‹ Les pères de l'église; (volume 2)Chapitre 201 sur 374 · ir · texte numérisé non relu

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verse a elle-même un but éminemment pratique, puisqu'elle porte sur le besoin d'un secours divin pour proportionner l'activité humaine à la fin dernière. C'est donc surtout ce qu'on peut appeler Y Anthropologie de l'Eglise* comme antithèse du pélagianîsme et du semi-pélagianisme, qui trouve dans la théologie latine de ce temps son développement et sa perfection.

L'Occident étudia aussi avec zèle et avec fruit, à l'occasion du schisme novatien et du schisme donatiste, les questions relatives à l'Eglise.

II. Ecoles et tendances théologiques. — Le champion de la foi de l'Eglise que nous venons de nommer, Hilaire, sans préjudice de ce qu'il a de vraiment personnel et original, puise aux sources grecques. On peut dire que ses écrits sont le propre canal par où les résultats obtenus par la théologie de l'Eglise d'Orient arrivèrent à l'Occident. De même, un demi-siècle plus tard, saint Jérôme et Rufin servirent plus ou moins de trait-d'union entre la théologie grecque et la latine. Pour l'étendue des connaissances, saint Jérôme apparaît unique entre tous les Pères. Gomme son ami, plus tard son ennemi, Rufin, il cultiva surtout le terrain biblique et historique, tandis que la force de saint Hilaire est dans la spéculation dogmatique. Ces trois auteurs, à la suite desquels on peut encore ranger Marius Mercator et Jean Cassien, ont été appelés, non sans raison, les Hellénistes de l'Occident.

Une tendance proprement occidentale, indépendante de l'Orient, eut pour principaux guides saint Ambroise, saint Augustin et saint Léon-le-Grand. Gomme caractère de cette tendance, il est bien remarquable que saint Ambroise, se rattachant à Cicéron, expose le premier la morale chrétienne dans son ensemble et à part du dogme. Dans l'exégèse toutefois, Ambroise lui-même, loin de dédaigner les modèles grecs, remonta, par delà Origène et saint Hippolyte, jusqu'au juif Philon ; pour le dogme, cet

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« empereur des évêques de l'Occident » semble avoir choisi comme son vrai maître un évêque d'Orient avec lequel il a de grandes affinités de caractère et de conduite, saint Basile le Grand. Par l'Africain saint Augustin, le sceptre de la théologie, même sur le terrain spéculatif, passe de l'Orient à l'Occident. Le pélagianisme et le semipélagianisme plaçaient Augustin en face de questions entièrement nouvelles, au milieu desquelles ce génie, d'une clairvoyance et d^une profondeur que nul autre n'a égalées, se frayait à lui-même ses voies. Presque à toutes les branches de la science ecclésiastique, avec une puissance créatrice incomparable, il a soufflé une nouvelle vie et assigné des buts nouveaux. Saint Léon Ier n'est pas moins le Grand comme docteur de l'Eglise que comme pape; il déploie la même supériorité, soit qu'il gouverne et dirige les affaires politico-ecclésiastiques, soit qu'il intervienne avec une autorité décisive dans la controverse eutychienne ou monophysite.

Au commencement du v* siècle, on vit naître, dans les couvents récemment fondés des îles de Lérins et des environs de Marseille, une nouvelle école théologique, ayant pour trait caractéristique l'opposition aux doctrines augustiniennes sur la grâce, ce qu'on appela plus tard le semi-pélagianisme. Ses théologiens les plus remarquables forent Jean Gassien et saint Vincent de Lérins.

III. Littérature thélogique. Apologétique. — Grâce à la situation nouvelle de l'Eglise, l'apologétique devait naturellement passer de la défensive à l'offensive ; ce changement d'attitude se constate dans l'Occident latin comme dans l'Orient grec (1). Firmicus Maternus attaque les mystères du paganisme. Ambroise et Prudence ont raison des dernières convulsions politico-religieusesdu paganisme mourant, des prétentions du parti vieux-romain dans le

i. Cf. Supra, § 42, iv.

Sénat et de son chef Symmaque. Augustin et Orose repoussent au nom du christianisme la responsabilité des malheurs publics, des guerres incessantes, de l'écroulement de l'Empire, griefs qui fournissent à l'évêque d'Hippone l'occasion de sa grandiose création De Civitate Dei, ce premier essai d'une philosophie de l'histoire. Dans la lutte contre le manichéisme, nous trouvons aussi au premier rang saint Augustin, désigné ici pour un rôle tout particulier, par cela seul qu'il a lui-même, durant dix ans (374-383), professé les doctrines de Manès. Une secte, pour le moins, proche parente du Manichéisme, le Priscillianisme, né en Espagne, est surtout combattu par des écrivains espagnols, notamment par Prudence (?), et, à la demande de l'Espagnol Orose, par saint Augustin.

Polémique et Dogmatique. — En Occident, la réfutation de rArianisme, la défense de la doctrine de 1* Eglise sur la Trinité, échoit surtout, comme on l'a déjà dit, à saint Hilaire de Poitiers, et secondairement à Lucifer de Gagliari, à Phébade d'Agen, à saint Ambroise et à saint Augustin. Jean Cassien et Marius Mercator combattent le nestorianisme et saint Léon-le-Grand, le monophysisme. Contre l'erreur toujours vivace de Novatien, Pacien de Barcelone et saint Ambroise défendent la puissance des clefs confiée à l'Eglise. En face du grand et dangereux schisme des Donatistes en Afrique, saint Optât de Milève et saint Augustin mettent en lumière l'essence de l'Eglise de Jésus-Christ et l'efficacité objective des sacrements. Le plus important problème de la controverse théologique en Occident, en même temps que le plus épineux, se rattache au nom du moine breton Pelage ; à rencontre de son naturalisme, saint Augustin s'affirme comme le docteur de la grâce pour tous les temps ; Jérôme, Orose, Marius Mercator, combattent à ses côtés. Les plus habiles défenseurs des doctrines augustiniennes contre les attaques du semi-pélagianisme, sont Prosper

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d'Aquitaine et Fauteur inconnu de l'écrit De vocatione omnium gentium. En Occident, plus encore qu'en Orient, les essais théoriques sont extrêmement rares. Saint Augustin écrit un compendium de dogmatique ecclésiastique, saint Vincent de Lérins, une exposition précise de la règle de la foi catholique ou du principe de Tradition. Théologie biblique. — Sur ce terrain, saint Jérôme occupe une place unique. De la foule des théologiens de l'Occident, seul il sait l'hébreu et il le possède à fond. Il dote l'Eglise latine d'une version de l'Ecriture sainte qui mérite sans conteste la palme entre toutes les versions de l'antiquité. L'introduction et l'archéologie bibliques lui doivent également beaucoup. Par contre, les nombreux commentaires du saint sur les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament restent au-dessous de ce qu'on eût été en droit d'attendre de lui ; la plupart trahissent la hâte excessive de la composition et en nombre d'endroits pèchent ouvertement contre les vrais principes de l'herméneutique. Avec Jérôme, l'Exégèse sacrée vante encore Hilaire de Poitiers, Ambroise, Augustin. Tous cultivent de préférence l'interprétation allégorique. Mais si les exégètes latins ont cela de commun avec leurs contemporains de la Grèce, ils n'en conservent pas moins leur caractère distinctif, particulièrement visible chez Ambroise, la prédominance du point de vue parénétique sur le dogmatique. Saint Augustin fournit aussi dans le De consensu evang élis t arum, une très remarquable contribution à la critique évangélique. La géographie biblique doit d'utiles renseignements à l'auteur de Y Itinéraire de Bordeaux à Jérusalem et à la pieuse femme qui écrivit son Pèlerinage aux lieux saints. Le donatiste Tichonius et saint Eucher de Lyon ont traité des principes d'interprétation du langage figuré dans l'Ecriture. Saint Augustin expose tout au long la théorie de l'herméneutique biblique dans la première partie du De doctrina Chrisliana.

Théologie historique. — Les Latins ont beaucoup moins fait que les Grecs pour l'histoire générale de l'Eglise. Saint Jérôme traduisit la seconde partie de la Chronique d'Eusèbe et y ajouta une suite. Rufin fit un travail semblable sur Y Histoire ecclésiastique du même auteur. La Chronique de saint Jérôme fut continuée par Prosper d'Aquitaine. Sulpice Sévère écrivit une histoire très admirée, allant de la création à l'an 400 après Jésus-Christ. L'essai de l'Espagnol Orose, qui va un peu plus loin, a moins de valeur. Philastrius et saint Augustin s'occupèrent de l'histoire des hérésies. Saint Jérôme donna la première histoire de la littérature chrétienne. On a des mono-biographies, écrites surtout en vue de l'édification, par saint Jérôme, Sulpice Sévère, Rufin, Paulin de Milan.

Théologie pratique. — La littérature morale et ascétique est particulièrement riche ; elle doit ses meilleurs traités à saint Ambroise, à saint Jérôme, à saint Augustin. Ambroise destine surtout au clergé son manuel de morale chrétienne déjà mentionné. Nous avons de Jean Gassien deux manuels ascétiques à l'usage des moines. Saint Augustin écrit les premiers traités de Catéchèse, De Catechizandis rudibus , et d'Homilétique, De doctrina christiana, livre IVe. Il joint l'exemple au précepte, et si l'éloquence sacrée a plus d'élan et d'éclat avec saint Ambroise, jamais elle n'atteint une plus grande richesse de pensées ni une logique plus serrée qu'avec Tévêque d'Hippone. Après Ambroise et Augustin, la chaire chrétienne nomme avec honneur saint Léon-le-Grand, saint Pierre Ghrysologue, saint Maxime de Turin.

IV. Littérature théologique (suite). Poésie. — Bien plus que les Grecs, plus même que les Syriens, les Latins cultivent avec goût et avec fruit la poésie chrétienne. Nous avons des poésies didactiques, à la façon de Gommodien, ce premier poète latin chrétien, œuvres de Prudence, de saint Paulin de Noie, de saint Augustin, de

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saint Prosper d'Aquitaine, d'Orientius, etc. L'Histoire Ut* téraire a depuis longtemps décerné la palme à Prudence.

Plus nombreux encore sont les poètes qui s'essayent dans le genre épique. Proba veut mettre en centons virgiliens toute l'histoire biblique ; l'histoire de l'Ancien Testament fournit des sujets au Gaulois Cyprien, à Glaudius Marius Victor, aux poètes anonymes de Sodome, de Jonasr du Martyre des Macchabées, etc.; Juvencus, Sédulius et bien d'autres chantent la vie du Sauveur. Le pape Damase, Prudence, saint Paulin de Noie, composent en vers épiques les panégyriques du Sauveur, des martyrs et d'autres saints. Cette poésie épique chrétienne est basée sur l'épopée de l'ancienne Rome, dont elle conserve toute la technique ; il n'y a de nouveau que la matière de ces chants et la note personnelle de chaque auteur.

11 en est tout autrement de la poésie lyrique» qui prend alors un vif essor dans l'Occident chrétien, mais qui constitue plutôt, sous le nom d'hymne, un genre poétique nouveau. Ces hymnes, qui se distinguent par l'élan et l'élévation comme par la pureté et la délicatesse du sentiment, jaillissent de l'âme d'un Hilairede Poitiers, d'un Ambroise, d'un Prudence, d'un Sédulius. Bien que continuant au début à revêter des formes antiques, ces hymmes sont essentiellement un fruit du christianisme ; le sol du paganisme eût été incapable de le produire, les conditions nécessaires lui faisant défaut, surtout la pureté et la certitude de la conscience religieuse.

A cette époque, du reste, chez les Latins comme chez les Grecs (1), apparaissent déjà les premiers indices d'une nouvelle forme de la poésie. L'hymnologie ecclésiastique et populaire commence à s'affranchir des liens d'une métrique vieillie et à recourir au vers rhytmique basé sur l'accent tonique. Le premier chant latin où le vers se me-

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