‹ Les pères de l'église (volume 3)Chapitre 219 sur 228 · ACTES ET APOLOGIE DE SAINT APOLLONIUS · texte numérisé non relu

ACTES ET APOLOGIE DE SAINT APOLLONIUS

Supra y p. 165.

Le Christ, qui donne toutes choses, prépare une couronne de justice aux hommes de bonne volonté qui se tiennent fermes dans la foi en Dieu. Les élus de Dieu sont appelés à cette justice, afin qu'après avoir courageusement combattu le bon combat, ils obtiennent les récompenses promises par Dieu, qui ne ment pas, à ceux qui l'aiment et croient en lui de toute leur âme. Le bienheureux martyr et valeureux champion du Christ, Apollonius, était un de ces élus. 11 avait mené dans la grande Rome une

1. Cette traduction est celle que Dom Cabrol a publiée dans Le Mois Bibliogr. 1 juill. 1895, sauf quelques variantes qui m'ont été suggérées par le savant Méchitariste P. Sargisean.

o78 APPENDICE I

vie vertueuse et ascétique, et, désireux d'obtenir le. de sa vocation céleste, il fut compté au nombre des?. martyrs du Christ. Le bienheureux rendit témoin devant le sénat et le préfet Térentius (1), et répondit une grande hardiesse. Voici ses actes :

Le préfet Térentius donna ordre qu'on l'amenât de* le Sénat, et lui dit : « Apollonius, pourquoi résisteslois et aux décrets invincibles des Empereurs, et refu*^ de sacrifier aux dieux?» Apollonius dit : « Parce q: suis chrétien ; je crains Dieu, qui a fait le ciel et la t.: et je ne sacrifie pas à de vaines idoles. »

Le préfet dit : « Mais il faut que tu te repentes etq; changes d'avis, à cause des édits des Empereurs, et : tu jures par la bonne fortune de l'autocrate Commoï Apollonius répliqua : « Ecoute ma réponse avec ink gence. Celui qui se repent d'œuvres justes et bonnes, vérité, un tel homme est un impie et un désespéré ; c celui qui se repent d'actes pervers et de mauvaises pen? celui-là aime Dieu, et il peut espérer. Et maintenait suis fermement résolu dans mon esprit à garder le ^ et glorieux commandement de Dieu, qu'il a enseigner le Christ mon Seigneur, qui connaît les pensées fc hommes, et voit tout ce qui se fait en secret ou au grar.' jour. Il est meilleur de ne pas jurer du tout, mais de vi*'- n en toutes choses dans la paix et la vérité ; car la ver.; vaut un grand serment, et pour cette raison c'est unchose mauvaise et perverse que de jurer par le Chromais le mensonge a causé la défiance, et la défiance ? causé le serment. Je consens donc à jurer en vérité, p r le vrai Dieu, que nous aussi, nous aimons l'Empereur, c que nous offrons des prières pour Sa Majesté. *

Le préfet dit : « Viens donc, et sacrifie à Apollon et au*

i. D'après Eusèbe, Dion Cassius, Hérodien, Lampride, le vrai nom est r*rennis, Hspsvvio;.

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.très dieux et à l'image de l'Empereur. » Appollonius t z « Pour ce qui est de changer de résolution, et de ?êter serment, je t'ai déjà répondu ; mais quant aux \crifices, moi et tous les chrétiens, nous offrons un acrifice non sanglant à Dieu, Seigneur du ciel et de la erre et de la mer, et de tout être vivant, en faveur des mages spirituelles et raisonnables qui ont été établies par a Providence de Dieu pour gouverner la terre. C'est pourquoi, selon que l'ordonne le précepte donné par Dieu, nous adressons nos prières à celui qui habite dans les deux, et qui est le seul Dieu, afin que les princes régnent avec justice sur cette terre, tenant pour certain que luimême (Commode) n'a pas été établi empereur par un autre que par le seul Roi, Dieu, qui tient tous les hommes dans sa main. »

Le préfet dit: « On ne t'a pas fait venir ici pour parler philosophie. Je vais te donner un jour de répit, afin que tu puisses consulter ton intérêt et prendre une résolution dans une affaire où il va de ta vie. » Et il ordonna de le conduire en prison.

Le troisième jour il commanda qu'on le fît comparaître, et il lui dit : «A quoi t'es-tu décidé? » Apollonius répondit: « A demeurer ferme dans ma religion, comme je te l'ai déjà dit. » Le préfet dit : ce A cause du décret du Sénat, je te conseille de te repentir et de sacrifier aux dieux à qui toute la terre offre des hommages et des sacrifices, car il vaut beaucoup mieux pour toi vivre parmi nous; que de mourir d'une mort misérable. 11 me semble que tu n'ignores pas le décret du Sénat? » Apollonius dit : « Je connais le commandement du Dieu tout-puissant, et le demeure ferme dans ma religion ; et je ne rends pas hommage à des idoles fabriquées avec de l'or, de l'argent et du bois, qui ne voient ni n'entendent, car elles son. l'œuvre de la main des hommes, et elles ne connaissent pas le véritable service de Dieu. Mais j'ai appris à adorer

le Dieu du ciel, et à rendre hommage à lui seul, c;.. soufflé le souffle de vie dans tous les hommes, et qui c pense continuellement la vie à tous. Et je ne veux \ m'avilir et me précipiter dans l'abîme. Car c'est grande honte que de rendre hommage à des choses v* et c'est une action servile que d'adorer ce qui est vain, les hommes pèchent en adorant de telles choses. Ceux: les ont inventées étaient insensés, et encore plus fous 5 ceux qui les adorent et leur rendent hommage. I Egyptiens dans leur folie adorent un oignon. Les AL niens aujourd'hui encore fabriquent et adorent une '. : de bœuf en airain, qu'ils appellent la bonne fortu d'Athènes. Et ils l'ont même placée dans un lieu ': apparent, à côté des statues de Jupiter et d'Hercule, a: de pouvoir les prier ensemble. Et cependant qu'est-ce plus que de l'argile desséchée ou un tesson cuit au fou: Ils ont des yeux, et ne voient point; ils ont des oreille et n'entendent point; ils ont des mains, mais ils nepeuve:: attirer les objets à eux ; ils ont des pieds, et ne marchepoint, car la forme seule ne peut donner une substance réelle ; et je pense que Socrate lui aussi tournait te Athéniens en ridicule, lorsqu'il jurait par le peup/ier, * par le chien, et par le bois sec. En premier lieu, '- ; hommes pèchent contre eux-mêmes en les adorant. fr 1 second lieu, ils sont coupables d'impiété envers Dieu, parce qu'ils ne connaissent pas la vérité. Bien plus, te Egyptiens ont donné le nom de Dieu à un oignon, et à un mortier de bois, et aux fruits des champs, que nous mangeons, qui entrent dans le ventre, et qui vont aux ordures; tout cela ils l'ont adoré, et ce n'est pas tout ; ils rendes hommage à un poisson, et à la colombe, et au chien, et a une pierre, et à un loup ; ils adorent tous les fictions àelffl esprit. En troisième lieu, les hommes pèchent chaque fois qu'ils rendent hommage aux hommes, aux anges el aux démons, en leur donnant le nom de dieux. »

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-âO préfet répondit : « Tu as assez parlé philosophie, et tu as as tous remplis d'admiration. Mais ne sais-tu pas, ô ollonius, que le décret du Sénat défend à tout homme porter le nom de chrétien en quelque lieu que ce soit? » ollonius répondit : « Oui, mais il n'est pas possible "un décret humain venant du Sénat l'emporte sur un cret de Dieu (1). Car de même que les hommes frivoles lissent ceux qui leur font du bien et les tuent, de même l beaucoup de rencontres les hommes se tiennent à >cart de Dieu. Mais sache bien ceci : Dieu a décrété la tort, et après la mort le jugement pour tous : rois et auvres, chefs d'Etats, esclaves et hommes libres, philoaphes et ignorants. Mais il y a plusieurs sortes de morts ; our cette raison les disciples du Christ meurent tous les ours, torturant leurs désirs et les mortifiant suivant les maintes Ecritures. Car nous ne nous laissons point aller lux désirs dissolus, nous ne nous permettons ni spectacles impurs, ni regards de concupiscence, et nos oreilles n'écoutent point le mal, de peur que nos âmes n'en soient blessées. Vivant d'une vie si pure, et mettant en pratique de si bonnes résolutions, nous ne trouvons pas qu'il soit dur de mourir pour le vrai Dieu, car ce que nous sommes, nous le sommes pour Dieu, et pour lui nous endurons les tortures, aBn de ne pas encourir misérablement la mort éternelle. Et de plus, si Ton nous prend nos biens, nous n'en ressentons aucune peine, car nous savons que, vivants ou morts, nous appartenons au Seigneur. La fièvre, la jaunisse, ou une autre maladie peut tuer un homme. Je puis m'attendre à mourir de l'une ou de T autre. »

Le préfet dit : « Es-tu donc décidé à mourir? » Appollonius répondit : « Mon désir est de vivre dans le Christ, mais l'amour de la vie ne peut me faire craindre la mort, car il n'y a rien de plus estimable que la vie éternelle, qui est

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