SYNÉSIUS DE CYRÈNE 21 S
§ 58. — Synésius de Cyrène.
I. Vie de Synésius. — En même temps que la gloire de Chrysostome rejaillissait sur l'école cTAntioche, Tune des branches de l'école syncrétiste recrutait Synésius. Grecs l'un et l'autre, Chrysostome et Synésius, le moine enthousiaste et le philosophe épris de l'étude et du bonheur domestique, l'apôtre et le bel esprit, qui ne laisse pourtant pas d'être à ses heures un poète, le Père de l'Eglise et le patriote ardent, sont comme séparés par un abîme.
Synésius était originaire de Cyrène, dans la Pentapole d'Egypte ; c'est là qu'il naquit, entre l'an 370 et l'an 375, d'une famille riche et illustre, qui se rattachait, croyaiton, aux colons doriens transplantés sous le ciel de la Cyrénaïque. Il alla dans Alexandrie écouter les leçons de la célèbre Hypatie, qui, belle, docte, éloquente, l'initia aux théories et aux rêves du mysticisme néoplatonicien. En 397, les concitoyens de Synésius, opprimés et appauvris, le députèrent, malgré sa jeunesse, à la cour d'Arcadius. Cette mission qui se prolongea trois ans, obtint peu de soulagement pour les malheureuses villes de la Cyrénaïque.
De retour dans sa patrie, en Tan 400, Synésius y vécut sur les domaines de ses pères, souvent occupé de fêtes et de plaisirs, et mêlant au goût des lettres, à l'étude de la science, la passion de la chasse, qu'il célébrait en des vers admirés. Une excursion aux écoles d'Athènes trompa son attente. Les années 402-404 le virent plusieurs fois revenir à Alexandrie ; dans un de ses voyages, il s'y maria. En 409, le clergé et le peuple de Ptolémaïs, métropole de la
Cyrénaïque, le demandèrent pour évêque. Etail-il déjà chrétien, ou encore catéchumène? On ne sait trop. Mais, au milieu d'un pays sans cesse menacé des incursions et des pillages des barbares du désert, Synésius, ce patricien de vieille race, cet homme d'État d'une capacité rare, qui avait déjà fait brillamment ses preuves, attirait l'attention et inspirait la confiance. Synésius, toutefois, se défendait, alléguant son mariage et quelques idées philosophiques, peu d'accord avec la théologie chrétienne : préexistence de l'âme, éternité du monde, conception allégorique du dogme de la résurrection des corps. On eut égard à tous ses scrupules; on lui permit de garder sa femme et ses opinions, et sous cette double promesse, il reçut la consécration épiscopale des mains du patriarche d'Alexandrie, Théophile, l'implacable adversaire de Chrysostome (1).
Pensées et sentiments, Synésius ne fut jamais, ce semble, imprégné d'une foi vraiment chrétienne. La différence essentielle qui sépare, en dépit des analogies, le christianisme et la philosophiB de Platon, lui a totalement échappé. Chrétien de cœur, il est resté platonicien d'esprit. Evêque en de tristes jours, il n'a pas laissé, par sa vaillance et son dévouement, de bien servir la cause du droit et de la paix. Mais il ne put par malheur la servir longtemps ; passé Tan 413, il n'y a plus trace de ses lettres ni de lui. Tout se tait à la fois, et cette bouche éloquente et l'histoire de la Pentapole libyenne. G est toujours l'œuvre littéraire de Synésius à la main que le voyageur visite le labyrinthe de ces monuments grandioses de la Cyrénaïque qui, de nos jours encore, jettent dans la stupeur.
II. Ouvrages de Synésius. — L'évolution morale de cette curieuse figure, aussi bien que son activité littéraire, se partage, comme Ta remarqué notamment M. Kraus, eu trois périodes.