I. Vie de saint Chrysostome avant son sacerdoce
Le plus grand orateur de l'Eglise grecque, l'apôtre et le martyr de la morale chrétienne au ive siècle, saint Chrysostome, sort du même milieu que les Diodore de Tarse et les Théodore de Mopsueste. Dans l'héroïsme de l'évoque et le génie du docteur, l'école d'Antioche salue sa plus pure comme sa plus éclatante gloire.
Jean, surnommé Chrysostome ou Bouche-cTor, naquit l'an 314, peut-être seulement Tan 347, dans la ville d'Antioche. Fils d'un général de l'empire d'Orient, Chrysostome vit reluire sur son berceau les honneurs et la ri-
chesse (1). Mais, de très bonne heure, l'enfant perdit Secundus, son père(2), et ce fut sa pieuse mère Anthusa qui l'éleva dans la foi chrétienne. Il n'en suivit pas moins, pourachever son éducation, les leçons du philosophe Andragathius et, plus encore, celles du sophiste Libanius, l'illustre défenseur du paganisme expirant. Le sophiste païen ne se consolera pas de n'avoir pu laisser à ce brillant disciple sa chaire d'éloquence.
Sur les bancs des écoles, Chrysostome s'était lié avec un certain Basile d'une indissoluble amitié. «Nous nous adonnions, écrira-t-il (3), aux mêmes sciences et nous avions les mêmes maîtres. Nos deux âmes n'en faisaient qu'une ; nos études nous inspiraient à l'un comme à l'autre le même culte passionné ; nos enthousiasmes nous étaient communs et procédaient des mêmes principes. Car le parfait accord de nos pensées et de nos sentiments survécut aux premières années de la jeunesse ; il s'était cimenté, loin de se rompre, quand, au sortir des écoles, l'heure fut venue de songer sérieusement au choix d'une carrière».
Chrysostome avait passé de l'école au barreau où ses débuts promettaient un maître. Mais il s'en lassa vite et, gagné par l'exemple de Basile, sa résolution fut prise de dire adieu au théâtre comme au forum, et de se vouer, dans le silence de la retraite, à la prière et à l'étude de l'Ecriture. Le patriarche d'Antioche Mélétius l'initia plus à fond aux dogmes chrétiens et, vers l'an 369, lui conféra le baptême, que l'usage d'alors repoussait à un âge plus avancé. Diodore, le futur évêque de Tarse, et Cartérius comptèrent aussi le néophyte parmi leurs élèves. Chrysostome avait formé le projet de quitter la maison paternelle et de s'enfuir avec Basile dans la solitude ; vaincu Parles larmes de sa mère, qui le conjurait de ne pas la
*• Cf. le traité Du sacerdoce, n, 8 : P. G., ilviii, 639.
2* Cf. Ibid., i, 5 : xlviii, 624 ; Cf. aussi Ad viduam jun., ch. n : xlviii,601.
3» Du sacerdoce, i, 1 : xlviii, 623.
rendre veuve une seconde fois (i), il n'eût pas le courage de s'éloigner d'elle, et c'est à son propre foyer qu'il s'essaya, sous l'œil de Dieu, aux rigueurs et aux vertus du cloître.
Vers 373, la sainteté des deux amis engagea plusieurs Eglises à les demander pour évoques. Basile ne se résigna, pour sa part, à l'épiscopat qu'après avoir obtenu de Chrysostome — il le croyait du moins — la promesse de partager son sacrifice (2). Mais Ghrysostome, dans son humble défiance de lui-même, crut pouvoir se dérobera l'épiscopat par la fuite. La déception de son ami fut amère. C'est pour se disculper que Chrysostome écrivit, en six livres, son admirable traité Du sacerdoce (3).
Cette âme ardente, éprise de la perfection chrétienne, ne cessait de soupirer après le désert. La mort lui eut à peine enlevé sa mère, qu'il se retira quatre années durant dans les solitudes voisines d'Antioche, sous la conduite d'un vieux moine : puis, il passa deux autres années, seul, dans une caverne, vaquant aux exercices de la vie ascétique et s'enfonçant toujours plus avant dans le livre des livres (4). Mai3 le jeune ermite, dont cette vie de privations et de pénitences avait détruit la santé, dut enfin revenir à la ville, et continua d'y languir quelque temps, n'ayant pas même la force de sortir de sa maison.
II. L'apostolat de saint Chrysostome à Antioche. — En 381, Ghrysostome reçut le diaconat par les mains de Mélèce; au commencement de l'an 386, Flavien, successeur de Mélétius, l'ordonna prêtre, et lui commit avec joie l'instruction du peuple dans la cathédrale d'Antioche.
i. V. cette scène touchante et fameuse dans le traité Du sacardoce, i, 4-6.
2. On l'identifie d'ordinaire avec l'évoque Basile de Raphanée, qui siégea en 381 au concile de Constantinople et signa, parmi les évêques de la Syrie, au dessous de tous les Pères. V. Mahsi, SS. Conc. Coll., m, 568.