‹ Les pères de l'égliseChapitre 15 sur 44 · AUX NATIONS · texte numérisé non relu

AUX NATIONS

UV JIE il.

L Blainlenant^ 6 Nations, bien <Ugnes de pitié, notre justification demande ifaB nous mesurions ayec vous, et que noos.en appeUons à votre oonsdence pour savoir 9 vos idbite» sont di^ dkox téritaUes, comme vous Tafiiivmez, ou des dieus chimériques, comme vcf,us ne vouJea pas le savoir. Car telle est l'opiniâtreté naturelle à Terreur, grâce au père du mensonge, que ceuxqu^elle aveur gle ne veulent pas en sortir, et par là se rendent plus coupables. Ils ont des yeux, et ib ne voient p;is : ils ont des oreilles, et ils n'entendent pas; leur coeur, quuitjii'il batte, est insensible - leur esprit lu reconnaît pas ce qu'il voit. En un mot, si Ion vouiait, par une simple fin de nonrecemr, écarter tous ces dieux menteurs , il suffirait de prononcer qu'ils ont tous été inveotés on^ établis par les hommes, qu'ils n'existent pas par ea:K«<méme»«*.*. conséqaemment que oetle condition est inoompatihle atec l'idée que Ton doit se fermer d'une divinité véritable, 11 n'y a que ôe qui nV jamais commencé que Ton puisse à hofi droit regarder oonme un Dieu. Mais, hélas ( que de préjugés endurcissent la d^icatesse de la conscience dans la stupeur d'une erreur volontaire ! La vérité estatujquce par une main immense ^ touteiois elle a confiance dans sa ibrce.

256 TERTLLLIEN

Bt poaitiiioi non ? £iie sait^ quand U loi confient, transformer en auxiliaires ses ennemis eux-mêmes, et elle courbe à ses pieds cette multitude de persécuteurs.

G*est contre tous ces préjugés que nous avons à lutter, contre les institutions, les ancêtres, Tautorité de la chose reçue, les lois des gouvernants, les raisonnements des sages ; contre l'antiquiié , la coutume , la nécessité ^ contre les exemples, les prodiges, les miracles, dont le secours a fortifié toutes ces divinités adultères. Voulant donc m'appuyer sur les commentaires que vous avez empruntés aux théologies de toute nature, parce que dans ces matières la littérature a chez tous plus de poids que la nature des choses, j'ai choisi pour point de départ les ouvrages de Varron, qui, ayant soigneusement compilé et interprété fout ce qui a été dit avant lui sur vos dieux , sera pour nous un excellent guide. Si je lui demande qui' a inmidiiit les dieux, il me répond aussil^ que ce sont les philosophes, les peuples ou les poètes. Voilà donc les-dieus divisés par lui en trois classes : les dieux physiques ou naturels, qui doivent leur existence aux philosophes ^ les dieux allégoriques ou mythiques, éclos dans le cerveau des ^wètes 5 enfin les dieux nationaux, que les différents peuples ont adoptés. Ainsi puisque les philosophes dcitKTt nt leurs vaf^ues conjectures, tandis que dv leur ccké les poètes empruniaient à la fable leurs dieux mythiques et que les peuples s'en forgeaient d autres au gré de leurs caprices , on faudra- t-il cherc^ier la vérité P Dans les conjectures? mais qui dit conjecture, dit incertitude. Dans la iafaleP mais ce n'est qu'on tissu d'ahsurdités. Dans Fadoption populaire ? Mais une divinité adoptée n'est qu'une divinité passive, sans compter qu'elle est nnmicqMile. Bn un mot, •les philosophes ne sauraient nous guider, parce qu'il n'y a cheK eui qu*incertitnde et désaccord ; les poètes en -sont indignes, pem qu'ils ne marchent qu'à tvavien l'infiuDÎe'; quant aux peuples, tout y est pa.^if, parce que tout y est le ii'uii du caprice. Or, l'essence de la divinité, quand on .

TERTDLLIEN. U7

Xéindâe à food, c est de n être niiipptiyëe sur dfiB.coojoo^ tores incertaines, ni souillée par drâ -âdbles bonteuses, ni déterminé par dies adoptions passivjâs» Jl iaiit la oonocivoir lelle qn elle est réelkmênt » certaine» entière, nmvmelle^ parce qu'elle est ocunniune à tons. Mais d'ailteurs, oooir méat croirai-je à un IHeu, parce que le jugement Ta soupçonné, parce que Thistoire Ta divulgué, ou parce que telle ou telle cii(' Ta choisi? Il est plus raisonnable de ne iPiroire à rien que d avoir uii dieu conjectural, un dieu dont j'aie à rougir, ou un dieu consacré par 1 adoption.

H. Mais on regarde les philosophes comme les maîtres de la sagesse. Pure et légitime saf^esse, en vérité, que ^s/^ qui montre pour premier témoignage de sa faiblesse ^bhfwàé^ de ses mille opinions , qui a sa source dans Vi-* IpQiorance de la vérité. Quel est donc le sage, s'il est étranger à Itt^v^té et s'il igaoi^ Dieu, qui est tout à la fois le père et }e maître de la sagesse comme de la vérité? D ail-r leurs nous avons pour nous cel orade divin de Sak»q<m : « La crainte de IHeu est le commencement de la sagesse.s» Or, pour craindre il &ut connaître ; car, comment 8era-t4l possible de craindre si Ton ne connaît pas ? Conséquemment , quiconque craindra Dieu , acquérant par là même la connaissance et la vérité de toutes choses, possédera la plénitude et la consommatioii de la sagesse. Voilà ce que n'a pas vu clairement la philosophie. Us ont beau compulser tous les monuments littéraires, et interroger nos ^Ecritures sacrées elles-mêmes, oîi ils ont puisé plus d'une fois, parce qu'elles sont plus anciennes, s inquiétant peu de la Térité pure et sans mélange , ils n'ont pensé qu'à s'approprier ces richesses en les défigurant, entraînés les uns par la passion de la mine gloire, les autres par Tincertitude de leurs pensées* De loutes ces mutilations, qu^esl-il résulté ? Ce qu'ils avaient découvert est denrenu Incertain. Pnis arriva mi déluge d'argumentations et de subtiUlés sous lesquelles la vérité lut comme submergée. Us la découvrirent, d'accord j mais loin de l'exposer telle

T. vu. 17

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qu'ils k décott^rupent, iis se sont mis à disputer sur sa qlia* tité, sur sa nature et jusque sur son domicile.

En eflfetf les Plalnliciens croient que IHea a soin de I0ut mlâtre et juge du monde. Les Ëpietiriens en ont fait on être oisif» laBS actiTité, immolMle, oa plutâi ils l'ont anéanti. Les Stoiôens le suppofMit hors du monde, les Platonidens le plaoentau centre du monde. Le Dku qu'Us n'avaient admis qu'imparfaitement , ils nWt pu ni Wean* naître ni le craindre, ni par conséquent mardier dans les vou s (It la sagesse, puisqu'ils se sont éloignés du oomr mencement de la sage ssc, qui est la crainte de Dieu* 11 nous reste plus d un u aïuignage de leur ijjnorance ou de leur doute. On demandait h Diogène ce qui se passait dans le ciel, «t Je n y suis jamais moalé, répondit-il. — Y a-i ii « des dieux, lui demandait-on encore ? — 1 cuit ce que je M sais, répliqua-t-il, c'est qu'il serait expédient qu'il y en « eût. » Lorsque Crésns interrogea ïhalès de Milet sur ce qa*il pensait des dieux , ce dernier, après avoir pris du temps pour réfléchir, finit par ne donner aucune réponse. Socinte paraissait à peu près convaincu quand il niait l'existenoe de tous ces dieux ; mais le même Socrate pa^ raissait à peu près aussi convaincu quand il recommandait d'immoler un coq à Esculape.

Ainsi , puisque la philosophie est convaincue de tant d'inceriiiude et d'impuissance quand il s'agit de oonoevoir la divinité, pourquoi mitonner qu'elle ait débité tant d'extravagances sur celui qu'il ne lui était pas donné de connaître parfaitement? Elle n'est pas plus d ;iccoid avec

elle-même sur le monde Denis le stoïcien divise les

. dieux en trois classes : dans la première , il place les divinités que l'on voit, telles que le Soleil , la Lune -, dans la seconde, celles que l'on ne voit i»s , telles que Neptune ^ dans la troisième, enfin, celles qui, dit-on, ont été hommes avant de devenir dieux , telles qu'Hercule et Amphiaraiis. Arcésilas distingue aussi les dieux en trois catégories, les Olympiens, les Astres, les Titaniens* Il ajoute qn*ib sont

IMBS du CSdètdék Terre. ét^ÙÊiMfiAOpêinkSm^^Qnt engeDdféJHepniiiey Jitpiler» Oicw, el tonte leur posténiéi Xinme^ate, de la aeele des acadéoûîneiis, ne ftSeonnait que

deux espèces de dieux , les Olympieos et les TitanîeDS ,

qui descendent tous du Ciel et de la Terre. La plupart des Expiions adorent quatre dieux, le Soleil, la Lune, le Ciel et ia Terre. Démocri le pense que les dieux naquirent en même temps que le feu supérieur. Zenon vent qu'ils soient de même nature. De là vîent que Varron appelle le feu l'anie du monde , de sorte que , selon lui , le fea gouverne tous les mouvements du monde , de même que i'we préside chez nous à tous nos niouvemenlB. Quoi de

|ili|iiii(llitiiW«tw^> ' '^^"^ queTame réside en nous, dUr-il^ aoQS^èanstma; aussitôt qu elle nons abandonne , noos mou^ l|i|f|jïli«in/i»»abiî du feu: àuaritât «pi'il se sera échappé dptefwtpîMitéaliMfcSy leinonde périnu > uJfcJfifUta fCOB témQ%nages , nous myons donc que Aêêê lûiiqiMèmc physique, les philosophes sont hcnlense^ ment réduits à diviniser les éléments , puisqu'ils en font liai U e des dieux , qui assurcmenL ne peuvent avoir que des dieux pour pères. C'est ce que nous examineKins avec plus d'élejidue quand il s'ai^ii adu système mythique des poètes. En attendant, il iaut démontrer ce qui louche à la question présente , c'est-à-dire que les êtres qui sont nés des cléments ne peuvent , en quoi que ce soit , passer pour des dieux, afin que Ton soit plus disposé à admettre que les éléments ne sont pas des dieux, lorsqu'il sera prouvé que les êtres nés des éléments ne peuvent aspirer à ce titre* JDe même, démontrer que des éléments ,qui eu»* mêmes ont commencé ne sont pas des dieux, cesera con*» elure contre la divinité de leurs descendants, puisque ks fils de pèm auxquels manque k divinité, ne peuvent être des dieux. ^ « ; -

On admet le principe que d'un dieu doit uaitre un dieu, de même que de ce qui n'est pas dieu il ne doit naître rien de divin. Or, pour traiter sommairement cette matière.

le monde se compose d'éléments. Le tout doit être de même natove que ses parties, et les parties de iDeroe nature que le tout, il ârat en outre qu'il ait été créé par quelqu'un, comme le Veut h sagesse de Platon , ou quHl n*ait été créé par personne, comme le pense cet absurde Epicure. S'il a été créé, dès qu'il a un cammencement , il aura aussi une fin. D'où il suit que ce qui un jouir n'existait point avant de commencer, un jour n'existera plus quand il aura fini. Muis, dès ce momcMit , je ne conçois plus un dieu auquel manque la substance même de la divinité, je veux dire réterni te, qui n'a ni commencement ni fin. S'il est vrai , au contraire, qu'il n'ait pas commence, et qu'il faille le regarder comme Dieu, par la raison qu'en sa qualité de Dieu il n'admet ni commencement ni fin, comment se fait-il que pinceurs assignent une génération à ces éléments qu'ils convertissent en dieux, puisque les Stoïciens nient qu'un dieu puisse engendrer? De même, comment appeler dieux ceux qui sont nés des éléments, puisque ces mêmes ^Aà^ ksophes démontrent qu'un dieu ne peut naître ? Or, ce. qui est vrai du monde entier sera vrai aussi de ses éléments, c'est-UUre du del , de la terre , des astres et du feu. Vainement donc Varron , qui avait dit ailleurs que le ciel et les astres sont des êtres animés, nous propose de regarder tous ces éléments coimnc des dieux ou comme les pères des dieux, qui ne penvc[it avdir ni ancêtres ni postérité , puisqu'ils ne [leuveut en(jeiuirer. S'il en est ainsi, il faut nécessairement qu ils soient mortels, car la mort est la condition de la vie animale. L'ame est immortelle, oui , sans doute, mais c'est à elle qu'appartient Timmcnalité, et non au corps qui lui est associé. Or, que le corps soit sujet à la mort , personne ne le niera ^ puisque nous touchons certains corps, puisque nous sommes touchés par d'autres, et que tous les jours ils disparaissent sons nos yeux. Si donc les animaux, en knésant de côté le principe de l'ame, sont mortels en tant qu'ils sont corps, il s'ensuit que les éléments ne stmt pas des dieux. D'où

L/iyiii^uo tjy.VjQOQle

Vient cependant que Vairon transforme les éléments en dieux ? Parce qu ils se meuvent , répontl-il. Mais, de peur qu on ne lui objecte sur-le-champ que mille autres choses se meuvent aussi . telles que les roues, les chars, les machines, il prévit rU son antagoniste en disant qu'il les regarde comme des êtres animés , parce qu'ils sont à euxmêmes le principe de leur mouvement, sans recevoir rimpuiâon du dehors, comme il en est de celui qui pousse une vme, traîne un char, ou modère Tactivité d^une ma* dune. Ainsi) à moins d*écre des animaux , ils ne peavenC samonvtQÎr par eiix«-méDies. Or, en indkpiant ce moceur invisible, il nons montre précisément ce qa'd aurait dn fherchet^ c'est^i'jUre le oréateur et l'arbitré, de œ mou*» vement. Tous ne le voyez pas ^ mais s*ensuit^il néoeasaire* ment qu'il n'eiiste pas ? Non , sans doute. Plus une chose est profondément cachée, plus elle réclame nos sérieuses investigations pour que nous puissions en pénétrer le mystère dans ce qui paraît. Mais d'ailleurs, si vous ne voulez admettre que ce qui est visible, pourquoi donc admettezvous cette multitude de dieux que vous ne voyez pas ? Si tant de choses paraissent exister, sans exister réellement, pourquoi, par opposition , n'y aurait^-il pas aussi de& éti:«:s que nous ne voyons pas? Je veux parier da moteur universel des choses céie^; Que vos éléments soientdes êtres animësy.parce qu'ils se meuvent par euzr*niémes, Qt qu'ils se meuvent par eux-mêmes, parce qu'ils ne se meuvent paspar d*aatre8, d'accord^ cependant, ils ne sont pas des dieux par la raison qu'ils sont des tees animés, ou qu'ib se meuvent par eux*4némes« Autrement , qui empéche.que nous ne voyions autant de dieux dans tous les animaux , puisqu'ils se meuvent par eux- m cm es? Il iaul iaiiser aux. Egyptiens de pareilles extravagances.

IV. Il en est qui prétendent que les dieux ont été appelés de ce nom , dérivé du grec ©ic?, parce que <P>ltty et o-ftffea; signifient courir ou se mouvoir. Assurément ce terme u indique pas toma^jesté» La course et le mouvement

262 TERTULUEN.

ne sembleDt pas Tattribut caractéristiqae de k dWiiiîté. liais comme le Dieu unique que nous adorons s^apfieUe aussi Bltiy sans que cependant nous le Toyions s'agiter et se mouvoir, pu isqu^il n'est pas visible aux regardsde l'homme, il est clair que cette dénomination lui est propre et essentielle, et que tous vos tlii ux n'ont été appelés (jiie par imitation et |)ar cmpiéK ment sur les droits du Dieu véritable, mms non k causi de leur course et de leur a^ilité. Tous lea tî ieux que vous vous forgez tous les jours re* çoivent la même désignation. Qu'il en soit ainsi, la preuve en est là. N 'appelez-vous pas du nom générique de e^M» tous les dieux dans lesquels on n'aperçoit ni course ni monvenient? Par conséquent, si voua qualifies du même nom vos dieux les plus immobiles, vous démentez tout à la fins et Tétymolo^e de ce mot, et Topinion qui lattadbe la divinité k Tidée première de mouvement et de oonrte*

Si , d'autre part, ce nom est la qualification du IMen véritable, sa quaHficatton propre, légitime, etnondé^ rivée, montrez -nous qu'entre lui et les êtres que vous transformez en dieux, toutes le,s qualités sont communes, afin que de la communauté de la substance r^ulte la communauté du nom. Or, co eiu par excellence, par la raison seule qu'il est invisible, exclut toute comparaison avec des dieux qui tombent sous nos sens. Le sens naturel suffît pour distinguer ce qui est invisible d avec ce qui est visible. Sî les éléments sont aperçus de tous; si, au contraire, Dieo n*est visible à personne, comment pourras^tu assimiler à ce que tu vois l'être que tu ne vois pas ? Puisque tu ne peux les assimiler ni par les sens, ni par la raison , pour* quoilesconfonds-tu dan» une désignation commune, pour les confondre ensuite dans une même puissance ? ¥oilà, en effet , que Zénon 8^|Nure de Dieu la matière du monde ; ou du moins il affirme qu'il a passé par elle comme le miel par les rayons. Dieu et la matière sont donc deux mois, deux cboses. La différence des termes indique la diversité de iu substance. Le mot même de matière le démontre à

lui seul. Que si Dieu n est pas la matière, puisque cela est Compris dans sa deDomination , comment les différentes parties de la natière» c*estrà-dire les éléooents, seront-ils des dieux, piiiaq«« les measiices ne peay^tdiffëra: d'areo le corps ?

Ifiis qn*ai*fe à déaékr avee les at^^mnents des j^lo» sofibes ? U aurait foUà qu^ils remontassent à la crcatîda du oiondBy au lieu de se plonger dans tontes ks incertitudes, le ne bsîb quel «éveur a imaginé, peu^être d'après Platon, que le monde, oarré d'abord , avait reçu ensuite la forme circulaire, sans tête comme sans issue. Epicurc, après avoir dit : « Ce qui est au-dessus de nos tètes n a ri<'n de eom- « mun avec nous, w s'avisant un jour de regardi r le ciel, y aperçut le soleil, auquel il donna uu pied de diamètre. Avouons-le ! la modération était encore dans les cieux. Mais à mesure que le luxe s'accrut, le soleil proiila desespro* grès pour ^ndir aussi. LesJ^ëripatétîeieBS voulurent bien reconnaître qu'il était plus grand qu'on ne le disait. Mais, je vous je dempude» quelle sagesse tronvea^YOïis au fond de ces eoiyectures sans fin P Que prouvent cette affecta-» tion de ^mvité» ces afBni)atloD8 oiseuses^ et tous ces riens que reoouTre la pompe du langage ? C'est doue à bon dioit que Thaïes de Mi)ei mérila de tomber dans un puits, en se promenant des yeux dans Timmensîté du ciel ^ et d'ap^ prêter à rire à cet Égyptien qui lui dit : « Tu ne vois pas « ce qui hc passe à tes pieds, et tu veux savoir ce qui se « passe là-haut. )> Tlialès au fond de son puits est le symbole de ces hommes qu'une vaine curiosité pousse à étudier la nature, sans s occuper de celui qui l'a créée et qui la gouverne : ils s'agitent dans le vide.

y. J'arrive maintenaai à une OfMnion plus raisonnaUei et qui semble avoir son origine dans les lumières natu-^ relies et dans la simplicité de la bonne foi* Yarron Inî* niâme ne Ta pointiaibUée» quand il ajonie que Ton a tegardé les élénients ecmne des dienx^ parce que sans leur eonctmrs. rien ne peut a'epgendrer, se nourrir et s'ae»

TKATOLUEir.

croître pour l^entretien de la vie humaine et de la terre/ puisque les corps et les ames n auraient pu se sutiire à eux-^ mêmes sans la oombinaison des éléments^ et que c'eet pat eux que la terre, enfermée dans différentes z6nes, est Iuk bitabie, là du moins où l'intensité du froid et de la cbaleur B*exclu€ pas la vie. Ainsi donc l'on a adoré comme dieux, le Soleil > parce qu'il nous donne le jour, mûrit nos mms^ sons et mesure la marche régulière des années ; la Lune^ parce qu'elle console nos nuits de l'absence du soleil et f^ouverne les mois ; les Astres , parce qu'ils concourent a\ ec le soleil à déterminer les temps et les saisons -, le Ciel, parce qu'il enveloppe toute la nature-, la Terre, enfin ^ parce qu t'lle semble soutenir toutes les productions. Que dinïi-je? On divinisa tout ce qui sert kl utilité de l'homme. Ce ne tut pas seulement par fies bienfaits que les éléments donnèrent l'idée de leur divinité, ce lut aussi par des actes de colère apparente, tels que la foudre, la grêle, les sécheresses, les Tcnts pestilentiels : j'en dis autant des inondations, des tremblements de terre et des Tolcans*, Qu'on les ait pris pour des dieux , je ne m'en étonne pas, ajoute-t-il , puisque nous devons honorer la nature quand c41e nous est Aivorable, la redouter quand elle nous est terrible, elle qui peut nous foire tant de bien ou tant de mal.

Quoiqu'il y ait un fond de vérité à tout cela, toutefois ce n'est pas aux choses mêmes qui nous font du bien ou du mal cjur nous adressons notre reconnaissance ou nos plaintes, mais à ceux qui les ont sous la main et les gouvernent à leur (jré. Dans vos divertissements, en effet, ce n'est pas à la flûte ou a la guitare que vous décernez le prix; c'est à l'artiste qui a 4iré des sons si harmonieux de la guitare et de k flûte. De même, que l'un de vous tombe malade, il ne remerciera de sa guérison ni la laine, ni les antidotes, ni les remèdes eux-mêmes, mais le médecin dont Texpérience et l'habileté les lui ont adminisurés* Dans un assassinat , le blessé ne s'en prend ni au glaive ni & la lance

TnTtnLtiEN.

qtù Ta frappé, mais à r«imemi ou au brigand. Goiix qui ftoOffirent de 1 mtempérie des salfionadaiiB nae chédve ma^ Borc n accusent ni les tuiles ni le* crevasses, mais la vé*^ tosté de rédifice ^ de même que les naufrages, an lien de maudire les écueiis et les fiais, maudisMAt k tempéle. Ils ' ont nùaoa ; car il est certain qne louCceqlii arrive, il fiint Tattribner non pas à rinstmment , mab à celui qui le fidt a^r, parce que la responsabilité de rérénemcnt reUnbe sus^elut qni a établi k cbose par laqudle il s'aocomplit*' Tout phénomène, quel qu'il soit, se compose de trois choses, le lait en lui-même, la cause et l'instrument : il est hien plus important de connaître la volonté qui veut , que rinstrument qui exécute. Partout ailleurs, vous remontez avec sagesse à Tauteur ; mais s'agit-il des phénomènes qni se j^assent sous vos yeux ? votre règle alors , en contradiction avec la nature et avec votre sagesse ordinaire, klflse de coté Tauteur pour ne considérer que Tinstru-' men^f, et . s'attache à ce qui arrive, mais non à k vokmé qui gouverne ce qui arrive. De là vient que vonsprenes iB^JUm^f^ potur des puissances et des dominations, taudis q^wimti tout simpkBient des faacuoos et des servitudes. l^iwiiÊBaÊBif au lieu d'être des mûtret, sont doua que de^ eicteve^^ HakdQS dieux ne peuvent étreesokves t dono eeui qui sont esdavès ne peuvent être des dieux. Ou lûen encore, que Ton nous montre comment la liberté naît de la servitude. Mais nou , le pouvoir se reconnaît h la liberté, et l'idée de dieu ne va pas sans celle de pouvoir. Si donc les astres roulent sur nos têtes d'après des lois immuables, enfermés dans des orbites certaines, assujétis à des vicissitudes réglées, pour engendrer le temps et en gouverner les diverses révolutions, l'examen de leurs lois, la r^^ukrité de leur retour, les.bienfaits qui en résulteot» vous p!mpd6nmtqa*un pouvoir supérieur préside à leurs maa^ venàents, qu6 tout rensembk de nette monde obéit k oe pouvoir, avec Tovdie de veilkr à Tutilité du genre bu* main. Que toutes ces créatures a^pissent pour elles-

TERTOUIEN*

mêmes, qu'elles songent à leurs propres Intérêts, sans rien faire pour l'homme, tu ne saurais le dire, puisque ra n'attribues la divinité aux cléments que parce que tu re^ coonais qu'ils te font du bien ou du mâl ear s'iii agissent pour eux , tu ne leur dois rien.

YI. £k bien 1 m'aocordez-voiis que non-^seuleawat \à divinité ne oonrl pas à la manière d'un eaelaTe, mais qu'au oontrain elle est avant tout immuable, sans pouvoir Boofinr ni diminution, ni suspension, ni aucune altéra-^ tkm de qudque nature qu'elle soit? Hais, d*ailkan, sa félicité disparait si eUe est passible. Regardez cependanté Les astres s'éclipsent et attestent qu^ils se sont édips^ La lune, par son aceroissement même, confesse tout ce qu'elle a perdu auparavant. Souvent même il vous arrive de fiuiwe ses défaillaiK Os dans le miroir de Teau, pour ne rien dire lh-d( s.slis de plus que n en savent les mages. Le soleil lui-même n'est pas à l'abri de ces accidents. Expliques comme il vous plaira ces phénomènes célestes ; un dieu ne peut ni décroître, ni cesser un moment d'étre« Que les doctrines humaines qui , par leufs vaines conjeo^ tureSy mentent à la sagesse et à la vérité, entassent sophisme sur sophisme* Qu'importe? Mais l'homme est ainsi fidt, que celui qui a le mieux parlé passe pour avoir dit la vérité, et non pas celui qui a dit la vérité pour aireir le mieux parlé. Toutefois, pour peu que Ton veuille réfl^ir, ea reconnaîtra bientôt qu'il est plus vraisemblable que ces éléments soient gouvernés par quelqu^un , que de penser qu'ils se gouvernent jiar eux-mêmes. Il faudra en conclure qu'ils ne suni jjas dieux, puisqu'ils obéissent. S'il ï.xut se tromper ici, j aime mieux me tromper dans la simplicité du cœur, que de m'ép^ai er dans les spéculations des philosophes. Mais il vaut mieux encore se tromper avec les philosophes qu'avec les poètes. Les premiers du moins attribuent la divinité à des créatures qu'ils regardent comme supérieures à l'homme, soit par leur position , soit par leur Iqroe, soit par leur grandeur, soit par leurs bien-

€itts. Car ce qui est supérieur à rfaonuDe, od peut le onnre ymàn de Dievu

YL Biais, pour passer au système mythique attrilMié par tUMis aux poètes, je ne sais pas, en Terité» si leurs dieux ne sont pas de bèancoup inrarieurs à rhumanité, |els que ce Mopsus d'Afrique et cet Amphiaraûs de la Béotie. H faut dire un mot ici de celle espèce de dieux , dont nous parlerons en son lieu avec plus d'étendue. En attendant , il est d( jà manifeste qu'ils ont été hommes, puisqu'au lieu de les aj)pi 1er ordinairement des dieux, vous leur donnez le nom de héros. Qu'ajoutera i-je à cette preuve? Rien, sinon que, dans la supposilion ou il eût £adlu attribuer la divinité à des mortels -vous auriez dû en exoliire de pa« feils hommes. De nos jours encore, yous souiileE te ciel, quand tous en faites le cimetière de yo6 FOIS* Bncore* si vous cfaoisissies les plus Terluenx « les plus Justes, les phis iHenfidsants, pour leur décerner Tapothéose} vous 'pourries vous borner au ridicule de jurer par de teh faomDes. Biais non ; ce sont les impies, là débauchés, qu'en outre de la gloire humaine vous ooimcrez par œs honneurs, eux dont vous portez en triomphe les images, eux dont vous gravez renijjr cinte sur vos monnaies. Mais le dieu qui aperçoit, approuve et récom|jciJsr i ou tes les bonnes œuvres, proslituera-t-il au hasani son induLq^ence, et l'homme meltra-t-il dans font le reste de ses actions plus de sagesse et de justice qûe dans le choix de ses divinités ? Les compagnons des rois et des princes seront-ils plus purs que ceux du Dieu suprême ? Vous aves en horreur les vafpi* bonds, les exilés, les faibles, les pauvres, ceux qui sont nés dans l'obscurité ou qui vivent dans les derniers rangs : au contraire, vous éleTee aux nues les incestaenx, les adultères, les parricides» Fautai rire, iail^il s*indigner, en voyant des dieux qui ne méritent pas mêsoe le nom d*hommes ? Dans ce système allégorique introduit par les poètes , quel embarras , en efFel , n'éprouvez-vous pas au fond de voire conscience et pour la défense de la pudeur ?

Que de misères et de turpitudes vos poètes ont mises sur U cx)mpte de la diTinité ! Chaque fois que uous vous les re* pnx^ns» vous nous répondez que ce sont^là des inven-^ tions pDétiques. Mais si nous gardons le silence sur ces înliBumes, non-*' seulement vous n*en aves plus horreur^ mais vous allez jusqu'à les honorer, en les regardant comme une partie nécessaire de l'art. Que vous dirai-je enfin ? C'est par cette mythologie coiTuptrice que vous initiez à l'étude des lettres l'esprit de la jeunesse. Platon voulait que l'on chassât de sa Républii|ue les poètes, parce qu'ils calomnient les dieux. 11 rte fait pas grâce à Homère lui-même; il le bannit, tout en plaçant la couronne sur sa tête. Mais vousi qui accueillez et/etenez les poètes dans vos murs , pourquoi ne les croyez-vous pas quand ils vous racontent les infomies de vos dieilx? Ou bien, si vous* croyez vos poètes, pouiquoi honorez^vous de'pareils dieux ? Si vobs les honorez parce que vous ne croyez pas voA poêles 9 pourqooi kniez-vous des menteurs, sans craindre d'insnltôr par là ceux dont vous honorez les détracteurs ?

On ne peut eiiger des poètes tant de respect pour In vérité , dites*vous< Mais en admettant que vos dieux ne sont devenus tels qu'après leur mort, ne déclarez-vous pas qu avant leur mort ce n'étaient que des liommes? Or, que des hommes aient participé aux vicissitudes, aux crimes et aux infamies de l'humanité, qu \ a-t-il là de si nouveau ? Vous ne croyez pas vos poêles ' (tites-vous. Mais alors pourquoi faites- vous des sacrifices et des rites religieux conformes aux récits de vos poètes? Pourquoi la prétresse de Cérès est-elle enlevée, sinon parce que Gérés Ta été ? Fdurquoi immolez^^vous k Saturne des enfants étrangers, sinon parce que Saturne n'a pas épargné les siens? Pourquoi inutile*'tM)n un mâle^en Thonnear de Oy^* hèle, si vous n*admettez pas qu^trn jeune homme dédaigné par elle et frustré dans ses espérances, fat ainsi barbare contre lui-même ? Pourquoi les femmes de Lanuvium se livrent-elles à de monstrueuses indignités, si elles n'ho-

TE1TDLEJEM« 9d0

Dorent pas ainsi les débauches d'Hercule? Les poètés mentent» otti, sans doate, doq pas quand ils prêtent aux homines ces turpitudes, mais quand ils attribuent la di- TÎnité à des hommes souillés de pareilles turpitudes. Il ywa était plus facile de croire que ies hommeB étaient dieuxy nais sanfl avoir rien de conunun arec ces yfifemw«^j que d'associer à ces infamies l'idée de la divinité. . <^ i n j 1 . r Parmi ce peuple de dieux, il nous reste'li paHer de ces dieux que les peuples se sont créés par caprice od ont admis sans aucun exainen , d'après je ne sais quelles notions particulières. Dieu, j'imagine, doit être connu par-r. tout, présent partoiU, puissant parloiit, adoré })ârtout,' apaisé partout. Lors donc que ceux devant lesquels se courbe le plus généralement le monde tout entier sont inhabiles à prouver leur divinité, à plus forte raison qui ne sont pas mêmes connus de leurs piopra oonçi^ toyens. £n effet, quelle autorité peut avoir pour etie cette ibéfào^ à laquelle la renommée fait défeut ? En conmabË^rmsm beaucoup qui aient jamais entendu pbrler de l?4laKgatis^:des Syriens^ de la Gélescis d'Afrique, de la fjsnntiiierrdiBS Ibures, d'Obodas et de Dusar4 clies les Arabes, de Bélémis en Noride , ou de ceux que désigne Yarron , un Delventînum cbex les habitants de Casinies, un Visidianum chez les Narnicns, un Nun^eutinum dans la ville d'Athènes, une Ancharia et je ne sais quelle Préveris chez les Esc ulaniens, une Norlia chez ceux de Vulsinies, dont les noms ne peuvent même s'élever jusqu'à la dignité humaine (1)? Je ne puis m empêcher de rire à l^^Bfict de ces dieux décurions, adorés par chaque muni«^ oiPl^finàis dont la gloire n'en dépasse pas les limites. Vou^ lesfWsis savoir jusqu oii a été poussée cette licence de se donner des dieux à sa fiuitatsie ? Interrogez les supersti-^ tinns des tg^yptienSf qui transforment en dieo^ leun animaux, n'ayant pas asses probablement de leurs crocodiles

(t) AOuaioii è lMif,099 mat de dk«s> féiiiiiiiis.«iiitatns «■ htiii* •

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él de leur serpent. Car c'était trop peu que d'avoir àé\k divinité un homme. Je veux parler de celui qui est célèbre, Bon seulement dans TÉgypie ou dans la Grèce» maii dans mut Tunira^. Les Africains ne jurent que par lui : si Ton Teot savoir quelque chose de cerlaiin sur son compie» il est vraisemUable qu'il faut le demander à nos saintes lettres.

En effet, œ Sérapis n'est pas autre chose qu'un certain Joseph..... de la race des saints, le plus jeune de ses frères, mais aussi le plus honoré. Geux-d Tayant Tendu par

jalousie à ua uiaichand qui Temmena en Égypte, il devint l'esclavi! du Pharaon qui régnait alors dans cette conuée. Une reine impudique le poursuivit de ses désirs. Il refusa d'y céder ; mais alors, calomnié par elle, il lut jeté en prison par le roi. Dans son cachot, il attesta réner.jjie de son esprit , par rinlerprétalion de quelques songes obscurs. Vers cette époque, le roi lui-même eut deux songes terribles^ il fit rassembler tous les sages pour les lui cxpln quer : mais Tainemeat. Il appela Joseph du fond de m prison, toeph expliqua aussitôt le songe. « Les asspt va- « ches grasses, dit-il , signifient sept années d'une gronde « abondance; les sept vaches ssaigres qui les suivent» an^ n noncent sept années de stérilisé. » Û recommanda en^ snîie au roi de profiter de Tabondance précédente pour rassembler des provisions contre les périls de la famine. Le roi crut à ses paroles : l'événement ne manqua jamais de coritiriner les piédiciions de l'homme juste, saint et si nécessaire. Le Pharaon le mit aussitôt h la téte de rÉf^ypie, pour veiller à i administration et aux approvisionnemeiKs. Le peuple le surnomma Sérapis, à cause du diadème du cheveux qui couronnait sa téte. Ce diadème, qui a encore la forme d'un hoisseau^ rappelle la mémoire de ses appro* vbionnements : les épis qui Tenvironnent sont une prenne de plus que le soin de ces appravisionnenèilts reposait sur sa téte. Les Égyptiens Tont représenté avec un chien sous sa nuûa droite^ animal qu'ils placent dans les tombeaux.

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pûiyr marquer que l'Egypte avait été obeisaaiile sous sa jnaîn. lis lui donnent pour oomfàigae Pharia , que Tana^ logie da nom nous indique comme étant k fille du Pha* raon ; car il est certain que le Pharaon , parmi les réoem* penses et les honneo» dont il le empila, lui donna sa fille en maria^je. Fins lard, lorsque oe peuple adora ks hommes et toute sorte d'animaux , des deux Ibirmes il ne fit plus qu*un Ànobis, simulacre monstrueux qui ne reprë* sente plus que cette nation, toujours en guerre avec cUo mème, toujours en rcvolLC contre ses rois, méprisée par les étrangers, abrutit' p;u' la débauche et ia gourmandise^ bien digne euiin de la serviiude.

I\. Voilà ce que nous avions ;i dire de pins connu ou de plus remarquable sur ces trois catégories de dieux, afin de démontrer siifiisamment le néant de ces dieux philo* sophiqueS) poétiques et nationaux, £t comme tautes ces superstitions ont trouvé crédit » non pas par les plitloso^ plies^ par les poètes ou par les peuples qnî les ont tittn»* mises» mais par la domination romaine qui s*en est ero'» parée , il nous &ut atiaqner^mainlenmit cette cause qui a répandu rerrenr humaine sur toule la terre; que dis-je ? il faut porter la hadie danseetie htéi qui, rassemblant de mutes parts les germes du mensonge, a ombragé rmiAttoé du vice.

VaiTon divisa les dieux des Iloraains en deux classes , les Incertains , les Elus. O folie des liummes ! (ju avaientiis besoin de dieux incertains, s^ils en avaient de certains? Mais il fallait bien imiter Tex ira vacance d Athènes^ n'y avait-il jKjint à Atliènes un autel qui portait cette inscription : Aux dieux ineonuus ? Adore-t-on celui que Ton ne eoanail paa? £t puis, s ils avaient des dieux certains, pourquoi ne pas s'en contenter, au lieu de désirer des dieux élus? lit encore ils sont oenvaincus de sacrilège. Car si Ton se choisit des dieux comme Ton ohosit des oignons, on ne peut choisir tel ou tel sans réptmsnf les autres.

IBRTDLLIBVr; ^

nous annoiis mieux distinguer les dieux de Eoni% en dieux Clonimiiiis, c*e8t-à-dire adorés par tous les autres hommes, et en dienx fifationaux , c'est-à-dire particuliers wax Bomains. Ceux-ci se subdtrisent en Publics et Etran* gefs. Ainsi le témoigiient les antek consacrés aux dienx Etrangers dans le temple de Cames, et le Capitole, oii ré* sideot les dieox Pabtics. Quant à leurs dieux Communs, comme ils sent compris dans la classe des dietut philoso* phiques ou poétiipies , nous en avons déjà traité sitffisam* .

ment. Disons un mot de leurs dieux particuliers Mais

d'abord admiions avec surpriso cette troisième race de dieux ennemis : jamais aucune autre nation n a imaginé un |>arcil amas de superstitions. Nous les distinguons encore tri deux espèces , ceux qui ont été hommes avant d'être dieux , ceux qui en sont nés. Comme on nous répond par la même allégation , c'est-à-dire que l on n'a eoBsaeré dieux que ceux qui méritaient cet bonnenr par la pureté de leur TÎe , nous sommes obligés de répéter ce que nous avons iléjà dit : pas un d'eux qui valut quel*que cbose. Ils font grand bruit du courage de leur père Enée , soldat sans gloire qu'une pierre s^t à renTstser. Mus le projecdle était vulgaire et digne d*un diîen, plus la blessure est déshonorante. Il y a mieux , je déclare qn'Enée a trabi sa' patrie, Enée comme Antémnr. S'ils le contestent , qu'ils se souviennent qu'Enée abandonna ses compatirons , pendant que sa patrie était en flammes , mille fois au-dessous de cette Carthaginoi.se qui, loin d accompagner Asdrubai , son é|)oux, dont la pusillan imité demandait grâce à IVnnemi avec des paroles bien digues (i Enée , prit ses cnfans, non pour traîner avec soi des simulacres religieux et son père, mais pour se précipiter avec eux dans les flammes de Cartbage, afin d'embrasset* une dernière fois sa patrie mourante. Enée Ait surnommé le pieux . pour avoir sauvé son fils unique et un vieillard a£^bli par les années; mais il abandanna Priam et Astyanax. Je ne dis point assez. U devrait être maudit

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par les lioniains, qui , pour le salut de leurs princes et de leiftr famille, sacrifient tout, enlans, épouses, patrimoine. Vous transformez en dieu le fils de Venus, et cela sans qoe Ynlc^ s'y oppose, sans que Vénus s'en étonne. Si vous ayesE introduit dans TCHympe jusqu'aux chevaux de vos ancêtres, que n y avefe^voûs placé de préférence ces deux jeunes hommes d*Argos qui , po«ir conduire leur mère au temple, s'attelèrent eux-mêmes à son char, parce que les bœufs manquaient , dévoûment plus qu'humain ? Pourquoi u avez- vous pas fait une déesse de cette fille si pieuse qui, dans la prison, nourrit de son lait son vieux père, condamne à mourir de faim;' Quelle est donc la gloire d'Enéc , sinon de ne s èirc jxas montré an combat de Laurentum, où il quitta , selon sa coutume, ie champ de bataille comme un lâche déswteur?

Romnhis est devenu dieu aussi après sa mort. S'il est devenu dieu , parce qu'il a fondé une ville, d'autres encore^ ont fimdé des cités , sans en excepter les femmes elles-mêmes. Toujours est -il que Romuhis immola son ^ JGrère , et enleva par un odieux stratagème les filles éti^uigères. Voilà pourquoi sans doute il est ^ea ; voilà pourquoi il est Quirinus , parce qu'il perça de sa lance (l) la poitrine de leurè pères. Et Sterculus , par quoi a-t-il mérité de monter au ciel? Il a engraissé, dites-vous, la terre ]>.u le fumier dont il la couvraif. Mais Au^ias en a bien lait d autres. Si Faune, fils de Picu^, était Irappé de démence, et s'agitait en rendant la justice, il convenait de le guérir plutôt que de le consacrer par lapothéose : si la ûllç de ce même Faune était tellement chaste, qu'elle ne voulait pas même converser avec les hommes, cela tenait peut-être à la rudesse de ses iùceurs , à la coiÉscience de sa difformité) ou bien à la honte qu'elle éprouvait de Tin-

(t) II y a ici un jeu de moU impossible à traduire en français. Quiris ûgnifie en latin une lance ; on dirait en langage populaire : Quirintts l«g

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