gapilole lui-même. Des terres , chargées d'impôts , perdent beaucoup de leur prix^ des hommes, soumis à la capilation, en sont moins estimés. Ce sont-là des marques de servitude. Il n'en va pas de nièiiic Je vos dieux ^ plus ils paient d iiupols, plus ils sont hoûorés, ou plutôt, plus ils sont, honorés, plus ils paient d'impôts. Vous trafiquez de la majesté des dieux ; la reh;pun devieni un négoce^ la sainteté mendie uu droit; tant pour entrer dans le temple ^ tant pour la place près de l'autel ; tant pour le seuil ; tant pour la porte. Vous vendez la divinité en détail ^ il est impossible de i'adoror autrement que la boiu^e à la main ; elle rapporte même plus à vos publicains qii^à vos prêtres.

Mais c'est peu que de n^liger ou de vendre vos dieux; il lâut encore que vous les insaldez jusque dans les bon-

nenrs qœ ipous ironies bîeii iear vendre. En effet , quels lunuieurs leur rendez-^mis que irons ae remliea é^/Bi^ ment aux morts ? Vous élevez des temples m» dieux $ mis ëlerex des temples aux morts : tous dretses des «utels aux dieux ; vous dresses des autels aux moets. Vous y gravez des inscriptions de même nature. Vous donnez de part et d'autre à leurs statues les mêmes formes, appropriées à leur génie , à leur profession , à leur â^. Saturne y est représenté comme un vieillard -, ApoUoa comme un adolescent; Diane est vêtue en jeune vierge, Mars en soldat , et Vulcain en forj^oron. H nVst donc pas étoiinaut (|iie vous offriez aux morts les mêmes victimes et les mêmes parfums qu'aux dieux. Mais comment vous défendre de l'affront que vous faites à vos dieux en les assimilant à des morts? IL est bien vrai que vous assignes aussi à vos rois des saoenloees» di» cérémonies religieoseSt des cbars sacrés, des solistjBrniom , des lectistemium (1) , des jomv de naîssanee, et des jeux. Tous aves raison , puisque le ciel leur est aussi ouvert; mais cela est encore un outrage de plus pour les dieux. D abord, il ne convient pas de mettre déjà au l ang <ies dieux ceux qui ne le deviendront qu'après leur mort. Eif second lieu, Proculus qui contemple son Dieu rcçu dans le ciel , ne se paijureroit pas avec tant de Jiberic et si manifestement devant le peuple, s*il ne méprisait pas ceux au nom desquels il se parjure, autant que ceux qui lui permettent de se pnrjurer. En effet, ils confessent ainsi que la chose par laquelle vous vous parjurez n'est que néant) ils font mieux : ils récompensent le par* jure, paroe qu'il a méprisé publiquement les Taigeurs^da parjure.

Disons-le toutefois , ohacun de vous est innocent de- ce crime. Le péril qu'entraîne avec soi le parjure a disparu, depuis que vous aves trouvé plus religieux de jurer par

(0 Cérémonifts qui consistaient à placer les images des dieux oudesroU •or des lits garais Ue coussins , autour d'une ttôAe bien servie.

TERXDLLIEK.

€éuBc : ce qui est encore un outrage à Tégaid de vos dieux, |HiÎ9qae les parjures enyers Géaar seraient punis plus Am»lement qu'envers tous les Jupiters du monde. Toutefins le mépris a quelque dbose d'honorable et qui flatte i orgueil : il ptovient souvent de la confianee onde la-sécnriaé de la oonsdenoe, quelquefois d*une élévâlion naturelle de l'ame. Mais la déiîaion , plus elle se permet , plus elle est blessante. ReconiloisseK donc avec quelle dérision vous vous joueas de m dieux. Je ne parle pas de vos sacrifices où vous n'offrez que des victimes de rebut, à demi moi les etrongées d uicèi t s. S il s en trouve de meilleures et d'intactes, vous avez ^and soin de ne laisser que la tête, les cornes, les soies et les plumes, toutes les parties enfin qu'on ne saurait manger et dont vous n'auriez rien fait à la maison. Laissons de coté cdtte honteuse et sacrilège gourmandise pour remonter presque jusqu'à la religion de vos ancêtres* ,

Les hommes les plus éclairés et les plus graves, puisque la gravité comme les lumières s'accroissent par 'la doctrine, se sont toujours montrés irrévérencieux envers vos divinités. Yotre littérature ne leur cède en rien. Qve d'in* Aunies! que de &bles ridiculesl que de caJoronies sur les dieux on y rencontre ! A commencer par votre Homère, cette source abondante de laquelle est découlée toute votre poésie, plus vous lui rendez d'hommages, plus vous insultez à vos dieux, puisque vous f^lorifiez si fort celui qui s'est joué d'eux. Nous nous souvenons encore de notre Homère. C'est lui , si je ne me trompe , qui abaissai la majesté divine jusqu'au niveau de la condition humaine, en donnant aux dieux nos accidents, nos pensées et nos passions; lui qui les partage en deux camps rivaux et les lait combattre comme drâ couples de gladiateurs. H blesse Vénus par une niain mortelle ; il enferme pendant treize mois Mars dans un cachot , où il est menacé de périr ; il arrache aux mains de la multitude céleste Jupiter menacé par l'émeute 'j il nous le montre ensuite pleurant Sarpédon , ou

XERÏULLIEN. ,

bien plongé diins de honteux pkûëirs tàte Jimon, à la» quette il ùlt rëmnnmtion de ses maîtresses , afin d*éveU<^

1er ses sens.

Enhardis par l'exemple de leur prince , quels poètes après cela ne se donnent carrière envers les dieux, soit en dénaturant lu vérité, soit en inventant des contes ridicules? Les poètes tragiques ou coiDiques ne les ont pas plus épargnés , en choisissant leurs supplices et leurs maux pour sujets de leurs drames. Je ne parle pas des pliiloscH' phes, que leur orgueil et une vaine affectation aauslérité comme de sagesse élèvent an-dessus de toute crainte* D'ailleurs le ^os léger souffle de la mérité suffît pour les armer contre vos dieux* Socrate » pour se moquer d'eux , avoit coutume 'de jurer par un chêne « par un chien, ou par sa femme. Il est bien vrai qu'il a éîé condamné pour cela ; mais puisque les Adiéniens cassèrent le jugement et punirent ensuite les accusateurs de Socrate , Socrate reprend toute la valeur de son témoignage 5 et je ])ius rélorcjiier contre vous que Ton approuva dans sa personne ce qu aujourd'hui 1 on blAme en nous. l)io";ène ne s'est-il pas permis je ne sais quelle raillerie eontre Hercule ? Et Varron , Diogène à la façon de Kome, n'a-l-il pas imaginé trois cents lupiters sans têtes ? Examinez de près les plaisanteries sacrilèges de vos Lentulus et de vos Hostius. €iroyez**yous rire des comédiens ou deis dieux dans ces &rces et ces bouffonneries ? Que dîs^je ? vous accueilles avec la plus grande foveur ces fables indécentes qui re» présentent au naturel toute la tui^tude de vos dieux. * Leur majesté est souillée tous les jours devant vous dans des corps impudiques; ce sont les derniers, les plus in* flbnes des hommes qui deviennent l'image de vos dieux. Le Soleil pleure son fds irappé par la foudre , et vous en riez! Cjbèle soupire pour un berger dédaigneux, et vous n'en rougissez pas ! Vous laissez diffamer Jupiter î

Étes-vous plus religieux dans le Cirque, où, parmi l'horreur des supplices, parmi des Ûots de sang humain, vos

•dieux viennent danser, et fournir aux criminels ie 9U}et des forces qu'ils donnent au public » comme si vous vouliez punir vos divinités dans la personne des coupables. NoOs avons vu Facteur qui représentait Athys, c#diea de Fessiaunte, mutilé sur le théâtre » et celui qui joumt Hercule , comme lui brûlé vif. Nous avons vu , non sans rire beaucoup, dans les jeux de midi , Pluton, frère de Jupiter, précipiter dans les enfers, a coups de luaricau , les corps des gladiateurs, pendant que Mercnre, avec ses plumes sur la téte et son caducée brûlant à ia luain , appliquait sa bafjuetlc ardente sur les corps p)ur s'assurer qu ils étaient bien morts. Si ce que j'ai dit et ce que d autres pourront remarquer après moi , outrage et déshonore vos dieux » de pareilles licences décèlent par conséquent un mépris souverain pour leurs personnes, aussi bien dans les acteurs ipB jouent que dans les spectateurs qui ai^>laudisBeut. Je crains bien par conséquent que vos dieux n'aient plus à se plaindre de vous-mêmes que de nous. Il est vrai qu-en* suite vous les accablez de £atleries pour racheter vos affronts. D^ailleurs vous pouvez fout contre eeux auxquels vous avez permis d'être ; nous, au contraire, nous sommes leurs euuemis partout et toujours.

XL Mais ce n'est pas seulement par Tabandon des anciennes croyances que nous vous ressemblons: nous pouvons aussi vous reproclier toutes les nouvelles et monstrueuses superstitions dont vons nous accusez. Quelquesuns de vous ont révé que noire Dieu claii une tète d'âne* Tacite est le premier auteur de cette ridicule invention» Itos ie cinquième livre de ses Histoires, oii il parle de la* ^erre des Juiis, il remonte à r<»*igine de ce peuple. Après avoir dit sur leur origine, leur nom et leur rdi^poa» tout ce qu'il lui ple)td*imaginert il raconte que les 4ui£i| dans une de leurs mardies à travers de vastes déserta» et près de mourir desoif, furent conduits è une source par des ines sauvages, qui allaient boire après avoir mangé. Il ajoute que , par reconnaissance pour ce bienfait , ils bonoraient

TERTULLIEN. 241 Tiroage de ces animaux. De là on a conclu, si je ne me trompe, que les Chrétiens^ rapprochés par leur religion du culte judaïque, adoraient la même idole. Mais ce même Tadle, si fertile en mensonges, oubliant son affirmatioii de tout 'k i*liéin*é, rapporte un peu plus loin que le grand'Fompëè, ^pr^ avoir vaincu et lait prisonniers les Juifs, entra dans 'le temple de Jérusalem , et malgré des recherches minu- ^tièuses, n\ trouva aucun siniiilacre. Oîi disva'it donc résider ce dieu ? Sa place était surtout drtns ce temple célèbre ferme à tous, excepté aux prêtres, et où il n'y avait à craindre aucun regard étranger. Mais pourquoi nous justifier? Je n'ai promis pour le moment que des aveux pour attester que toutes les accusations retombent sur vous. Que notre Dieu soit le simulacre d'un âne, d'accord. Nierezvous du moins que vous en fessiez autant ? Il est certain gue vous adorez toute la race des ânes, et avec leur déesse 'l^ne, toutes les betes de somme, tous les troupeaux, tous animaux, que vous consacrez eux et leurs étables. Voilà peut-être ce que vous reprochez aux Chrétiens, c*e8t que parmi ces adorateurs de toute tele d animaux , nous nous liomons à adorer rftnè.

" Xll . Quant à 6eux qui prétèiident que nous adorons nne

croix, ils sont de la même religion que nous. La qualité de la Croix est d'être chez nous un étendard de bois. Vôus, vous adorez la même matière sous toutes ses transformations. Votre étendard , à vous , a une figure humaine ; le nôtre a sa figure particulière : qu'importent les linéaments, pourvu que la qualité soit identique ? qu'importe la forme, jpourvu que le corps du Dieu soit le même ? Si vous disjputez sur la différence, y a-t-il grande différence d'une jcroix à la Pallas athénienne , h la Gérés du Phare , qui n*e8t autre chose qu'une pièce de bois grossière -, inlbrnie et sans figure? Tout poteau dressé en Tair est b moitié (d*une croix, et même la moitié la plus forte. Vouç nous reprochez d*adorer une croijr^compiète aveason antenne et sa partie supérieure. A mervèille. Vous êtes par même

TËRTULUEN

d autant moins excusables d'adorer un boîs routîlë et incomplet, tandis cjue les autres le consacrent dans la plénitude de sa fornre. Mais que dis-je ? Votre religion tout entière réside dans la croix, ainsi que je vous le niontrerai. Ignorez- vous donc que tontes les statues de vos dieux et de vos déesses ne sont dans 1 origine qu\ine croix ? En effet, tout simulacre, qu'il soit taillé dans le bois ou sur la pierre, qu'il soit coulé en airain » ou produit avec une matière plus ricbe encore , doit avoir passé auparavant par les mains du modeleur. Or> le modeleur commence par dresser le bois de la croix, parce que la croix est la ligne et Tattitude qu'affecte le corps humain à notre ibsu. Ce qui est la lête domine; ce qui est Tépine se prolonge, ce qui est

le niveau des épaules Faites une figure d'homme

les bras étendus, vous avez la croix. C'est par là que débute la plastique avant de donner à ses modèles la forme, les contoui s et le corps tout entier dont îl lui plaît de revêtir l'argile qui tout à Theure, avec le compas et la règle de plomb, va se convertir en marbre, eu bois, en airain, ou eu tout autre matière dont il lui pUnra de faire' un dieu. Après la croix, l'argile-, après l'argile, le dieu : la croix, en quelque façon , se métamorphose en Dieu par le moyen ded'argUe. Yous consacrrâ donc vos dieux par la croix, puisque c*est par la croix que commence l'objet de votre consécration. Prenons ,un exemple. Vous déposes dans la terre le noyau d'une olive , l'amande d'une pèche ou un grain de poivre. Après qu'ils y ont séjourne quelque temps, l'arbre s'élève, épanouissant ses rameaux, sa chevelure et les formes qui le caractérisent. Si vous le transplantez ou si vous prenez de ses branches pour en greffer un autre, à qui imputerez -vous ce qui provient de ce mode de propagation ? Ne sera-ce point à ce grain, à ce noyau ou à cette amande ? En effet , puisque le troisième degré se rattache au second, et le second an premier, le troisième se confond avec le premier , en passant par le second.

iJiyiiizeo by

XE&ÏULLIEM. S43

Il n'est pas besoin de nous arrêter long-temps sur ce point, puisqu'en vertu d'une prescription naturelle, tout genre, quel qu'il soit, rapporte son principe à 1 urigine, et que le fleure est compris dans l'origine, ainsi que l'origine reniermée dans le genre. Si donc, dans le prindpe de vos. dieux., vous adorez lorigiDe des croix , voilà le noyau et le grain primocdial de qui esl venue pumi vous cette forêt de simulacres. Nous en avons tons les jours des «amples. Vous adores lesYicloireSy divinités d'autant plus augpisles» qu Viles sont nnè source de joie... Mais en adovant les Yietoireft, vous adores lesceoÛL qui flOBt au milieu des trophées. Vos années révèrent leurs enseignes , jurent par elles, les préfèrent même à Jupiter. Ces images superbes, cet éclat de i or , ces étoffes précieuses et ces voiles qui flottent autour de tos drapeaux et de vos étendards, qui sont aussi sacrés pour vos armées que les dieux eux-mêmes , sont destinés à enrichir et à décorer les croix. Yous rougisse y ce seaàble» de les adorer DUCS et sans ornements.

XUi. D'autres, avec un peu plus de vraisemblanœ et de raison 9 8*iRiaginent que le soleil est notre Dieu , soit parce qu^ils savent que nous nous tournons ver» TOrieut pour -prier, soit parce que le jour du SoleiLest pour ikous un jour de joie <et de fête. Hais ne voilHin pas la plupart d'entre vous, tournés ifcts le soleii levant, affaeier d*a-* dorer le ciel , et de 'remuer les lèvres ? N'est-ce pas vous du moins qui avez donné à un des jours de la semaine le nom du Soleil? Ce jour-là vous VOUS abstenez complète- * ment du bain , ou bien vous le différez jusqu au soir, vous vous livrez au repos ou aux festins, toutes choses que vous faites en vous éloignant de l'esprit de votre culte pour vous rapprocher des religions étrangères. Car les Juifs oéièlirent des fêtes , des sabbats, des banqiiels avec des pains sans levain « des jeûnes aveo des azymes, allument des flambeaux , et ofi&ent des prières expiaioinMi, quoique tout cela ne resseiufale gu^ k vus «fieux. Aii»î, pour

quitter cette digression, de quel droit nous reprochezvous d adorer le soleil et d'avoir choisi le jour qui lui est consacré? Voas nous resscnil)lez encore sur ce point 5 reconnaissez-le ; nous nesommes pas si loin de votre Saturne et de vos sabbats.

XIY. Mais il court sur notre Dieu une rumeur nouvelle. Il y a peu de jours que, dans cette cité, un des hommes les plus pervers, déserteur de sa religion , et qui n'a de juif que la peauqa*il a perdue, après avoir subi la dent dies hÀes féroces contre lesipielles-il a loué son bras et fout son corps, a promené contre nous une image arrec cette inscription : OvocnoBrts (race d'âne). Le monstre était Téta de la toge , portant un Ihnre main , armé de longues oreilles d'âne, avec un des deux pieds iborcbn. La multitude de croire aussitôt sur la parole du juif. N'est-ce pas de celte engeance que parlent toutes les infamias dirigées conti e nous? Dans toute la ville il n'est plus bruit que d Otvochoetès. Quoique cette calomnie soit née d'hier, qu'elle n'ait pns pour elle rautorité du temps, et qu'elle tombe d'elle-même , rien que par la bassesse de son auteur, je l'accueille volontiers pour vous renvoyer l-accusation» Yoyes donc si Ik encore vous ne mëriteE pas les mêmes repvoches que nous. Peu importe sousqudle forme nous adorons des simulacres, pourvu <pie ce soient des simulacres. Vous avez des dieux à téte de dûen^ d'au» très à téte de lion, de bœuf, de bélier, de bouc, des dieux cornus, des dieux à jambes de chèvres, à queue de poissons et de serpens. Que sais-je encore ? Genx-ei ont des ailes aux pieds; ceux-là au dos et à la téte. Pourquoi donc ci ier si haut contre notre idole unique ? Il y a chez vous des milliers (ÏOnochœtès.

XV. Si nous avons, vous et nous, des dieux de même nature , il s'ensuit que nos sacrifices et notre culte doivent peu différer. Nous allons vous convaincre encore par cette comparaison nouvelle. Nous sacrifions à la divinité par rinfonticide, dites-vous : telles sont nos initiatians. Four

TERTinjJEN.

TOUS 9 si vous airez oublié vos meurtres et yos infanticides^, je Yous les rappellerai en leur temps ^ car nous renvoyons beaucoup de choses à un autre moment, poùr ne pas ré- * péter constamment les mêmes choses. £n attendant, k cessemblance ne manque pas de plusieurs cdtés, et si nous mûmes infiuitiddes à. notre manière, tous ne l'êtes pas moînîBà votre façon , vous qui tues les en&nts ausntdt après leur naissance, quoique les lois vous Tintardisent. Mais, de toutes les lois, il n'en est pas qui soient violées plus impunéi^eiit, ainsi que tout le monde le pratique. Nous ne les immolons pas avec des rites sacrés ni en l'honneur d'un dieu , me direz-vous peut-être. Qu'importe ici le but? vous ajoutez encore à la omauté par le genre de mort. Vous les exposez au froid, à la faim , aux bétes, ou bien vous les plongez dans Teau, pour les ùmte mourir plus lentement. Les différences que vous alléguée en :VDtre faveur ne ser^ vent <fOLk vous acoBfaler davantage , puisque ce sont propres enftuts que vous immolez. YouS êtes même d*ai»> tant plus coupables » que vous n'avez pas Tescuse de la sih peratitîon. iinsi , puisque vous nous accusez de sacrifices impies , et que tous commettez les asémes crimes , danç des ctraoBSfanees moins dures pour vous, il siût de là qu'en fait de voracité , nous nous ressemblons beaucoup. La votre est le fruit de voire impudicite , la nôtre vient de la barbarie. Nous n'en sommes pas moins unis par la nature, attendu que riiiipudicité et la cruauté ne vont jamais Tune sans Tautre. En dcnx mots, que fait es- vous de moins, ou plutôt , que ne faites-vous pas de plus que nous ? £st-ce convoiter médiocrement les entrailles de Thomme, que de dévorer des hommes &its et des pubères? Est-ce suœr mé» diocremént le sanç humain , que d'attenter à ce s&nç qui vivra un jour ? tàibte vous rqpaitre médiocrement d'un «Bfimt ^ que de l'immoler bien avant sa naissance (1) ?

ti) €m iJuraMteMlunt det mystères d'iaic(uité dont non n^vm» pu voàlttfimlifiar le voile*

246 TERTOLLIEN.

XYL J'arme maintenant à llieure où s'éteignent les fiambeavZ) au niniscère que nous préteat des clueiis, et à • ces t^Dèbres honteuaemenf mystérieuses. loi, je cndiiB if être en défaut ; car, oomment pourrais-je prcNiver contre feoB de pareilles monstruositës? Toatefins, reodee boni'" nageà la pudeur dont nous recouvrons nos incestes* Nous nous créons, comme vous le Toyez, une nuti^aduhère, pour ne pas souiller la Tëritable lumière ou la véritable nuit ; nous avons cru devoir épargner cette bonté aux deux flambe-aux de la terre ; nous cherchons même à faire illusion k notre conscience; car, tout ce que nous comnietlons alors , nous ne le savons que trop. Vos incestes, à vous, se commettent en toute liberté, à la face du jour, à la face de la nuit , à la connaissance de tout le ciel ; c r pour comble de bonheur, ces mêmes incestes que vous commettez à la face du ciel tout entier, tous seuls les ignorez, tandis que nous, jusqu^au sein des ténèbres^ notre conscience peut nous les ivproeher. Les Perses, suivant le témoignage de Gténaa, abusent sans scrupillede leurs mères. Macédonien se livrent publiquement aux abominations qtt*ib ont appnmvée^. En ellet , la première Ibis que leur Œdipe entra sur la soène , ils aoeueillirent par des éclats de rire et par des huées cet infortuné , privé de la lumière. L^adeur qtd jouait ce lole, interdit par ces vociférations, 6ta sur-lechamp son masque : « Alaiires, s'écria-L-il , vous aurais-je « déplu ? ») — « Non , non , répondirent les spectateurs : tu « joncs {wirfailement Ion rôle-, ce n'est pas (a faute si nn « écrivain a imaginé ce conte , ou si OEdipe a eu la iblie de « se crever les yeux. Subjugue ta mère. «

Une ou deux nations, dira^vous, font à peine tache sur toute la terre. Pour nous, nous avons infecté juscpi'au soleil, souillé jusqu'à TOcéan lui-même. Citez - moi ime natitiki qui soit exempte de tout ce qui entraîne le genre humain h Tinceste. SHl en est une ou vous ne rencontriez pus lesadesdelachaiTf et les nécessités, pourae pas dire les passions de Tâge ou du sexe, la même nation qui sera

Diyilizeo by GoOglc

TBRTUUJEN. 247

étrangère à l'inceste, le sera aussi à la volupté. S'il en est une qui , par une nature particulière , s'éloigne de la condition humaine jusqu'à n'être soumise ni à l'ignorance, l^j^tts.aocidens, elle seule aura le droit d'adresser di^ reproches aux Chrétiens. Mais vôus, à défaut de peuples qué le flux et le reflux de Terreur pousse vers ce crime , jetez liRmomeut les yeux sur vos débauches en Tair et vos pro^

S'fl^ic^ w.hasard. Mais surtout, quand tous abandonnes p^e^fants à la compassion étrangère, ou que vous les oiMopez par.r à de meilleurs pères, oubliez-vous

combien d'alimens et d'occasions vous fournissez à l'inceste? Les plus sévères d'entre vous, retenus par quelque frein moral ou par la crainte de ces malheurs, s'interdisent ces unions scandaleuses ; mais , pour le plus grand nombre , combien de fois n'arrive-t-il pas que les fruits de leur incontineiu;e9 semés en tous lieux, aux champs , à la ville, en voyage, par l'adultère , par la fornication , dans les liiei|X de débauçbe, souvent même à votre insu , s'aliHî^nt ensemble ou avec les auteurs de leurs jours? De là , ^/ffffi^^ffié^igilf^ confusion du sang et des ^milles l que de sujets 0^ bûuffbnnerîes et de farces licencieuses ! La tragédie suivante n'a pas d'autre origine. '

(Lorsque Fùsdanus était préfet de Rome ^ une certaine jioun^ sortit de la maison de son maître et laissa sur le seuil de la porte Tcufant qu'elle aurait du garder. Un Grec, gardien de la porte , s'empara de l'cufant, et s'enfuit avec lui en Asie. Au bout de quelques années, il le ramène à Home pour l'y mettre en vente. Son père l'achète sans le connaître, et s'en sert houteusenient. Quelque temps après, il.â'en dégoûte, et l'envoie travailler aux iduunps, comme cela vai)s est asâez ordinaire. Il y trouva son ancien pédagogue et sa nourrice, confinés là depuis .Ipng-tèmpi^ en punition de leur négligence. Ghâcun d éntrer en conversation et de se raconter mutuellement leurs aventures, tes' vieux esclaves de dire qu*ils ont perdu le jeune enfont confié à leurs soins ; le nouveau venu de dire

. UB TEftTOLUEN.

«pi'il a été dérobé dans son enfance , mais qu*il )sst né à Home, d^une fanoUle distinguée. Peut-être même a-t-il quelques signes ^ montrer pour faire constater qui il est { Dieu Ta permis, sans doute^ pour qu'une Èi horrible tache fut imprimée au front du siècle. La mémoire se réveille de jour en jour. On compare les temps, ils répondent exact»* ment à Tâge du jeune homme-, les yeux se rappellent qu( Iqucs-uns de ses traits, on reconnaît sur son corps quelques marqu« > distinctives. Les maîtres, ou plutôt les parents, excités par Teusemblede toutes ces circonstances, font venir le marchand d'esclaves. Tout est dévoilé. Mais quel dénouement! les parents s étranglent de désespoir. Le préfet Fuscianus adjuge tous leurs bien$ à ce fils, infor-* tuné survivant, non pas à titre d'héritier, mais comme SA^ laire du déshonneur et de 1 inceste. Il suffît de ce seul exemple de la honte publique pour attester tous vos crimes secrets. Dans Tordre des choses humaines , il nW aucun événement qui n*arrive qu*une fois , quoique souvent on ne le découvre qu^une fois. Tous accusest les inystère$ de notre religion , si je ne me trompe. Vous en avez de semblables, mais sans que la reli^jion vous les prescrive.

XVII. Quant à 1 orgueil elà f'opiniâtreté que vous nous reprochez , ici encore les comparaisons ne me manqueront pas. Le premier grief contre notre opiniâtreté, c'est que nous sommes impies envers la majesté des Césars , qui est la seconde religion , parce que nous n'adressons pas de vœux à leurs images et que nous ne jurons pas par leurs génies. Voilà pourqii<n on nous appelle des ennemis publics ; voilà pourquoi on nous appelle des ennemis de l'Etat. £h bien ! à la bonne heure. Vous autres Gentils , cependant f TOUS choisissex tous les jours vos Césars parmi les nations ; ] 'un est médique , Fautre persique , un troisième germanique. Que le peuple romain eherche donc sur la terre des nations qu*il n*ait pas encore domptées, et qui soient étrangères à ses armes. Vous, cependant, vous conspirez contre nous j)ar ceux qui ont été des nôtres. En vé-

IfiRVDLUEN. S49

rité , nous reconnaissons volon tiers la foi romaioe envers ses empereurs. Jamais il n'éclata contre &m de ooDspira-* tîon ; dans le sénat, au sein de leur palais , jamais un acé* iérat ne rougît sa uaiii de leur sang ; jamais dans les provinces on n*uBurpa la pourpre impériale Les deux Syriea exhalent- encore Todeiir de leurs cadavn»; les Ganlet n*ont pas encotre iayé ces flots de sang dans les eanx de leur Rhône.

Ibis laissons de c6té ces barbaries, puisque le nom romain n'en est pas coupable. Voyons ce que fait le vrai peuple de la Rome impériale, et comment il témoigne sa . vénération. Ce qu'il fait î demandez-le à ces libelles satiriques que connaissent vo.s statues , à ces allusions détournées , a ces plaisanteries mordantes qui retentissent dans les amphitliëàtres : peuple dont Tépée est soumise « dopt la langue est toujours en révolte. Ifaîs ne point jurer par le génie de César est unlHen plus grand crime^ n'estce pas? £n effet) <ài sait qpde vous reouleriee k tous pai^ jurer par les Empereurs» vous qui juroe avec tant de cou* science par vos d^eux ! llabnous né consentoDspasà diré| le dieu César. A ce mot, nous feisons la grimace , comme B exprime le prarerbe. Hais vous, pourquoi insultez-vous Il César en lappelant dieu, puisque vous dites ce qui n'est pas? Pourquoi le calomniez-vous^ puisqu'il ne veut pas être ce que vous dites ? Car il aime mieux vivre , que devenir dieu.

XVIIL Vous rangez sous un autre orrief tout ce que vous reprochez à noire obstination. Notre insensibilité et notre mépris pour la mort acceptent , dite^vous , lesglaives, les croix, les bêtes féroces, les bûchers et lestottureB.MaifrvOB devanciers et vos ancêtres dédaignèrent comme nlnis tous ces supplices, et leur vertu, vous TappelCE courage et non entêtement. Combien d'hommes 4Hit couru volontairement au-devant des épées? il sefait trop long de les compter* Quant à votre Régulus^ il a consacré volontiers la croix, nouvelle alors pour vous, et précédée partie longues et

MO TERTULUEN.

implacables tortures. Une reine employa ses propres serpents. Didon expira sur un biicher qu t Uc fit allumer pour elle-même. Son exemple apprit à la femme d'Àsdmbal à se montrer plus intrépide que sou mari dàm lès désastres de sa {katrîe. Une femme d'Athènes £Aligaa par son courage le tyvanquiYoulaît lui nrracherson secret.' Enfin y de peur «pie son corps et k feiblesse de son sexe ne la trahissenti elle se conpa la langue avec les dents e( la cradia au Tisage de son bourreau , pour qu'il lui fût impossible de révéler le complot. Chez les vôtres , vous appelez cette fermeté du nom de gloire j chez les ndtres, vous n'y voyez que stupîde entêtement. Eh bien ! détruisez la gloire de vos ancêtres, poui avoir droit de nous dcfruiic nouir-memes! Ou seulement bornez- vu us à l éii atMt r aujourd'hui les louanges que vous donniez à vos pères, atin de nous les refuser pour les même*> actes.

Vous me direz peut-être que la dureté des temps où vivaient vos aïeux rcblamait cette màle et intrépide én^ergie; anjourd'liui , au contraire^ la tranquillité de la paix exige des mœurs plus douces et des dispositions plus p^cifiques^ mâme à Tégacd des étrangei;s*

Eh bien ! ||ioursttivez-vous , vous vous comparez aux anr ciens. Il &ut donc que nous haîssionsdkez vous ce que nous n'approuvons pas, parce qu^ilnese trouve plus diez nous. &époodez ici à chaque espèce , je ne demande pas des exemples qui se ressemblent par les mots. Si c'est le mépris de la mort qui a rendu vos ancêiressi renauiuus, ce n'est pasapjparemment par amour pour la vie que vous offrez vos poitrines à Tépée des gladiaieurs. Mais vous donnez à la milice le nom de mort. Si uneleinmc est devenue fameuse en se livrant à ses bètes, tous les jours, au milieu de la paix, on vous voit courir volontairement au-devant des bétes. Si aucun Rëgulus parmi vous ne plante plus une croix en terre pour y livrer son corps aux clous, vous savez mépriser la flamme, depuis qu'un devons iieiiflait métier de se montrer, moyennant récompense, dans qne tunique epnbrasée.

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TJ^TDLLIEN.

Si une femme InniYa leà Terges, il ft pas loD^miiè . qa*iiii paleû miouvtittît cet exemple de eo«irage sons ks oooteam qui le frappaieiit. Ainsi Mssûiisëé edté la gloire de iMsÀlémoiie.

XIX. J'en ai dit assez il me semble , sur la stupide opiniâtreté des Chrétiens. Si n()us pnrtnojeons ce reproche avec vous, ii nous reste à examiner pourquoi ce mépris de la mort dans les uns et le^ auircs. Notre obstination , à nous, est fondée sur notre foi. Nous croyons à la résurrection des morts ^ l'espérance de cette résurrection nous apprend à mépriser le trépas. Riez tant qu'il vous plaira de la stupi-* dite de ces hommes qui meurent pour vivre ; mais pour ^ous «îder à mieux rire, et k nous insulter de meiUeur cœur» passez VéfOùigiy eu, si vma Teimes mieux , irotfe langue, sur uhib iws monuments littéraires' qui affirment atec nous que les ames retiendront habiter dans les oot|is. Et cependant oo&fbien notre e^nion est-elle plos raisonnaUe que la vdire, puisque nous soutenons que les ames rentreront dans les mêmes corps qu'elles animaient icibas, tandis que votre extravagance fait passer Tame d'un liommedans un chien , un mulet ou un paon. Nous croyons encore que Dieu jofî^era les hommes, selon leurs œuvres, après leur mort. Vous, vous attribuez ce jugement à un Afinos et à un Rhadamante; en attèndant, vous excluez Aristide qui était plus juste qu'eux. Nous disons enfin que les médiMils seront châtiés par le feu éternel» et que les hommes vertueux iront jouir de Téternité dans un lieu de détioâs« Yetre IPhlégétan et w Caiarops-Elysées n'ont pas d^àuire desdnatîon. Ce nie sont pas seulement Tos fahles et iras poètes qui parlent.de ees Teîriiës ; tos^hiksophas eex« mêmes rendent témoignage à la certitude d*un avenir, et le eonfivment par les réoompaises et les chàtîmens qui stdvent le jugement.

XX. Pourquoi donc, 6 injustes na lions, ne saluez-vous pas, que dis-je? pourquoi ne maudissez-vous pas dans les Chrétiens des hommes qui vous ressemblent, puisqu'il n y

lERTULLIEN.

apas dedifférenoe entre doob, et quenonsaoliimes une setik etmènecbiiflepyoïis nepouyezkair.ceqoe tous étesl AlkuiSi donDez4iûiis la main » embrasBons^nous mvtuellemeDt, mé* loDMOus ions ensemble » sanguinaires «vep sanguinairefli inoescueux avec incestueux i conspirateurs avec oonspira-» teors^ opiniâtres avec opiniâtres, «xtrovaganls avec extra-» vagantB ! Nous sommes les nns et les autres également îm«> pies envers les dieux; nous provoquons é^lement leur colère. Vous avez aussi parmi vous une troisième lace , sinon par de troisièmes rites , au moins par son troisième sexe, sexe qui participe de riiommc et de la femme, et peut s unir à l'un comme à l'autre. Ou bien, serait-ce que notre ressemblance avec vous vous ofiFense ? L égalité, d'ordinaire, engendre la jalousie et la baine. Ainsi) le potûsr est jaloux du potier» le forgeron du forgeron.

Mais Unissons cette confession ironique, pour revenir à la yérké et à la constance dans la vérité, qui se renoon*^ trent fÊrwi jiom seuls, et qui nous distinguent complète^ ment de vous. Oui , nous seub les possédons, parce qu'elles nous viennent de celui qui éclaire la sdence, inspire la sagesse, gouverne le jugement*

Enfin , une des maximes de votre législation , c'est que la sentence ne doit èi re pruuonccc qu après l'audition des deux parties. Nous sumuies les seuls envers qui vous violez

cette loi Par une pente naturelle à l iiomme, vous

obéissez à des vices que vous condamnez d^ns les autres occupés d'œuvres (!) chastes envers

\e& étrangers, impudiques à l'égard de vous-mêmes; courageux au debors, souiAis à la maison. Biais n est-ce pas une grande injustice que ceux qui ont la seténce soient

(i) Le teste de «é Tmité nè noue cet iMmnniiM iMiiU et fart inoom^

pleiu Les lacunes sont bien plus nombreuses encore dans le second livre.

i! y a des chapitres inintelligibles, tant ils sont tronqué*) II faut souvent «Luaiyser au lieu de traduire, et donner un sens d'induction à des mots qui «ont «ssociés l'un à l'autre coatre toute espôoe de règles logiques ou ffust' MtkalM.

jugës par les ignoroiits? « Otez la paille ou plutôt la « poutre qwi est dans Totre ceil, awit de Toaloir ^ker la * c< paille qui est dans Tceil de Totre voisin. » Commences par TOUS réformer ^Qs-mémes, pour châtier ensuite les CSunétiens. Ou plutôt, vous ne punirez plus ce que YOas aurez réformé. Que dis-jc ? Vous serez Chrétiens ; et si ■vous ctes GlirëticDS, vous serez eoi rigés. Etudiez ce dont vous nous accusez , et vous ne nous accuserez plus. Reconnaissez ce dont vous ne voiis accusez pas, et vous commencerez à vous accuser. Ce peu de paroles doit suffire pour vous montrer où est l'erreur et où est la vérité , du moins autant qu'il nous a été possible de le faire. Condamnez la vérité , si tous le pouvez , mais seulement après Ta^oir approfondie; approuTez Terreur, si vous le pens^z^ mais que ce soit avec connaissance de cause. S'il vous est ordonné d*ainier rerrenr et de hair la vérité, encore Iaut41 que vous connaissiez ce que vous aimez et ce que vous hàbsez.

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