‹ Les pères de l'égliseChapitre 16 sur 44 · T. VU · texte numérisé non relu

T. VU

274 TERIULUBN. ^

firniité de son père. S'il vous fallait il tout prii une Bonne Déesse , que ne preniez- vous Pénélope, qui , en butte kux poursuites de nombreux amants, const rva intacte sa pudeur toujours menacée. Faune est au ciel^pour avoir donné rhospilaiité au roi Pioiius, qui, en reconnaissance, lui érigea un temple. A la bonne heure. Mais Ulysse aurait pu vous donner un dieu de plus dans la peraonue du compâti8sâu^ Aleînous.

X. J'ai hâte d'artivto à des choses plus honteuses encore! Vos ancêtres n ont pas rougi de diviniser publiquement Larentina, courtisane émérite qui vous a rendu plus d'un service, soit lorsqu'elle nourrit Bomulus, connue alors sous le nom de Louve, à cause de ses prostitutions, sou iursqii elle fut la maîtresse d'Hercule, mais d*Hercule déjà mort, c est-k-dire déjà dieu. On raconte, en efiTei, qu un des gardiens du temple d Hercule, ne sachant comment amuser les loisirs de sa solitude, s'avisa de jouer aux dés. Aân de représenter le partenaire qui lui iiiciiiquait, il jouait d'une main pour son compte, et de l'autre pour le '.compte d'Hercule. Il y avait mis cette condition : si c etait lui qui gaf^Vt , il devait prélever sur les offrandes du *eu unvuper et une courtisane; si c'était Hercule , au contraire, c'est-à^re l'autre main , il s'engageait visà-vis d'H^^e aux mêmes conditiotts. La main d'Hei^ufe gagna. ( Ajoute* cette œuvre si tous voules è ses douze travaux. ) Le gardien du temple de s'eséculer. H paie À soupei à Hercule , et lui amène la courtisaçe Larentina. Le soleil , qui u était autre chose que le feu de l'autel , dévore le souper destiné à Hercule. Larentina. passe la

nuit seule dans le temple Le lendemain, elle se vanle

d'avoir fait son métier avec le dieu ; peut-être, eu effet, son imagination échauffée fut-elle la dupe d'une illusion ... £n sortant du temple , le m uin . un jeune homme appelé Hercule, c'est. le troisième de ce nom, convoite et obtient la prostituée... Aussitôt le bruit court de toutes parts que Larentina- était l'amie du dieu. Dès ce moment , ks

iJiyiiizeo by

^ TKRTULLIEN. «75

hoimcors plcuvent sur elle On lui donne des terres ;

on la graliiie de llmmortalité , elle et ses filles On pré-

teod que de toutes les épouses d'Hercule, elle est la plus diërie, probablement parce qu'elle est la plus riche. Elle est plus puissante que Gybèle, puisqu'elle sut pliure à un

mort. iLprèsde tebeiemples, qui ne peut espérerune

petite piaeedros TOlympe? Quienfin s^ayiserait de disputer à Antiiidttssa dirinUé sous prétexte que Gasymède était plus beau que lui et plus cher ji son céleste amai^t ? CShee vous le ciel s'ouvre aux morts. Pu chemin des enfers tous avez fait le chemin de TOlympe ; tout le monde peut y mouler, grande faveur vraiment qac vous accordez à vos rois.

XI. Peu contents de diviniser des hommes que .l'on a vus autrefois , que l'on a entendus, que I on a touches, dont Timafje a etc retracée , dont les actions sont connues, dont la mémoire vit encore , voilà que vous évoquez je ne sais quels fantômes incorporels , impalpables , êtres qui jpour toute réalité ont un nom , et auxquels tous assignez, comme à autant de dieux , le soin de nous protéger pendant la vie j depuis le moment de notre oonc^ition. De là un dieu G>nsévius, qui préside aux relations du mariage ; une Flurionia, qui introduit le gmne dans l'utérus ; , « ^ • un Vitnmnus et un Sentinus , qui donnent la vie et le sentiment à l'enfant; puis un Diespiter qui le conduit k la lumière du jour Mais il a pour auxiliaire une Candéli-

féra, parce que les accouchemens ont lieu à la lumière

d'une cliandelle Si l'enfant se présente de travers, on

invocjue la déesse Prorsa , qui doit le pousser en avant. Farmus lui apprend à parier ; d'autres dieux vont le r^" cevoîr. Albana préside au lait qui le nourrira ; Runcînîa le préserve du hooquet. On ne dira pas du moins que Ton

n'a pas pourvu à tous ses besoins Potina et Edula se

chargent de ses premiers aliments et de sa première bois* son. Quand il commence à marcher, Statina fortifie ses pas , jusqu'à ce que Abéona le conduise , et que Domiduca. le ramène à la maison. Edéa garnit de dénis sa mâdioire^

Ce n'est pas tout ; Volumnus et Voleta gonverncnt sa volonté Paventina lui inspire la peur, Vcnilia i espérance, Volupia la volupté^ Praestitia lui donne la supériorité sur ses rivaux. Ses actions sont sous la garde de Peraçénor^ Gonsus giiide ses pensées. Adolescent, Ju- Tenta lui donne la toge; homme fait, la Fortune barbue le prend sous sa tntellè. Plarlerai-je du moment de son mariage ? Àfifêrenda préside à sa dot. Puis viennent tm Mulunus, un Tutonns» une Ptertunda, un Subigus, une Préma... Dieux impudents, épargnez-moi le reste. On laisse enfin les époux se débattre ; on s'en va , faisant pour eux des souhaits dont ils devraient rougir.

XIL II était bon de vous montrer quels dieux vous avez été chercher, afin de vous signaler toute votre extrava-

f^ance Maintenant, faut-il rire de votre folie? Faut-il

vous reprocher votre aveuglement ? En vérité, je l'ignore. En effet, combien de dieux n'aye^vous pas, et comment les nommer tous? Dieux supérieurs et inférieurs, anciens et nouveaux, mâles et femelles, célibataires et mariés, acdis et inactifii, de la yille ou des, champs , nationaux ou étrangers. Il y a parmi eux tant de fiimilles , tant de races diverses, qu'en boniie conscience ils se refusant à tout re* censeihent , et qu'il est impossible de les connaître , de les distingpier et de les décrire. Plus la matière est étendue, plus il faudra nous restreindre. G)nséquemment, puisque nous II avons qu un but, celui de démontrer que tous ces dieux ont été des hommes, nous examinerons sommairement, ni III pour vous faire connaître vos dieux , mais pour vous rappeler ce que vous paraissez avoir oublié , nous examinerons ceux qui passent pour leurs premiers ancêtres. Dans l'origine est renfermée toute la postérité*

Saturne, si je ne me trompe , est regardé comme le père de tous vos dieux. Je sais bien que Varron assigne à Jupiter, Jnnon et Minerve une antiquité plus reculée; mais nous ne devoQS pas oublier que tout père doit être né avant ses fils, que par conséquent Saturne est antérîeui' à

TBRIULLDBN» 277

Jupiter, <îe même que le Ciel à Saturne. Car Saturne est né du Ciel et de la Terre. Toutefois, je ne veux pas remonter plus haut. Il paraît que ces derniers ont vécu longtemps célibataires et aam enlants avant d être époux et pères. Il £illait une longue et vigoureuse adolescence pour préparer une maturité d^une fécondité si menreilleuse. £nûn, après que la voix, du €iel eut mué, et que le sein de la terre se fut arrondi, ils se marièrent. Le Ciel descendit-ii vers sa fiancée? Ia Teire monta-t-elle vers son époux? JeTignore. Toujours est-il que la Terre conçut des œuvres du Gel; elle enianta Athos. Athos enfiinta Settume. Prodige extraordkiaire ! Auquel de son père ou de sa mère ressemblait-il ? Je n'en sais rien encoi e. Mais il enfanta Saturne, le fait est certain. Saturne futdoncleur fils aîné ; ils ne lui donnèrent ensuite qu'une sœur nommée Ops; après cela, stérilité complète. Il faut encore que TOUS sachiez que Saturne profita du sommeil du Ciel , son père, pour le mutiler indignement. Car auparavant le Gel était du masculin. D'ailleurs , comment eûtil été père , s'il n'eut été d'abord masculin ? Mais avec quelle arme le mutila-t-il ? Avec une faux , r^xmdes-Yous. — Fort bien. Mais Yuloain n*avait pas encore fi>rgé le fer. La Terre , ainsi veuve » différa toutefois de se remarier, quoique jeune encore.. • Cependant elle souffre les embramsieias de rOcéan ; il sent un peu la saumure, mais que ïm im*

porte ? On s'accoutume à tout.

SalLinic fut donc le fils unique 4^ Gel et de la Terre. Il n'eut pas plus tôt atteint la puberté, qu'il épousasa sœur Ops. Dans ce temps-là, il n'y avait pas plus de lois pour cbâtier l'inceste que 1 homicide. Chaque enlaiu mâle qui lui naissait, il le dévorait sur-le-cbamp, plus sage en cela que les loups, s'il* leur exposait ses nouveau-» nés; car -il craignait que Tun d'eux ne se soutint un jour de la faux paternelle^ Jupiter vient au monde ; on le soustrait à l'a- Tidité de son père qui avale une pierre à la place de l'en- ' fant. Moyennant cet ingénieux stratagème, le filsl^uina-

278 TERTDLLIEN.

vait pas été digéré, put grandir en secret , jusqu'à ce qu'il ' devînt assez fort pour surprendre et détrôner son père.

Voilà donc quel est le patriarche de vos dieux. 11 est né du Ciel et de la Terre, à Taide de vos poètes, ces merveilleuses sages-^femmes. Il a paru plaisant à quelques^ns d entre vous d'expliquer toute l'histoire de Saturne par des allégories empruntées à la nature. Saturne, disent-ils, signifié le Temps, qui est réellement le fils du Ciel et de la Terre, tandis que le Ciel et la Terre n'ont point de père. On lui met à la iiiaia une faux, parce que le Temps détruit toutes choses. De là vient qu'on représente Saturne comme dévorant les siens, par la raison que le Temps engloutit tout ce qu'il a produit. Ils font plus 5 ils invoquent le témoignage de son nom. Saturne, poursuivent-ils, se nomme en grec Chroniùs, comme qui dirait Cïironcu (^Temps)» Les JLatins aussi ont tiré son nom de satio (semence) (1), parce qu'ils le regardent comme créateur, et apportant du ciel sur la terre les germes de la fécondité. On lui donne Ops pour épouse, ce qui signifie quë les germes contien- « nent le principe de la vie , et qu'ils se développent par le travail.

Bntendons-nous dônc ici, je vous en conjure. De qui s'a*

t gil^il ^ Parlez-vous de Saturne, ou parlez- vous du Temps ? Pourquoi Salurnc est-il le Temps? Pour quoi le Temps estil Saturne? Vous ne pouvez confondre iuu avec l'autre

Qui vous empêchait d'adoi cr \c Temps sous son propre nom ? Ct'b ne votis eût j>a& empécliés sans doute d'adorer aussi riiommc ou son image, sous le nom de Salurnc, sans le confondre avec le Temps... Que nous veulent donc ces interprétations, sinon couvrir des infamies révoltantes par des explications mensongères? Quiconque implore Saturne ift pense pas au Temps , et vous qui voulez en fiiire le Tempï, vouantes qu'il ait été homme. Or, que Sàturne

' (0 Ml ^^"^ '"^^ latins Saiumus (Saturne) et satio (scmaiUe, emenanDenent) k nMemblunt datu leon radictitz.

T£RTULLIEN.

îiît vécu sur la terre, rien de mieux attesté dans les anciennes traditions. Ce qui n'a jamais été, vous pouvez le convertir en fantôme ; là où il y a eu réalité , la fiction disparait. Ainsi donc , puisque l'existence de Saturne est Un fiût «athemiqiie, en vain vous altérer la vérité -, celui que yoa» ne pôurrei ^oiu empêcher de reconnaître pour un homme ne sera pas plus un dieu qu^il ne sera le Temps* L^origiBe de Saturne est consignée à chaque page de tob monumens littéraires* Nous la Usons dans Gaôsius Sévérus, dm» ks deux Cornélius , Népos et Tacite, chez les Humains *, dans IHodore , ches les Grecs, et daiis tous ceux qui ont recuçilK les débris de Tantiquité.

Au reste, aucune cuQticc na conservé des traces plus fidèles de son passage que 1 Italie. En effet, après avoir parcouru différentes contrées, et surtbnt TAttique, il se fixa dans l'Italie, ou, comme on l'appelait alors, dans rOiinotrie. 11 y lut accueilli par Janus, ou Jauès , suivant quelques autres. La colline sur laquelle il habita porte encore son nom. J'en dis autant de la ville qu*il fonda. Partout en Italie on retrouve Saturne. La terre, qui aujourd'hui commande à l'univers, rend témoignage à rezistence de Saturne. Qulmporte que Fonignore sa naîssanœP^Ghaoun^s de ses actions prouTe inviûcihlement qu*il était faoïftme. Gonséqnemment , â Saturne était homme,, sans doute, ou pour mieux dire, puisqu'il était homme, il n'était donc pas fils du Ciel et de la Terre. Mais comme ses parents étaient inconnus; il était iacile de le faire passer pour le fils du Ciel et de la Terre . qu'on peut reî^anler comme les pères communs de tout ce qui existe. Qui en effet, par respect pour eux, ne donne au Ciel et à la Terre le nom de père et de mère ? N'avons-nous pas même coutume de dire de ceux que nous ne connaissons pas et qui paraissent tout à coup parmi nous, qu'ils sont tombés du ciel ? De là vient que nous appelons céleste tout étranger dont nous ignorons les précédents. Ou bien 'encore nous appelons ordinairement enfants de la terre ceut dont To-

%èO TERTULLIEN.

rigine nous est inconnue. Je pourrais dire aussi que dans ces temps reculés, <iîi nos pères étaient si grossiers, l'aspect d'un }>ers()nna^;i inconnu frappait leurs yeux et leurs ort s cuinme aurait pu 1( iaire quelque divinité , à plus forte raison Taspect d'un roi , et surtout du premier rou

Je m'arrêterai quelque, tempe encore sur Saturne, paice qu^épjuiser la questiop d'origme, c'est répondre d'avance à fout ce que l'on peut alléguer ensuite. Je ne passerai donc pas sous silencse les témoignages des lettres divines qui méritent plus de confiance , à cause de leur antiquité. Car la sibylle a devancé toutes les littâratmres. Je veux parler de cette sibylle , véridique prophètes^ , dont vous avez emprunté le nom pour l'appliquer aux prêtres de vosdémoDS. Je trouve dans ses livres un sixain tjui parie ainsi de Saturne , de sa descendance , et de ses aciions : « Lors de la dixième génération des hommes, à partir du « déluge qui ensevelit nos pères, régnèrent Saturne , Ti- « lan et Jamfct, les plus généreux enfants du ( it l et de « la terre. » Vous trouverez peut-être que ce témoignage est bien ancien. Mais son ancienneté ne le rend que plus respectable, puisque par sa date il toucâieipresque à l'époque de Saturne.

XIII. £n voilà assez sur le compte de Saturne et de sa postérité. Il est bien démontré que ce furent des hommes, îfous avons entre les mains une preuve abrégée , et qui sert de prescription contre Toriginç des autres^ sans avoir besoin de nous perdre ij|$ms les détails particuliers à chacun. Teb pères, tels fils; des mortels n'engendrent que des mortels; ce qui est de la terre n'enfante que ce qui est de la terre ^ un degré sert de def;i c à un autre 5 mariatjc, conception , naissiuice j on connaît leur patrie, leurs

règnes, leurs monuments Vous ne pouvez nier qu ils

aient reçu la naissance, croyez doue également qu ils sont morts. Du moment que vous reconnaissez qu'ils sont morts, cessez de les reconnaître pour dieux. La force de la nature vous oblige de confesser que ceux qui n'ont pas toujours

Diyilizeo by GoOglc

TERTDLLIEN/ m

été des dieux, n'ont pu conquérir la divinité» comme 1 ont révc un jour Yarron et ses partisans.

Je m'arrêledonc ici...«* £ii supposant même qu'ils aient été faits diem après leur mort , et qu-ils soient entr^ dans

roiympe^ à peu. pràs comme se recrute votre sénat» -

il fiûit que vous admtticK un dieu suprême qui ait ftH mdté de ies choisir, et sont comme leur César h, tous. Car pesBoone'ne peut communiquer à qui que ce soit la puis-

. sanoOf s'il n*en est pas inwd lui-mâne D'atiieurs» s'ils

ont pu se transfermer eux-mêmes en dieux après leur mort , pourquoi ont-ils voulu commencer par une condition inférieure? ou s'il n'y a personne qui ait pu les faire dieux, comment soutenir qu'ils ont été divinisés , puisqu'ils n ont pu l'être que par un autre? Conséquemment il vous est impossible de nier qu'il existe un Dieu qui possède en propre la divinité.

Examinons donc pour quelles raisons il aurait pu in« TCstir de la divinité un être mortel. Vous ne pourrez ^ si

je ne me trompe, en assigner que deux Ou ce Dieu su-t

préme a choisi des dieux parmi les hommes pcnr servir d'auxiliaires à sa puissance on d'ornement à son trêne. fin aecond lien, il n'a pu que consulter les mérites , afin de &lre tomber son choix sur les plus dignes. 11 vous est ïn^

possible d'alléguer d*antres moti6. Personne qui ^ en

songeant à autrui, ne cherche ses propres intérêts, et agisse uniquement pour l'étranger On ne [Hjut le demander à la divinité Ou si on la lait assez faible |>tmr

avoir besoin de l'assistance de qnr lqu un , et surtout d'un mort, il n'en est que plus étonnant qu'elle ait eu assez de puissance pour créer des immortels.**.* Quiconque sait la distance qui sépare les choses divines d^avec les dboses

kuasaines , ne s'arrêtera pas long-temps là<^dessns

' Bette la qnastioa des mérites , qu*il vaut mieux dîscu^ ter...*, n ne sera pas difl&dle de se convaincre qu'aucun

de ces hommes divinisés ne méritait cet honneur Fbur

oommenoer par Saturne, quels sont ses titres à la divi*

1Î6« TEBTUIUEN.

nité ? L^incesie, puisque vous reconoaissez que Saturne et Ops étaient frère et sœur. Jupiter ne vaut pns mieux. Knfant dérobé à son père , je trouve en lui trois choses qui répugnent à un dieu : ie toit qu'il occupe, la nourrice qui Taliaite) et sa cruauté personnelle. Aussitôt qu'il est adulte, il immole son père, quel qu'il fût, roi pacifique qui don* nait à Tunivers le siècle dWi sous lequel ou ne connais^ sait ni tiwvail ni ind^ence; mm lequel les labouranfs nétaîent pas oontrainlB d*eii8eMBcer la lem, pcreo

qu'elle doônait timt sans qn*on liû demandât rien

Ifaia ) dîra*t'>0D9 il haiasaît un père dfaateré qui avait

mutilé le sien Fort bien ! Mais voilà que Jupiter lui-»

même épouse sa sœur , si Lieu que c'est pour lui saos doute qu'a été fait œ provtii be (^rec : Digue fils de son père. Tel père , tel fils. Si les lois eussent été en vigueur alors, Jupiter aurait été cousu dans deux sacs..... Une fois souillé par l'inceste, pouvait -il reculer devant des voluptés moins liouteuses ? Aussi la poésie a*t-eile fait un jeu de §68 iu^unies» Mous le voyous^ après avoir déserté le dei ^ tantôt ) métamorphosé en taureau, enlever ' une jeane vier^ \ tantôt descendre en pluie d'or pour eorrompre les gardiens d*une tour^ tantôt adultère sous les plumes d'an

cygne U n a rien à'envier aux débauches de riummie.

Mène nature, mômes mmurs. Mais combioi est au«*dei^ sons des tnortels ledieuqui n'est pas meilleur qu'eux I Vous lui donnez le nom de Jupiter très-bon. Virgile l'a mieux désigné, quand il a dit : Le irès-bon Jupiter est égal à tous ( 1 ). lia été incestueux envers les siens, im pudique en-*

vers des éuatigers, impie, injuste Point d infaiiiic cjui

ne Tait rendu tristement célèbre Doue il » u a point

mérité de devenir dieu.

XIY. Mais puisque vous prétendez que d'autres hommes ont été transformé en dieux pour des motifs particuliers « et qu'il faut distinguer» d'après Denys le Sloicîen » entre

( i) J«a de mol» (mdé mu la double si gpifintioii de «finitj jatte on éjph

X£ft1ULLI£N

ceux qui sont nés dieux et ceux qui le sont devenus, je dirai un mot de ces derniers. Commençons par Hercule...., Montrez-moi par quelles vertus il mérita le ciel et iadi^ vinitc, puisque c'est à ses mérites que vous en faites honneur. Ëst^ce pour avoir dompté les monstres P Mais qu'y a-l«ii là de n menreîlleux ? Oxiibieii dé coupables, con-* damnés à lutter dans Tar^e contre les bétes féroces, eu ont îmmdlé en une fois un plus grand nombre et avec plus d'babileté? Esbce pour avoir parcouru Tunivers? Mais.» combien de lîcbes et de philosophes Tout paroonm, les uns à Taîde de leur opulence , les autres par Tassistance « même de la mendicité? Oubliez-^ous donc qu'Asclépiade le Cynique triompha de FuniN^rs toui entier pai' les yeux, { en le parcourant sur une misérahle vache dont le dos servait à le transporter et les mamelles à le nourrir? Estce parce (|u'il s'est frayé un chemin jusqu'aux enfers?

Mais combien avant et après lui n'y sont-ils pas descendus? Si ce Pompée,* qui ne laissa pas même un

chétif agneau dans Byrsa À plus forte raison encore

Sdpion mériterait>il la préférence-sur Heroule*.... Inscrivez i^utdt à la gloire d'Hercule son épouse qu'il aban<^ donne, Omphalequll séduit,' le jevne lolas ^tr il immole, et Texpédition des Argonantes qii'il trabii Après tant d'infiimies, ajoutea ses fureurs j ajoutes les flèches qui odC percé les fils , les épouses. Qui était plus digne de monter sur le bâcher, que ce demi-dieu qui , enveloppé dans sa tunique empoisonnée, présent que lui envoyait une épouse trahie , mourait par [)eur plutôt que d'une mort glorieuse? Portez -le du ha m do son bûcher jusqu'au

ciel, comme vous l'avez fait pour cet anire liéros , que frappa la foudre, et qui, à l'aide de quelques ruses, ût courir le bruit qu'il avait rappelé des morts à la vie, petitfilç de Jupiter, arrièr&'petit-^is de Saturne, tant il est vrai qu'il était homme, d*autant plus impur, qa*il naquit d*un père incertain* Socrate d'Argos alfirme qu*il fut trouvé par on passant. Sa ponrriee fut pins hidâne ea--

Î84 TERTUUUDEN*

coie que celle de Jupiter; la mamelle d'une chienne Tallaita. Au redite, qu il ait péri frappé par la foudre, personne ne le contestera. Si c'est p^ir la foudre de Jupiter, Jupiter est coupable de liarbarîe pour avoir tué ^>on propre fils, ou d'envie pour avoir fait périr un artiste si expérimenté. Toutefois, Piiidare ne cacke pas que cet Ësculape exerçait k médecine avec une aTaiice criminelle , et que , trafiquant indiffoement de «m art, il précipitait les vivants ^ux enfen, au lieu de ramener les morts à la vie. On dit que Ba mère mourut du même coup que lui. li était juste que celle qui avait enfimté un monstre montât au par les mêmes degrés que lui. Les Athéniens ne. laissent pas d'honorer de pareils dieuxi Au nombre des morts aux-quels ils offrent des sacrifices , il faut compter Esculape et sa mère. Pourquoi pas, s'ils adorent leur Thésée? mi-

sciabie dieu, qui abandonna sur un rivage étranger

celle qui lui avait sauvé la vie, aussi oublieux, ou plutôt frappé de cette même démence qui avait amené la mort de son père !

XV . il serait trop long de rappeler tous ceux que vous avez enseveUs parmi les astres et placés audacieusement parmi les menreilles de notre Dieu. Vos Castor et Pollux, votre Persée , votre Érigone méritaient aussi bien le ciel que votre Jupiter, usé par ses détiauGhes* Mais pourquoi m'élonner de vos choix?' N'aves-vous pas transporté dans le ciel jusqu'aux chiens , aux scorpions et aux écreviases ?

Je- parlerai plus tard que ceux qui daps 1^ orades

N*ave2-yous pas a^gné aussi des dieux pour présider à

la tristesse*^ Un dieu qui sépare Tame d'avec le corps,

et que vous avez condamoé , en ne lui permettant pas de résider dans vos murs. N'avez- vous jxjinU encore un du u C(£culus qui ote à Tceil son ref^ard, et une Orl>ana q.ui frappe les (fermes d'impuissance? Youâ ayez divinisé la mort elle-même.

Pour ne pas trop m'arrêter sur ce. point , il n'est pas jdsqu^aux cités et aux lieux *qui n'aient leurs divinités :

TfiRTULLIEN. f85

vous avez les dieux des champs, la déesse des eaux, la

déesse des sept coUioes Ici réunis. Là divisés Je ne

prie pas d'Ascensus , dieu qui tous aide à monter, ni dç liévicok, qui préside aux pentes, ni de Forculus, Sous la protection duquel sont les portes , ni de Gardi^ , déesse des gondsy ni de limendnus , auquel est consacré le seuil, ni en6a de tous ceux qu'adorent les porders. J*aurais tort de vous les reprocher, puisque vous avez des dieux pour les cuisines, pour les pnsons, pour les lieux de débauche pour les latrines. Il n'est, pas un acte de la vie pour 0

lequel les Romains aient oublié le ministère d'un dieu.

De plus, tous les dieux que nous venons de signaler étant particuliers aux Romains, et peu connus au dehors, comment peuvent-ils être chargés parmi toutes les nations et dans tout le genre humain , des ionctions que vous leur avez confiées, puisque leurs ministères, loin d être honorés , n*y sont pas même connus ?

On me dira peut- être que plusieurs d'entre eux ont dé* couvert des firuits etdes aliments nécessaires à la vie. Mais, je vous le demande, affirmer qu^ils les ont découverts, n'est-ce pas. déclarer que les objets de leur découverte existaient avant eux? Pourquoi donc ne reportez-vous pas de préférence vos adorations vers le maître de ces dons , au lieu d'en adorer l'inventeur, qui lui-même a rendu j^ràccs

au Dieu dont il éprouva la bonté dans ce moment?

Personne à Rome ne connaissait la fi^jue verte, lorsque Caton porta un de ces fruifi dans le sénat pour démontrer phis claîremcnt qu une province, dont il demandait constamment la ruine, était presque aux portes de Rome. Cn. Pompée transporta le premier la cerise du Pont en Italie Cependant , ni Caton ni Pompée ne furent honorés comme des dieux par les Romains en reconnaissance de ce service, quoique la postérité fût plus digne que ses pères de figurer parmi les dieux , puisque Tantiqilité est vaincue de toutes parts, et que le progrès du temps amène chaque jour des découverte nouvelles

TERTULUEN.

Mais> quoique les adorateurs des dieux reconnaissenr eux-mêmes que ces divinités consacrées par les ancêtres^ ne méritent pas ce nom, je dois ici répondre à la prcsomp^ don de ceux qui prétendent que les Romains 'sont devenus les maîtres du monde, parce qu'ils se sont montrés religieux envers leurs divinités. Voilà donc* les magnifiques récompcnacs qu'accorda aux Romains un Sterculus. Car, pour les dieux étrangers, il n*est pas croyable qu'ils aient . préféré les Romanis à leurs compatriotes, m qn iJs aient * abandonné à des peuples ennemis la terre où ils ont reçu le jour, où ils ont passé leur vie, où ils se sont si^pialés et où reposent leui"^ cendres. Jupiter, par exemple, a-t-il pu oublier sa grotte du mont Ida, et les agréables parfums de sa nourrice? Junon a-t-elle pu souffrir que (krtbage fât renversée par la race d'Ënëe ? Â-t*elle mieux aimé régner sur une terre étrangère e< s^asseoir au Capitole» elle qui préférait Garthage à Samos?

C'«tt tfB'étaient aon ^ive et son char redouté. Si dîna t«$ \onp «Arto le Destin la seconde , Cea o^MiUeaE itnpatto xègpeiwt snr k mei^

Déesse infortunée! elle n'a pu vaincre les Destins, fit cependant il est certain que jamais les Romains ne leur ont rendu autant d'honneur qu'à Larentina , quoiqu'ils leur aient livré Garthage.

Plusi^iiï de vos dieux ont régné. Si ce sottt eux à pré^ sent qui distribuent les royaumes, de qui tenaient-ils les leurs? Jupiter a régné en Crète, Saturne en Italie, Isisen Egypte 5)1 ce sont les dieux qui ont tiouiH' la prééminence à Rome, jxjurquoi Minerve ne défendit-elle pas Athènes contre les eflbrts de Xercès ? Pourquoi Apollon n'arracha- t-il pas Delphes à la main de Pyrrhus? Quoi î ils ont conservé l'empire romain siins pouvoir défendre le leur? Non, la grandeur de iiome n'est pas le prix de spa ^ respect pour ces dieux, puisque cie respect est postérieur

TERTOLUEN. 387

à sa grandeur ! Car, quoique Numa soit le premier auteur de vos su persti lions, néanmoins vous n'aviez de son temps, ni statues, ni temples pour frustrer de ses hommaf^es le Bien véritable. La religion ofait friifrale, les cérémonies pauvre^ : on voyait seulement quelques autels en gazon, dfls Tases groisiorB, uii peu de fumée qui s'en élevait; mais le dieu ne paraissait nulle part. En un mot, les Romains n'étaient pas religieux avant d'être gnikids ; ils ne sont donc pas grands parce qu'ils étaient religieux.

Et d^ailleurs, je le demande, comment seraîent-ce le 4^ respect des Romains pour les ^eux et leurs scrupuleux hommages qui leur auraient valu l'empire, puisque leur empire n*a pu s'accn^tre que par le mépris des dieux? En effet, les royaumes et les empires, si je ne me trompe, s'établisscni par les guerres, s agrandissent par les victoires. Or, les guerres et les victoiras entraînent nécessairement la ruine des cités. Les cités ne peuvent être ruinées sans que les dieux en souffrent. Les murailles et les temples s'écroulent à la fois ; le sang des prêtres se mêle à celui de leurs concitoyens^ les mêmes mains enlèvent l'or sacré et l'or proiane. Ainsi autant de trophées des Romains, autant de sacrilèges; autant de triomphes sur les peu]^e8, autant de triomphes sur les dieux. Leurs simulacres sont encore captifs. Ces dieux, s*ils sentent quelque chose, n'aiment pas les auteurs de ces outrages. Mais non, on outrage impimément de même que l'on adore vainement des dieux

qui ne sentent rien Ainsi, Ton ne peut fiiire honneur

à la religion des Romains de leur grandeur, puisqu'ils n'ont pu s'agrandir qu'en outrageant la religion. Chaque nation a possédé l'empire à son tour, les Assyriens, les Mèdes , les Perses , les Égyptiens. J'en pourrais citer d autres encore. Cependant ceux qLÛ ont perdu l'empire, l'ont perdu malgré leur religion , leur culte et les hommages par lescpiels ils cherchaient à se rendre les dieux

propices Toutes les dominations sont tomhées Tune

après l'autre. Ainsi le veulent les révolutions Gher-

TSRTULLl£N.

chez qui a réglé ces TÎcîssiCiides du temfM. C'est lelnême

Dieu qui règne, le même Dieu qui distribue les empires, et qui entasse les couronnes sur la tête des Romains, h peu près comme Ton rassemble dans un collrc-ibrt d'iniiuenses sommes d'nr(;cnt levées sur toutes les nations. Qu'est-ce que Dieu a piunoocésur leur sort? ijeux qui sont auprès de lui le savent.

Page 1