I. Saint Grégoire avant son élévation au sacerdoce
La postérité dans son admiration ne sépare pas les deux grands noms qu'avaient unis au ive siècle, malgré la différence des génies et des caractères, la foi, le culte passionné hdes lettres et de la vertu, Basile de Césarée et Grégoire de Nazianze.
Grégoire, un peu plus âgé que son ami, naquit vers l'an 330 au bourg d'Arianze, près de Nazianze, petite ville du sud-ouest de la Cappadoce, et reçut, lui aussi, le bienfait d'une éducation vraiment chrétienne. L'aïeule de Basile, Mac ri ne, forma son petit-fils à la vertu ; ce fut Nonna, la vénérable mère de Grégoire, qui jeta dans l'âme de son fils et y fit germer les semences de la piété.
Le jeune Grégoire fréquenta tour à tour les écoles les plus célèbres de son temps ; des écoles de Césarée en Cappadoce, où Basile et lui se rencontrèrent, il fut envoyé à Césarée en Palestine, puis dans Alexandrie, puis dans Athènes. C'est là que Basile ne tarda pas à le rejoindre ; c'est là que les deux étudiants cimentèrent cette amitié
MiGRit P- G.t xxxix, 13-130. La lettre synodale se trouve aussi dans Goldiiobn, S. Basil ii opp. dogm. sel. (T. II de la Bibl. dogm. des Pères Grecs, de Thilo), Leipzig, 1854. Cf. Fessier Iungmann, Inst. Patrol., i, 600-604.
que Grégoire célébrera encore, en 381, sur la tombe de l'archevêque de Césarée, avec toute l'émotion de ses vingts ans (1), Il paraît que Grégoire resta plus longtemps que son ami dans Athènes, et y donna des leçons d'éloquence; mais, vers Tan 360, il alla dans sa patrie recevoir le baptême et il partagea dès lors sa vie entre Arianze et la silencieuse retraite de Basile sur les bords de FIris, aux portes de Néocésarée. De la vie monastique, l'étudiant d'Athènes avait fait son plus noble idéal, et le séjour même d'Arianze, dans sa propre famille, ne pouvait qu'aviver ses aspirations à la solitude et au service de Dieu.
L'amour filial et le zèle de l'orthodoxie l'arrachèrent pourtant une première fois à sa retraite en 360 ou 361(2), et le rendirent à ses concitoyens comme un messager de paix. Le vieux Grégoire son père, qui de la secte des Hypsistariens avait passé, après sa conversion, sur le siège épiscopal de Nazianze, venait, par faiblesse ou par méprise, de souscrire (359) la formule semi-arienne de Rimini ; mais, fermement attachée au symbole de Nicée, une partie des fidèles, les moines de Nazianze à leur tête, se déchaînèrent contre l'évêque.
L'heureuse intervention de saint Grégoire fut couronnée de succès ; il décida son père à faire solennellement une profession de foi pleinement catholique, et aussitôt les esprits échauffés de se calmer, la concorde et la paix de refleurir à Nazianze.
II. Saint Grégoire, prêtre et évoque. — C'est en 361 probablement, le jour de Noël, que Grégoire, sur les instances des fidèles, fut ordonné prêtre un peu malgré lui, des mains de son père. Emu et froissé de la violence qu'il