Cf. infva, § 24, ix
la véracité des Actes de saint Polycarpe, M. Egli, Eludes sur i antiquité chrétienne, p. 61-79, Zurich, 1887.
A la rédaction primitive de ces Actes, on a plus tard ajouté, dans les manuscrits et naturellement aussi dans les éditions, quelques appendices (ch. xxi-xxn) d'époques diverses. Le premier, qui donne la date du martyre (ch. xxi), a été tiré par le copiste Caius de l'exemplaire de saint Irénée, èx twv Etpr,vattou (ch. xxn, 2); il est donc ou de saint Irénée lui-même ou de l'aateur de l'exemplaire qui lui avait été adressé. Le dernier appendice fut écrit par un certain Pionius, à qui saint Polycarpe serait apparu pour l'instruire des détails de son martyre, et que Ton identifie communément avec l'auteur anonyme d'une longue biographie de notre saint. J. Bolland avait publié dans une version latine, qui était son œuvre, la biographie auctore Pionio de saint Polycarpe, Acta SS. Jan. t t. II, p. 695-705, Anvers, 1643. M. l'abbé Duchesne, le premier/ en a publié le texte grec, Paris, 1881 ; après quoi M. Funk, /. c, 11,^15-357, et M. Ligbtfoot, /. <?., n, 100510*7, l'ont fait paraître à leur tour. Cette biographie, qui n'a point de valeur historique, peut dater du milieu du iv* siècle.
V. Tradition de l'Epître aux Philippiens ; éditions. Les fragments qui portent le nom de saint Polycarpe. — Les manuscrits grées de ÏEpître aux Philippiens s'arrêtent tous à la fin du cb. ix, avec les mots xal et' i k \t%^ uiro (Cf. supra, §7, iv). Une vieille version latine, la seule connue, est complète; elle contient donc les cinqderniers chapitres (ch. x-xiv) que nous n'avons pas dans les manuscrits grecs. Encore cette lacune est-elle réduite par la citation que fait Eusèbe, Hist. ecd. m, 36, du ch. xm a peu près entier. — Antiochus, moine de saint S a bas, en Palestine, a cité dans ses Pandectes (Cf. infra, § 83, m) quelques passages de notre Epître. V. Cotterill, Journ. of. Pkilol., 1891, vol. XIX, p. 241-285. — M. l'abbé Martin a publié quelques courtes citations arméniennes et syriaques de la Lettre aux Philippiens, V. Pitra, Anaiecta sacra, t. IV, p. 4. 281 et 5. 282, Paris, 1883.
La version latine a été publiée par Lefèvre d'E tapies, à Paris, dès 1498. Le P. Ilalloix le premier publia le texte grec, ch. 1-9, en 16G3, à Douai. Galland, BibL vet. Patr., t. I, p. 309^313, emprunte le texte de Th. Smith, S. Ignatii épis toi x genuinx, Oxford, 1709; Migne, P. G., v, 1005- 1016, celui d'Héfêlé, Opp. Patr. apostol. 3« éd. Tubingue, 1847. — Les éditions les plus récentes et les meilleures sont celles de Zahn, Ignatii et Polycarpi epistulœ... (Patr. apostol. opp... fasc. 2) Leipzig, 1876. — Funk, Opp. Pair. Apostot., t.I.Tub. 1878,1887, — Lightfoot, The Apostolic Fatkers, Part. II, S. Ignatius, S. Polycarp., 2 vol. Londres, 1885, 1889. — G. Volkmar s'est servi des éditions de MM. Zahn et Funk pour éditer la lettre
de saint Polycarpe ; mais il en effaça tous les passages qu'A. Ritscbl, L'origine de l'ancienne Eglise catholique primitive, p. 584 et s., 2 e éd. Bonn, 1857, avait signalés comme des interpolations du fabricateur des lettres ignatiennes, et il intitula son travail ; Epistulam Polycarpi Smyrn&i genuinam, subjuncta interpolât ione Ignatiana, recensuit, G. V., Zurich, 1885, in-4*. — M. Zahn, /. c, et M. Funk, Nouvelle défense de l'authenticité des Epilres ignatiennes, p. 205-212, Tub. 1883, ont réédiU de nos jours la vieille version latine de la Lettre aux Philippiens (Migne, P. G., y, 1015- 1022). — Les cinq fragments latins (Migne, /. c. y v, 1025-1028) ont été publiés de nouveau par Zahn, /. c. t p. 171-172, et par Lightfoot, /. c, ii, 1001-1001.
VI. littérature moderne. — Sur la date du martyre de saint Polycarpe, V. M. Waddington, Mémoire sur la chronologie de la vie du rhéteur jElius Aristide, dans les Mémoires de l'Académie des inscriptions, t. XXVI, 1867, l r * par!., p. 203-268, surtout 232-241. — Le môme, Fastes des provinces asiatiques, p. 219,221, Paris, 1872.— A.Lipsius, Le martyre de Polycarpe, dans la Revue de théol. scientifique, t. XVII, 1874, p. 188-214. — Le même, La date de la mort de Polycarpe, dans les Annales de ihéoL protestante, t. IV, 1878, p. 751-768 ; Encore un mot sur la date delà mort de Polycarpe, lbid. t. IX, 1883, p. 525-526. — 0. v. Gebbardt, Collation d'un manuscrit du Martyrium Polycarpi à Moscou... dans \bl Revue de théologie historique, t. XLV, 1875, p. 355-395. — J. Réville, De anno dieque quibus Polycarpus Smyrnx martyrium tulit, Genève, 1880, in-8°. — Egli, Le martyre de Polycarpe et su véritable date, dans \sl Revue de théol. scientif., t. XXV, 1882, p. 227-249 ; — La mort de saint Polycarpe. Ibid. l. XXXIV, 1891, p. 96-102. — T. Randell, The date of S. Polycarp's martyrdom : Studio Biblica, Oxford, 1885, p. 175-207. — C. H. Turmer, The day and year ofS. Polycarp's martyrdom : Studia biblica et ecclesiastica 9 il, 1890, p. 105-155. — Th. Zahn, La biographie de saint Polycarpe et de saint Irénée, dans les Etudes sur l'hist. du canon du Nouveau Testament et de l'ancienne littérature, chrétienne, 4« part, publiée par J. Haussleiter et Th. Zahn, p. 249-283, Erlangen, 1891. — V. en outre, surtout quant à l'ancienne littérature, Chevalier, Répert. des sources historiques, 1857, 2784, et Richardson, Bibliograph. SynopsUfi-10.
Sur la Lettre aux Philippiens, v. Funk, Nouvelle défense de V authenticité des Epitres ignatiennes, p. 14-42, Tubingue, 1883. — A. Hilgenfeld, La lettre de Polycarpe aux Philippiens dans la Rev. de théol. scienti'., t. XXIX, 1886, p. 180-206. — G. Volkmar, Un mot sur la Lettre de saint Polycarpe et sur la question ignatienne, dans la Rev. théol. de la Suisse, t. III, 1886, p. 93-111. MM. Hilgenfeld et Volkmar soutiennent, après M. Ritscbl (cf. supra, v), que l'on a ajouté à la Lettre de Polycarpe le
S 12. — PAPIAS, ÉVÊQUE d'iiiérapolis 125
ch. ziii, pour authentiquer la Collection ignatienne. L'hypothèse de Cotterill (v. supra, y, le litre de sa dissertation), que la Lettre aux Philîppiens est l'œuvre du moine Antiochua et date des premières années du v e siècle, ne méritait pas la rigoureuse réplique de C. Taylor, Si Po~ lycarp to the Philippians, dans le Journal of Philology, t. XX, 1892, p. 65-110.
§12. — Papias, évêgue cTHiérapolis.
I. Biographie. — Au-dessous des Ignace et des Polycarpe, VAsie-Mineure du n 6 siècle nous montre encore, sur le siège d'Hiérapolis, un évêque formé comme eux à l'école de saint Jean, le vieux Papias. Physionomie trop dépréciée sans doute, mais atout prendre, terne et indécise ; nom pourtant fameux, parce qu'il éveille aussitôt la pensée de la perte la plus regrettable peut-être qu'ait subie la littérature chrétienne primitive.
Nous apprenons de saint lrénée(l), que Papias fut «c un auditeur de Jean, un familier de Polycarpe, 'Iwawou fxev àxoorofc, UoXuxàpiïou Sk haîpo; »; et le contexte montre assez que c'est ici de l'apôtre saint Jean qu'il s'agit. Saint Jérôme (2) fait pareillement de Papias un disciple de saint Jean, l'apôtre et Tévangéliste. Eusèbe,danssaCAr0m?we(3), suit saint Irénée ; mais il le contredit dans son Hist. de C Eglise (4); car, selon lui, des premiers mots de l'ouvrage de Papias (5) il faut conclure que le vieil évêque n'avait pas connu les apôtres, mais qu'après eux, il avait été le disciple d'un prêtre du nom de Jean. La conclusion est trop hasardée ; on ne saurait l'asseoir sur les expressions auxquelles Ëusèbe en appelle, et d'ailleurs, elle mérite d'autant moins créance qu'Eusèbe, dans son Histoire de
1. Adv. hœr. t t, 33, 4 : Migkb, P. G., vu, 1214). — 2. De vir. ill , ch. xvm «t Ep. 75, ad Theodoram, ch. m ; Micnb, P. L., «m, 637, et un, 687. — 3. Ad ann. Abrah., 2122. — 4. m, 39. — 5. Cf. infra. u.
l'Eglise, a visiblement à cœur de rabaisser le plus possible l'autorité du livre de Papias. Qu'il connut aussi c Aristion et le prêtre Jean, disciples du Seigneur », Papias lui-même nous l'apprend dans un passage conservé par Eusèbe (1). Il est également probable que Papias a vu l'apôtre saint Philippe, et certain qu'il a connu ses filles (2). II fut enfin évèque d'Hiérapolis, dans la Petite- Phrygie ; le témoignage unanime de l'antiquité ne permet pas d'en douter.
11 n'est guère possible, faute de points de repère sûrs, d'assigner une date précise à la vie de Papias. Peut-être est-il né de l'an 70 à l'an 90, et mort de l'an 161 à l'an 103. Le Chronicon Paschalé (3) veut qu'il ait souffert le martyre à Pergame, vers la même époque où saint Polycarpe le souffrait à Smyrne. Le détail, sans conteste, nous vient en droite ligne d'Eusèbe(4) ; mais c'est par erreur qu'au nom de Papylus, habitant de Pergame, l'auteur du Chronicon ou bien un copiste a substitué celui de Papias. Photius (5), il est vrai, donne aussi à Papias le nom de martyr ; mais il est fort douteux, dans le silence des anciens, que ce titre soit mérité.
II. Explication des paroles du Seigneur. — Papias avait passé sa vie à recueillir, soit dans la traditiou, soit dans l'Ecriture, toutes les paroles du Seigneur et à les commenter, en les classant méthodiquement par ordre de matières. Vers le milieu du il' siècle il réunit en cinq livres les fruits de son enquête et les publia, nous dit expressément Eusèbe (G), sous le titre de Xo^feuv x'jpuxû» i;r,7<i«tï, ce que saint Jérôme (7) traduit par Explanatio sermonum Domini, Explication des paroles du Seigneur. Sous ce titre de ï°r- a tupi*»», il faut comprendre les enseignements de Jésus-Christ ; l'expression est familière à Papias dans ses remarques, qu'Eusèbe nous a conservées (8), sur les deux Evangiles de saint Marc et de saint Mathieu : « Marc, dans son Evangile, écrit l'evêque d'Hiérapolis,
l. Ibid. — t. Ibid, - 5. ISibl. cod. £32. —
S 42. — papias, évèque d'hiérapolis 427
nous a transmis les dits du Seigneur prêches par Pierre, et saint Mathieu, de son côté, a rapporté les dits de Jésus en hébreu. » On s'abuserait toutefois — divers fragments ne laissent planer là-dessus aucun doute — en faisant du livre de Papias, sur la foi ie son titre, un commentaire des Evangiles; les Evangiles ne sont, après la Tradition, qu'une source des doctrines que Papias entreprend d'expliquer et de développer.
Un mot dit en passant sur le règne d'Adrien, et qu'une citation de Philippe de Side nous a rendu, donne à croire que l'ouvrage fut composé après la mort de ce prince (138). 11 est sûr, à nombre d'indices, que l'ouvrage de Papias continua de circuler, sinon en Orient, du moins en Occident, jusqu'au déclin du moyen âge. Mais il ne nous en reste plus que d'insignifiants débris dans les citations qu'en ont faites saint Irénée, Eusèbe et quelques écrivains ecclésiastiques des âges suivants (1). Papias est assurément du groupe des anciens, Kpsrîâaipot, à qui saint Irénée (2) emprunte, contre ses adversaires, différents témoignages (3).
III. Fragments; citations des Pères. — Rien de plus connu, rien qui ait prêté à plus de débats, que le langage de Papias sur les deux premiers Evangiles, ou, pour parler avec certains critiques, sur le Mathieu et le Marc primitifs (4). Ce qui mérite aussi toute notre attention c'est une phrase qu'Eusèbe nous a conservée (5) et dans laquelle Papias attache une particulière importance à la Tradition orale des premiers témoins oculaires, va même jusqu'à donner le pas à la Tradition sur l'Ecriture : « Je ne croyais pas, dit-il, pouvoir tirer autant de profit des Livres que de
1. Rien jusqu'ici n'autorise h voir une page du livre de Papias dans le texte, parfois horriblement mutilé, de huit XoYtat, que MM. Grenfell et Hunt viennent de retrouver à Oxyrinque, sur les frontières de l'Egypte et de la Lybie. V. Extracanonical Scripture, Sayings of our Lord, Londres, 1897, in-8° de 20 p. Mais ce fragment, contemporain probablement de Papias, dénote à tout le moins un ouvrage de môme nature que celui de l'évoque d'Hiérapolis, avec le même plan et la môme forme de rédaction. (S. dus T.). — 2. Adv. hœres. — 3. Cf. tn/Va, § 24, ix. — 4. Cf. supra, h. — 5. L. c.
la parole vivante qui se grave plus profondément. » Eusèbe Ta pris de haut avec Papias, le traitant net de « très petit esprit (1) ». 11 ne peut notamment taire son dédain pour les idées et les espérances millénaires de Tévêque d'Hiérapolis. Faute d'avoir entendu le langage figuré des Apôtres, Papias aurait rêvé, après la résurrection des justes, un règne temporel de Jésus-Christ pendant mille ans, et l'antiquité de Papias aurait entraîné beaucoup d'autres auteurs, saint Irénée à leur tête, dans les mêmes imaginations ou dans des rêveries analogues. Ces remarques d'Eusèbe ont valu en général à Papias le titre de « Père du millénarisme ».
IV. Recueils des fragments de Papias. — Les débris de l'ouvrage et les témoignages que les écrivains ecclésiastique* postérieurs eu rendent, se trouvent rassemblés dans Routh, Reliquix sacrx, 2* éd., p. 3-44, Oxford, 1846 ; — dans Migoe, P. G., v, 1255-1262 ; — dans A. Hilgenfeld, Papias d'Hiérapolis, hev. de IhéoL scient., t. XVIII, 1875, p. 231-270 ; — dans les Pères apostoliques de Gebhardt, Harnack, Zahn, fasc. 1 de la II 1 partie, 2* éd. p. 87-104. Leipzig, 1878 ; — dans Funk, 0pp. Patr.apostoi., t. II, p. 276-300, Tubingue, 1881. — Les cinq fragments publiés sous le nom de Papias par le cardinal Pitra, Analecta sacra, t. II, 4884, p. 155-162, ne nous disent à peu près rien de nouveau. — Plus importants sont les courts fragments publiés par de Boor, Nouveaux fragments de Papias, Hégésippe... dans les Textes et études... de MM. voo Gebhardt et Harnack, t. V, 2« fasc. (1888), p. 165-184. — G. Bickell, Un manuscrit de Papias dans le Tyrol : Rev. de théol. cathol., t. III, 1879, p. 799-803.
V. Travaux sur les fragments. — Sur les fragments de l'ouvrage de Papias, notamment sur les données qu'ils fournissent à l'histoire de nos Evangiles, v. entres autres, Th. Zahn, Papias d'Hiérapolis, dans les Etudes et critiques théologiques, t. XXXIX, 1866, p. 649-696. — Steitz, Papias d'Hiérapolis et son explication des paroles de Jésus-Christ, Ibid., t. XLI, 1868, p. 63-95. — W. Weiflenbach, Le fragment de Papias dans Eusèbe, H. de l'Eglise, ni, 39, 3-4, Élude exégé tique, Giessen, 1874, in-S*.
1. Bossuet, VApocal. ch. xx, s'est fait l'écho d'Eusèbe. V. aussi M. Axpèbi, Sist. de la litt. de la Franc, t. I, p. 172. (N. des T.)
S 42. — papias, évèque d'hiérapolis 129
— "L-eimbach, Le fragment de Papias, élude exégé tique du fragment et cri'
tigue de l'exégèse de Weiffenbach, Gotha, 1875, in-8°. — D. Marlens, Papias
als Eocegeet van Logia des tieeren, Amsterdam, 1875, in-8°. — W. Weif-
fenbach, dans les Annales de théologie protestante, t. III, -1877, p. 323-
379. 406-468, a pris spécialement à partie Leimbach. — Le même, Les
fragments de Papias sur saint Marc et saint Mathieu, élude exégétique et
appréciation critique, Berlin, 1878, in-8°. — H. Lûdemann, Explication
du .fragment de Papias, dans les Annales de théologie protestante, t. V,
1879, p. 365-384. 537-576. — A. Jacobsen, La critique de* Evangiles et
les fragments de Papias sur saint Marc et saint Mathieu. — A. Lipiius,
Encore une voix au sujet des fragments de Papias sur saint Mathieu et
saint Marc, dans les Annales de théoL protest., t. XI, 1885, p. 167-173.
174-176. — A. Hilgenfeld, Papias d'Hiétapolis et les dernières études
des Évangiles, dans la Rev. de théol. scientif., t. XXIX, 1886, p. 257-291.