T. ¥II
remarquez
TEETUUiEN
aivec soin oà€St votre mère, oà eiBt votre sœdr; ne Vous trompez point, quand les ténèbres produites par les chiens tomberont sur l'assemblée $ car ce serait un crime que de manquer un inceste. Initié de la aiorte ans mystères» tous Twlà sûr de rimmortatité . Répondez-moi, vondriez-^roi» de Timmortalité à ce prix ? Non, sans doute; aussi ne sauriezvous croire qu'elle s^jit à ce prix. Mais, quand vous le croiriez, vous n'eu voudriez point; et quand vous le voudriez, je Tallirme, vous ne le pourriez point. Comment d'autres le pourraient-ils si vous ne le pouvez pas ? Et si d*autres le peuvent) comment ne le pourriez- vous pas? Sommes-nous aune autre nature que yous? Nous prenez -vous pour des monstres ? La nature nous aurait*-elle donné d*antres dents pour les repas de chair bumaine, un autre corps pour les Yoluptés incestueuses ? Si vous croyez ces borreurs d*un homme , vous êtes capables de les commettre. Vous êtes hommes comme les Chrétiens. Si vous ne pouvez les coiii mettre, vous ne devez pas les croire : les Chrétiens sont hommes comme vous.
Mais, nous dira-t-on , on trompe, on surprend des i^jnorantsi Gomme s'ils pouvaient ignorer les bruits qui courent à ce sujet ! comme s'ils n'avaient pas le plus grand intérêt à les approfondir et à s*assurer de la vérité ! D'ailleurs, l'usage est que tous ceux qui demandent à être initiés abordent celui qui préside aux sacrifices, pour savoir de lui les préparatifs prescrits. Ilienr diva donc : «Il vous faut un « enfant qui ne sàdhe pas ce que c'est que la mort , qui rie <t sous le couieau^ il vous faut du pain pour recueillir le « sajifi^ qui jaillit , des candélabres, quelques torches, des « chiens ('( des lambeaux de chair que vous jeterez à ces « animaux, afin qu'en s'élançant sur la proie ils éteignent d les flambeaux. Avant tout , amenez votre mère et votre .a sœur. » Sfais si elles ne veulent point venir , ou si vous n'avez ni mère ni sœur, si vous êtes seul dans votre famille» vous ne serez donc pas reçu Chrétien ? ' Quand même tons ces préparatifs auraient été fiiifs à
Tiittil des iaitiÀr da moîiis Us les auraient oodhub dans la fiuhe, et ik les souffreat et ils ne se plaignent pas ! Grain^ draîenl-ils le diàtiment? Ils sont S&19» en nonsaccnsant,
de trouver des protecteurs. Après tout, ils aimeraient mieux mourir que de vivre sous le poids d'une telle conscience. Je veux que la crainte leur ferme la bouche. Pourquoi leur obstination à demeurer dans la secte ? Des engagements que 1 on n'eût pas pris si on les eût connuSt on les rompt aussitôt qu on les connaît.
IX» Pour ajouter une nouvelle , force à potrjs justificar tkm 9 je pronrerai que vous tous permettec , et en seeret et en public» ce dont voua nous aocoseï sur un peui^lre* Bn Afrique, on immolait publiquement des enûints à Saturne , jusqu'au procousulat de Tibère, qui fit attacher les prétre^dc ce dieu aux arbres mêmes du temple dont l'ombre couvrait ces affreux sacrifices, comme à autant de croix votives, J en prends a lémoin les soldats de mon pavs qui assistèrent le proconsul dans cette exécution. Cependant ces détestables sacrifices se continuent encore dans le secret. Ainsi les Chrétiens .ne sont p|» les seuls qui vous bravent. Aucun crime n'est entièrement déraciné; et puis, un dieu change-t-il de mœurs ? Saturne, qui n a pas épargné ses propres en&nis, aurait*il épfkvgaé des enfiûits étrangers que leurs pères et leurs mères venaient d'euxmêmes lui oflrir, et qu'ils caressaient au moment qu'on les immolait, afin que le sacrifice ne fût poiut troublé par des larmes? Et cependant qu'il y a loin encore de i'bomi* cide au parricide !
Quant aux Gaulois, c'étaient des hommes qu'ils sacrifiaient à Mercure. Je renvoie il vos théâtres les cruautés de la Tauride. Mais encore aujourd'hui , daus la ville la plus religieuse de l'univers, chez les descendants du pieux £néc, n*adore-t-on pas un Jupiter, que dans ses jeux mêmes on arrose de sang humain ? C'est du sang des criminels, diles^us ; en sont41s moins des hommes? M'est-il |>as encore plus honteux que ce soit le sang des méchants ?
SO T£RïULLl£!f.
Toujours du moins sont-ce là autant d'hbmicides. Ob î quel
Jupiter chrétien î oh ! il est bien le lils unique de son père pour la cruauté !
Màis, puisqu'il importe peu que l'on immole ses euiants pnr religion ou par caprice, qTioicjue le parricide soit UQ crime de plus, je m adresse maintenant au peu* pie. Combien parmi ceux qui m'entendent, d'hommes altérés du fiing chrétien ! Combien de magistrats si in« tègres pour tous, si rigoureux contre nous ! Combien, à oonsdence desquels j'en appellerai , tuent leurs euÊints aussif^ qii*ils sont nés ] Le genre de supplice, toiHi toute la différence. Far un raffinement de cruauté, vous les étouffez dans l'eau*, vous les exposez à la faim , au froid, aux aiiimaux imiiiondcs. Un âge plus avancé choisirait la mort du glaive. Pour nous, h qui l'iiuiiiicide a été interdit, il ne nous est pas permis de faire périr le fruit au sein de la mère, lorsque le sang n'est pas encore devenu un homme* C'est un homicide prématuré que d'empêcher la naissance. Et dans le fond, arracher l'ame déjà née, ou troubler sa naissance , n'est-ce pas la même chose? C'était un homme qui allait naître : tout le fruit était dana le germe. *
Pour en v^nir à ces repos de sang et de chair humaine, qui font frémir, vous pouvez lire dans Hérodote, si je ne me trompe, que certaines peuplades, après s'eire tiré du sang an bras, se le présentent mutuellement à boire, comme pour se oUer leur alliance par cet échange, il se passa quelque chose de semblable dans la conjuration de Catilina. Les Scythes, dit-on , mangent leurs parents après leur mort. Mais pourquoi chercher des exemples si loin ? ici même, pour être admis aux mystères de Bellone, il fmt avoir bu du sang qu'on tire de sa cuisse entr ouverte, et qu'on recueille dans la main. Et ceux qui , pour guérir tVpilepsie qui les travaille, sucent avec fine soif avide le sang encore bomllant des criminels qui viennent d'expirer dans Tarcne, où sont-ils ? Où sont-ils ceux qui mangenjt
TERTUUÏEN* ttl
défi aobi^ax tués dans Tamphithéàtre ? Ne ^ nottrri8seiit<» ils pas de la ehair de leurs semblables ? oar ce sanglier
s'est abreuvé du sang de la victime qu'il a déchirée -, ce cerf est tombé dans le sang du gladiateur ^ et dans le ventre des ours, on voit encore palpiter les membres des hommCvS qu ils ont dévorés. Vous vous engraissez d'une cbair engraissée de la chair de l'homme ! £o quoi donc ▼06 repas diffèrent-ils des prétendus repas des Chrétiens? £tcctiut qui) avec des. fantaisies dépravées, «e précipitent dans des plaisirs infômes qui révoltent la .nature et qui. fendit rougir, le crime» sont-ils moins criminels , moins homicides ?..... Rougisses d'imputer aux Chrétiens des crimes dont ils sont si éloignés, qu'ils ont même interdit sur leurs tables le sang des animaux, et que par cette l aison ils s'abstiennent des bêtes étoufTées et mortes d'ellesmêmes, pour ne se souiller d'aucun sang, même de celui que recèleraient leurs entrailles. Vous ne l'ignorez pas, puisque parmi vos moyens de corruption, vous présentez à la foi chrétienne des mets pleins de sang», Or, je vous le demande, pouyez-vous croire que ces hoomies acopu-lûmes à ne voir qu*avec horreur le ^sang des animaux , soient si '&rt altérés du sang de leurs semblables, à moins peutnâtre que vous n*ayea^ trouvé celui<<:i plus délicat ? Que ne joignez- vous donc le sang humain au feu et à Tencens pour éprouver les Chrétiens î Vous les reconuaiu ez et les enverrez au supplice, s'ils goûtent du sang, comme vous le faites, quand ils refusent de sacriBer. Et certainement vos tribunaux et vos arrêts ne vous laisseront jamais manquer de sang humain.
On nous acçuse d'inceste. Mais qui doit iltre plus incestueux que oêox qui ont reçu des leçons -de Jupiter même ? Gtésias écrit que les Perses abt)8ent.de leurs propres mères. Les Macédoniens ne sent pas exempts de soupçon, témoin cette indécente équivoque : Subju5|uee votre mère , lorsqu ils entendirent pour la preuiièrc fois l^ipe déplorant sur le théâtre sa malheureuse destinée*
22 X£liïULLl£N.
• Et parmi ¥Oiis, jouets éternèls d^nne passioii dëdordôniiée,
voyez combien les méprises sont propres à multiplier les incestes. Vous exposez vos enfants, vous les abandonnez a la compassion du premier étranger qui passe, ou vous les émancipez pour les faire adopter à de meilleurs pères. Insensiblement le souvenir d'une famille à laquelle on ne tieDt plus s'efface 9 et avec Terreur Tinceste se rëpand et se perpétoe. Comme cette honteuse passion tous tyTan<nise et vous suit partout , à la yiHè» dans les voyages, audelà des mers, il doit arriver que 1^ fruits déplorables de votre incontinence, semés en tous lieux ^ inconnus à vous-mêmes, s'allient ensemble ou avec leurs auteurs, sans le soupçonner.
Pour nous, la chasteté la plus sévère et la plus reli- ^euse nous prémunit coiUre ces malheurs ; le mariage nous f;arantit de toute impureté, de tout excès, et nous met à l'abri de T inceste. Je pourrais vous en citer qlii éloignent jusqu'à 1 ombre du péril , en portant au tombeau ime continence virginale, vieillards quoique encore en&nts par Tinnocenoe. Si vous aviez pris garde que c'est chez vous que se commettent ces désordres, vous aunes remarqué aussi que les (Ihréûens en sont innocents. Le même regard vous aurait montré Tun et l'autre. Mais, par un double aveuglement qui n'est que trop commun, vous ne vovez pas ce qui est, vous croyez voir ce qui n'est jx>iut. (^est ce que je vous ferai observer pour tout le reste. Venons à ce qui est public.
X. Vous n'adorez pas nos dieux, dites-vous, et vous n'offrez pas de sacrifices pour les empereurs. Sans doute, nous n'offirons de sacrifices pour personne , puisque nous n'en offlrdns pas pour nous-mêmes , depuis que nous n'adorons plus Vos'diràx. Voilà pourquoi nous sommes poursuive comme des sacrilèges et des coupidbles. Voilà le pcnnt capital de notre cause,' ou pluldt voilà notre cause tout entière. Elle mérite bien que vous rapprofondissiez. Nous demandons de n être point jugés |)ar la prévention
TEITUULIEN* 93
ou par rinjusticc : Tu^e dés^père d'arriver à la vérité, l'autre la repousse.
HauB &Yoos^ çessé d'adorer vos dieux depuis que nous avons reconnu leur néiM^t' Vous êtes donc ea droit d eû« ger de nous la dénxmslnitîoiii qu'ils ne sont pas des dieux^ et que par là méniie ils ne méritent aucun culte, pul^ qu'il fendrait les adorer s'ils étaient réellement dieux. Et les Chrétiens seraient justeinent punissables, si ceux qu'ils refusent d'adorer, persuadés de leur néant, étaient des dieux en eflFet.
Mais, dites-vous, ce sont nos d'ivux h nous. Nous appelons de vous-mêmes à votre conscience. Qu'elle nous juge, qu'elle nous condamne, si elle peut nier qi^ tou$ vos dieux ont été des hommes. Qu'elle ose le contester, elle sera confondue par les monuments antiques qui vous en ont transmis la connaissance et qui subsistent encôfc parmi nous , par les villes oàils sont nés, par les pays oh ils ont vécu , où ils ont laissé des traces de leur passage, où Ton montre même leurs tombeaux. Je ne passerai pas en revue l'un après I autre taat et de si puissants dieux , anciens, nouveaux, barbares, f^recs, romains, étrangers, captifs, adopliis, particuliers, communs, mâles, femelles^ de la ville, de la campagne , marins, guerriers^ 11 serait inutile d'examiner leurs titres. Je n'en dirai qu*un mot* moins pour vous les foire connaître que pour vous nq^kr ce que vo^;i me paraisses en effet avoir oublié*
Tous n^avex point de dieu avant Saturne* Be Saturne viennent vos dieux principaux et les plus connus* Ainsi, ce qui est certain du premier, il faudra l'avouer de touie sa postérité. Interrogeons-nous les historiens ? Ni Diodorc de Sicile, ni Cassius Sévérus, ni Thallus , ni Cornélius Népos, nî aucun autre écrivain de l'antiquité , ne parlent de âaturne que comme d'un homme. Si nous consultons les monuments publics, on ne peut en trouver de plus authentiques qu'^ Italie, où Saturne, après plusieurs expéditions et à SQD retour de l'Attique^ s'arrêta et fut reçu par
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Janus» ou Janès» comme le veulent les Saliens. Il donna son nom à la montagae où il s'était retiré, à la ville qu'il fonda ; (elle le conserve encore aujourd'hui à toute l'Italie enfin » qui perdit dès4ors le nom d*OEnotrie. Il fut le premier qui apporta Técriture à cette contrée, et marqua la monnaie à Tefligie du prince : de là vient qu'il préside au trésor public. Saturne ést donc un homme. S'il est homme, il est fils d*un homme, et non |)as du ciel et de la terre. Mais œmme son orif^ine était inconnue, il lut aisé (le lui attribuer pour parents ceux dont nous |X)uvons tous nous dire les enfants. Qui, en effet, par honneur et par respect pour le ciel et la terre, ne les appellerait pas volontiers du nom de père et de mère ? D'ailleurs» ks étrangers qui surviennent tout à coup, n'avons-nous pas coutume de dire qu'ils sont tombés du ciel ? I>e là pour ce Saiume manifesté publiquement le privilège d'unè origine céleste. Le vulgaire appelle aussi enfants de la terre ceux dont il ignore rorigine.
Je ne vous dirai pas qu'autrefois Ifes hommes étaient si grossiers, que 1 aspect d un pcrsonna(^e inconnu les frappait ainsi que Teiit fait la présence de quelque divinité, çt qu'aujourd'hui , tout instruits qu'ils sont, ils mettent au rang des dieux ceux dont la mort était , peu de jours auparavant» annoncée par un deuil public. Ce peu de mots sur Saturne suffira. Nous vous montrmn» aussi que Jupiter était bomme, issu d*un autre homme» et que tout cet essaim de dieux était mortel aussi bien que tonte leur race.
XI. Gomme vous nWez point osé nier qa*ils fiisaent hommes» vous avez adopté pour -système qu'ils ont été feits dieux après leur mort. Examinons pour quelles raisons. Il faut d'abord que vous admettiez Texistence d'un dieu sllpé^ic^^^ source unique de la divinité, qui de certains liomiiies ail lait des dieux \ car ceux-ci n'auraient pu se donner une divinité qu'ils n'avaient pas , et celui-là l'accorder à ceux qui ne Tavaient point» à moins d'en être en possession lui-même comme d'une proptiété. S'il n'exi»-
Diyuizeo by LiOJgle
T£aXULUËN. âô
tait personne pour les faire dieux, irainement vous sop» poseriez. quMIs aient pu le devenir, quand vous supprimes
le principe de leur divinisation. Assurément, s^ils avaient pu par eux-mêmes ^e faire dieux , ils n auraient jamais été hommes, puisqu'ils avaient la iaculté d\me condition meilleure. Eh bien ! s'il est un être qui fasse de^ dieux, je reviens à l'examen des raisons de cette transformation d'hommes en dieux. Je n^en vois pas d'autre que celle « ci : Ce grand dieu , dans Texeiciice' de ses fonctions di-vines, avait besoin de secours et de service. JMaisd'abûnl n'est-il pas indigne d'un Dieu d'avoir besoin du secours d'un -autre, et^surtput d'un qiort ? Si pareil besmn devait se faire sentir, pourquoi dè» le prinmpe ne pas créer un dieu qui pùt servir plus lard d'auxiliaire ? \\i je ne vois pas encore à quoi bon. Que ce monde a ait pas été fait; qui! n'ait pas eu de commencement, comme le veut Py thagore, ou qu'il ait été fait et qu'il soit né, comme l'enseigne Platon,, œ monde, dans l'un et l'autre sys* lènie, s'est trouvé arrangé, disposé, ordonné par la plus bante sagesse. Le principe qui conduit tout à la perfeotioD ne pouvait être ilnparCait. ])è»4ors qu'avait-il. ifae-» acMii de Saturne et de sa race? Qnede légèroté dans les iKMnmes qui ne croient pas que dès* le commencemenl'de toutes choses, la pluie soit tombée du ciel, que les astres aient resplendi , la lumière brillé , le tonnerre mugi ; que Jupiter lui-même ait redouté les foudres dont vous armez ses mains 5 que toutes sortes de fruits soient sortis du sein de la terre avant Bacchus, et Gérés et Minerve, et même avant ce preoMer homme père des autres I car rien de ce qui était nécessaire à l'homme pour le nourrir et leçon* server n'a pu être fait après lui. On dit des choses né* oessaires à la vie,,qu'elles ont été dépQUsrenespar rbomme, mais non créées. Or ce qui est déooUvert^iistait, ce qui existait s'attribue non h celui qui a découvert, mais à celui qui a créé. Une chose existe avant sa découverte. Mais si Bacchus est im dieu pour avoir fait connaître la
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vigne, OB est injuste eBTers Lucullus, qui le pràiiier jb tnmsportëdsiis l'Italie les eerisîers du Pont. On ne Ta pes
consacré Dieu comme auteur d^un iroit, pour Tavoir dé* couvert et montré. Si, dès le principe, chaque chose s'est trouvée munie et pourvue de tout ce qui était nécessaire aux fonctions qu'elle avait à remplir, à quoi hou chauger l'homme en dieu ? Le^ postes et les emplois que vous distribuez étaient dès IWigine tout ce qulis auraient été quand vous n'auries pas créé des dieux.
Ifaifr vous vous tournez d'un autre côté. Vous nous ré~ pondez qu'en conférant la divinité, on voulait récompenser le mérite \ vous nous accordez sans doute que ce dieu qui hat des dieux se distingue surtout par la justice , et qu'il ne dispense un si grand privilège ni au hasard, ni sans litre et outre mesure.
Je veux hien passer en revue les mérites, et examiner s'ils sont de nature à élever au ciel ou à précipiter dans le Tartare, que vous appelez quand cela vous plaît la prison des enfers, un lieu de supplice. Là sont précipités les im^ pies qui se sont armés contre les auteurs de leurs jours ; ceuxqui se sont rendus coupables d*inceste à l'égard d'une sœur, on d'adultère envers ime épouse j ceux qui ont ravi de jeunes vierges, eorrompude jeunes enfimts^ les hommes de sang , les meurtriers, letf videurs, les fourbes, en un mot, tous ceux qui ressemblent à quelques-uns de vos dieux; car il n'en est pas un que vous puissiez montrer exempt de reproche pu de vice, k moins de nier qu'il ait été homme. Mais outre que vous ne pourrez pas nier que ces dieux aient été des hommes, ils sont marqués à certains caractères qui prouvent qu'ils n ont pu devenir dieux avec le temps. Si c'est pour punir ceux qui leur rassemblent que vous sièges^ sur les tribunaux $ si tous tant que vous êtes d'hommes vertueux , vous fay es commerce, entrelien, relation avec les pervers et les infimes; si le grand dieu s'est associé de pareils hommes pour leur communiquer sa ^vinité, pourquoi condamnez-vous ceux dont voUs adorez
TERfULLlEN. 27
lesoùllègues? Votre justice est une dérism ducieL^iites donc Tapothéose des plus grands fifjeélérats pour flatter m dieux : c'est les honorer que de dhrmiser leurs sem-* blables.
Biais, silence sur ces infamies! Vos dieux ont cic des hommes vertueux , bienfaisants et irréprochables, je vous raccorde. Cependant combien n avezr-vous pas laissé dans les enfers de persosuiages qui valaient mieui encore : un Socn^ par sa sagesse, m Aristide par sa jnstke^iui Thémisfocle par sa iraleiiri un Alexandre par sa fortune et sa gnndeor d'ame, m Polycrate par sod faonhenr) an Grésus par ses ridiesses, un Démosttiène par son ék)qnenoe? Nommez-niei un de vos dieux plus sage et plus grave que Caton, plus juste et plus brave que Scipion, plus grand que Pompée, plus heureux que Sylla, plus opulent que Crassus , plus éloquent que Cicéron ! Il était bien plus digne de ce dieu suprême qui connaissait d'avance les plus vertueux , d attendre de pareils dieux pour se les as^soder. Ses choix ont été prématurés, à mon avis \ il a trop tdt fermé le ciel , et il rougît maintenant des murmures que ces anws héroïques élèvent au foild des enfers»
Xn. le ne m'étends pas davantage sur cet article. Tous montrer diaprés révidence même ce que sont vos dieux, c*est vous pronver ce qu'ils ne sont pas. Au sujet de vos dieux, je ne retrouve que des noms d'anciens morts, je n'entends que des fables ; je ne reconnais que ces fables au fond des mystères 5 et dcins leurs simulaeres, je ne vois qu'une matière sœur de notre vaisselle et de nos meubles les plus communs. C'est même de ces meubles que vous les forgez (telle est la puissance de la consécra^ lion) après que l'art en a duin^ la destinée et la ferme, ' non sans l'outrage le plus sftngbmt et le plus odieux : sacrîl^ dans le travail même de la métamorphose. Pour nous» nous nous conscdons' de nos tortures» en voyant vos dieux souffrir, pour devenir dieux, tout ce qu'on nous &it éprouver à cau^e d'eux. Vous attachez icd Chrétiens à des
S« TERTULLIÈN.
ctûix) k des poteaux. N'y attadieas^yous pas vos dieiii Ion» que vom formez leur ébauche d^argile ? N'est-cè pas sut un gibet que le corps de votre dieu reçoit ses premim traits ? Vous déchirez les flancs des Chrétiens, avec des
ongles de fcr^ mais les scies, mais les rabots, mais les limes s'exercent plus violemment encore sur tous les membres de vos dieux ? Oii tranche la tctc aux Chrétiens ! Vos dieux, sans le secours des agraOVs, du plomb et des clous, seraient sans tète ! Un nous jette aux animaux, féroces^: vous y expqscz Cybèle, BacchoSt Gérés. On nous livre au feu s vous jetez aussi vos dieux dans les flammes dès le.premier essai qui leur donne une forme ! Ou nous condamne aux mines : c'est de là que .Fon arrache vos dieux.. On nous ré^ lè§ue dans les îles : et c*est là que ces dieux naissent ou meurent. Si tels sont les éléments de la divinité , vous déifiez donc ceux que vous punissez : les supplices sont des apuiliéoses. Ce qu'il y a de certain, c*est que vos dieux ne sentent pas plus les insultes et les outrages quand on les fabrique, que les honneurs après qu'ils sont fabriqués.
O impiété ! ô sacrilège 1 vous écriez - vous ! — Frémissez» écumez de colère tant qu'il vous plaira. -IN 'est-ce pas vous cependant qui battiez des mains aux paroles de< Sénèque, lorsqu'il s'élevait avec encore plus de véhémence et d*amertume contre vos superstitions? Si nous refusons d'adorer des statues» des images froides et inanimées , qui resseaohlent aux morts qu'elles représentât» ce que com*» prennent si bien les milans^ les rats, les araif^nées, est-ce que notre courage à repousser une erreur si mauileste ne mérite pas pluiiU des louanges que des châtiments? Et pouvons-iions pcîsser pour outrager vos dieux, quand nous sommes certains qu ils n'existent pas ? Ce qui n'est pas ne souffre de la part de personne» puisqu'il n'est pas.* - XI 11.-^ Quoi qu'il en soit, dite»>vous» nous, les tenons pon£ dieux.— -Mais si vous les tenez- pourdieux» pourquoi cette impiété, pourquoi ce sacrilège, pourqucâ^ cette irrévé* renoe dans lesquels on yotas surprend tous les jours ? Vous
.ISaTUUlEN. iO
êtes persuadés que ce sont des dieux, et vous les négligez î Vous les redoutez , et vous les mettez en pièces I Vous vous ajnstituez leur vengeur, et vous les insulter ! Dites» sui&-j« uu imposteur ?
Preînièrement, corome chacun parmi vous portç- ses hommages où il loi plaît , ceux vous n adorez point , irons lesoffensez* La préférence pour les uns est un auront pour les autres : on ne choisit qa*en èxcluant ; vous rejetez donc ceux que Tous n'adoptèz pas; vous méprisez Geax que irons répudiez , 'et tous ne craignez pas leni* ressentiment 1 Ainsi que nous Tavons énoncé plus haut, c'est le décret du sénat qui a fixé le s ort de chacun de ces dieux. Celui dont l'homme n'a point voulu, que 1 homme a réprouvé par son suffrafîfe, n'a pu être dieu. Ces dieux domestiqnes que vous appelés lares, vous les traitez en effet comme des domestiques, Tious les vendez, vous les engagez , voas les changez ; hier corbeille ponr Saturne, aujourd'hui vase pour Minerve, Us pnennent d*tiutrea formes à mesure qu'ils vieillissent et q[U*ih s'usent par les hommages mêmes qu'ils reçoivent ; à mesure quHb éprouvent l'impression d'un dieu plus puissant qu'eux , la nécessité. Pour les dieux publics, vous les insultez avec l'autorité du droit public 5 ils sont soumis aux impats, mis à l'enchère; ils sont an Capitoleou au marché : pour eux, même voix du crieur public, même mode de vente, même registre. Des terres chargées d'impôts perdent de leur prix; les hommes soumis à la capitation sont avilis , là se trouvent des marques de servitude. Pour vos dieux, plus ils paient d'impôts, plus ils sont honoréB ; disons mieux : plus ils sont honorés , plus ils paient d'impôts. On ti«6que xle la divinité. La religion va mendiant par les cabarets : tant pour le droit d'entrer dans les temples, tant pour la place qu'on y occupe 5 sans argent, point de connaissance de la.divi- . nité; on ne l'aborde qu'à prix d'or.
Quels honneurs rendez- vous à vos dieux que vous ne renÂez aussi aux morts? M'élevez-vous pas des autds et
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des temples aux uns comme aux autres ? mêmes statues, mêmes insignes. Le dieu n'est-il pas ce qu'était ce mort, ne couscrve-t-îl pas le même âge, le même ciat, la même profession ? Eu quoi les repas des morts diffèrent-ils des repas en Thonneur de Jupiter ? le Tase des fiacriGces^ de i*urne fuDéraîre? Tenibnumeur des cadavres, de Taros^ pke? Un aruspîce préside aussi aux oerémoaies fuoèbres. C'est arec raison que vous rendes à vos èmpereurs morts les honneurs divins qu'ils recevaient de vous pendant leur vie. Vos dieux vous sauront gré, que dis-je? ils se féliciteront d'avoir leurs maîtres pour collègues. Mais quand voîis placez entre les Junon, lesCérès, les Diane, une prostituée telle que LarLiitia ; (encore si c elait Lars ou Phrynê ! ) quand vous eri.;^ez une statue à Simon le Magicien, avec cette inscription ; Au dieu saint! quand vous placez parmi les dieux je ne sais quel infâme Êivoriy qnok- ^ que^ à vrai dire, vos anciennes divinités ne valent pas mieux, cependant elles regardent comme un outrage de votre part que vons acoordies à d'autres un droit dont eOcs seules étaient en possession depuiS'tant de siècles.
XIY. Tenons à vos rites religieux. Je ne perle pas de vos sacrifices où vous n'offrez que des victimes mortes, infectes, rongées par les ulcères. S'en rencootre-t-il de meilleures, d iuiactes ? vous avez grand soin de n'en donner que les extrémités, tout ce qui n'est bon à rien , et qu'à la maison vous auriez jeté à vos esclaves ou à vos chiens. De la dîme que vous devez à Hercule, il n'en pa- Mtf pas le tiers sor ses «iildâr Sage économie ! je dob la louer; elle sauve du maim vne partie de ce qui sans elle serait entièremenl; pttda.
Mais si je détourne les yeux sur les ouvrages où vous puises des leçons de sagesse et de morale, que je trouve de fables ridicules ! Vos dieux, partagés eniic les Grecs et les Troyens, combattent les uns eouire les autres, comme des couples de gladiateurs. Vénus est blessée d'une flèche lancée par une maiu iuorieilej Mars est dévoré d'ennui
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pendant treise mois dans les fers^ Jupiter, enchaîné par la troupe des dieux, ne doit sa liberté qu'à un mônstre; tantôt il pleure la mort de son fils Sarpédonj taoïut, brûlé d'un amour incestueux nour sa sœur, il lui nomme toutes ses maitresses, qui lui sont bien moins chères, 8*11 ÊEmt Vjen croire*
D apr^ Texemple de leur prince, quels poètes* craignent de dë^norer les dieux ? L'un envoie Apolkm garder les troupeaux d'Adroèie; Vautre fait de Neptuiié un maçon, et bue ses services à Laomédon de Troie. Un fameux lyrique, Piodare, chante qn^Esculape fut frappé de la foudre pour avoir exercé la médecine avec une avarice criminelle. Quelle iudi^î^niié de la part de Jupiter, si la foudre est pariie de sa main ! Le voilà convaincu d'inhumanité envers son petit-fîîs, de jalousie envers le talent. Convient-il à des hommes religieux de le dire, si cela est vrai ; ou de rinventer» si cela est faux? Les poètes comiques et tragiques ne ménagent pas plus vos dieux ; ils se plaisent à choisir pour sujets leurs malheurs et leurs égarements.
le ne dis riéir des philosophes : je me contente de citer Socrate, qui, pour se moquer 'dés dieux, jurait par un chêne, par un bouc, par un chien. Aussi, répondez-vous, Socrate fut-il condamné comme athée. La vérité fut toujours en butte à la haine. Mais le repentir des Athéniens qni punirent les accusateurs de S(x:rate, qui lui dressèrCint une statue d'or dans un temple après avoir cassé leur premier jugement, la y je pense, sulBsamment justifié. Diogène ne s'est-il pas permis je ne s^ quelles railleries envers Hercule ? Et le cynique romain « Yarron f n'a-t-il pas iihaginé trob cents Jupiter sans têtes?
XY. Les auteurs de vos farces ne vous divertissent qu'en couvrant d'opprobres vos dieux. Yoyez les bouffonneries des Lentulus et des Uostilius. Dans ces mimes, dansées plaisanteries, croyez-vous rire des histrions ou des dieux, quand vous mettez sur la .scène un Amibis adultère^ la Lune hornme , Diane battue de verges , le Testament de feu Jupiter, les trois Hercules faméliquasPHe représentert-on
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pas au naturel toale la turpitude de iros divinités ? Le Soleil pleure son fils, précipité du ciel^ vous riez de ses larmes! Cybèle soupire pour un ber^r dédaigneux ^ vous n*en rougissez pas! On chante les histoires scandaleiises de Jupiter ; Pârîs juge Minerve , Junon et Vénus , et vous lesouCfrez! Que dirai-je? c'est le plus iuiame des hommes qui revét ie personnage de votre Dieu ^ c'est un iiupudique dresse à ce rôle par une longue corruption, qui représentera un Hercule, une Minei*ve! N'est-ce pas là insulter, avilir la majesté des dieux jusqu'au milieu de vos applau* disseœentsP * f
Êtes-vous plus religieux dans ram{^ithéàtre, où vos dieux vieÉnent danser sur dii sang humain , sur les traces .dégoûtantes d'horribles supplices, et fournir aux criminels le sujet des scènes qu'ils donnent au public? Souvent même ces malheureux subissent le sort des dieux. Nous avons vu le misérable qui jouait Atys , ce dieu de Pessinunte , mutilé sur le théâtre-, Tacteur qui représentait Ikicule expirer dans les flammes. Nous avons vu, non siuis hilariié, dans les jeux barbares des peuples du midi, Mercure touchant les morts de sa baguette brûlante, et le frère de Jupiter précipiter dans le Tartare, h coups de iaoarteau, les corps des gladiateurs. Si tout cela, et tout ce qu'on pourrait ajouter, déshpnore vos dieux et abaisse leur majesté, de pareilles licences décèlent par conséquent un souverain mépris pour leurs personnes, et dans les acteurs qui jouent, et dans les spectateurs qui applaudissent.
Mais, dites-vous, ce ne sont là que des jeux. Si j'ajoute donc, ce que la conscience publique avouera, que c'est dans vas temples, que c'est au pied des autels que se négocient les adultères et les plus infâmes commerces; que c'est d ordinaire chez les prêtres et les ministres des dieux, sous les bandelettes sous la pourpre et les ornements sacrés, tandis que Fencens fume encore, que la passion s'assouvit, je ne sais si vos dieux n'auront pas plus à se plaindre dte vous que des Chrétiens. Bu rocips , tous les sa-
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cril%es sont parmi tous ; les Chrétiens n^entrent pas niéme
de jour dans vos temples. Mais peut-être que s'ils adoraient de pareilles divinités, ils les dépouilleraient comine
^ous.
Ou'adorént-ilsdonc, ceux qui ne les adorent pas? Il esta présumer qu'ils sont des adorateurs du vrai Dieu, puisqu'ils n'adorent pas des dieux oiensoQgers; qu'ils ne' donnent plus dans Verreur, puisqu'après TaToir reconnue ils l'ont abjurée. Admettez daliord ce point :. je vous expliquerai bientôt l*ensemble de nos mystères ; mais il faut auparavant eflbcer les fausses impressions que vous en avec prises.
XVI. Quelques-uns de vous ont rêvé que notre Dieu était une téte d'âne. Tacite est l'auteur de cette ridicule invention. Dans le cinquième livre, do son histoire, où il parle de la f^ucrre des Juifs, ii remonte à Toriginc de ce peuple. Après avoir dit sur leur origine , sur leur nom et leur religion tout ce qu'il lui plaît d'imaginer, il raconte que les Juifs, libres du joug de TÉgypte, ou, comme i^ le pense , chassés cle ce pays, et traversant les vastes et arides déserts de TArabie, étaient pi&de mourir de soif lorsqu'ils aperçurent des ânes sauvages. qui allaient boire, et qui leur découvrirent une source. Il ajoute que , par reconnais*sancc , ils consacrèrent une statue représentant un âne. De là on a conclu, j'imagine, que lés Chrétiens, rapprochés par leur reli'poii du culte judaïque, adoraient la même idole. Cependant ce même historien, si fertile en mensongesy rapporte dans la même histoire que Pompée, après s'être rendu maître de Jérusalem , entra dans le temple pour y surprendre ce qu'il y avait de plus secret dans la religion des Juiis, et qu'il n'y trouva* aucun simulacre. Assurément, si celùi-^i eût été un objet d'adoration pour les Juifs, ilsFeussent placé'dansle sanctuaire plutôt que partout ailleurs, puisqu'ils n'auraient point eu à redouter les regards des étrangers dans ce culte, vain et superstitieux. Il n'était permis qu'aux prêtres d'entrer dans le sanctuaire; le voile qui le séparait du reste du temple en dérobait la