Ch. xvin
nairedu pays à l'Est du Tigre. Elevé dans le paganisme, il adopta le christianisme à Rome, vers Tan 150 ; ce fut pour justifier cette démarche qu'il écrivit, à Rome aussi, son Apologie. Mais dans la suite ses doctrines et ses principes déplurent aux chefs de l'Eglise, ce qui le décida, la 12* année de Marc-Aurèle(J), à retourner en Orient, où il se fixa à Edesse et composa en langue syriaque son Harmonie évangélique. D'après Harnack, Tatien était probablement grec et non syrien. Rome fut le berceau de sa foi chrétienne ; mais il écrivit son Apologie en Orient, apparemment dès Tan 152. Il y composa aussi son Harmonie des Evangiles en langue grecque. Revenu plus tard à Rome il rompit ouvertement avec l'Eglise vers 172. Après cette rupture, s'éloigna-t-il de nouveau de Rome? Harnack ne le décide point. Funk retarde la conversion de Tatien et la publication de Y Apologie jusque vers 163-167, la composition de l'Harmonie des Evangiles jusqu'après la rupture avec l'Eglise.
On doit regarder comme acquis que Tatien finit par adhérer à la Gnose de Valentin, qu'il fonda et développa la secte des Encratites. Les Encratites rejetaient le mariage ainsi que l'usage de la viande et du vin ; dans la liturgie eucharistique, ils remplaçaient le vin par l'eau ; d'où leur nom d' Hydroparastates ou Aquariens. La secte, selon toute apparence, ne se répandit pas beaucoup et fut absorbée dans les autres parties gnostiques, peu après la mort de Tatien.
II. L'Apologie. — L'Apologie de Tatien, qui a pour titre npôç'EXXïivot;, peut se diviser en quatre parties, sans compter l'introduction et la péroraison. L'introduction, du ch. i à ni, veut prouver sommairement que toute la culture grecque, arts et sciences, est un emprunt fait aux « barbares a. La première partie, ch. iv à xi, est principale-
i. Mars, 172-173.
ment apologétique ; l'auteur, après une brève exposition du dogme chrétien de la Trinité divine, se livre à la facile satire des dieux grecs, ces dieux « spectateurs de combats singuliers, y prenant parti et excitant les adversaires, maris adultères, corrupteurs d'enfants, des dieux qui rient et se mettent en colère, qui fuient et reçoivent des blessures (1) ». La deuxième partie, ch. xn à xx, plus didactique, développe notamment les principes de la morale chrétienne, tandis que la troisième, ch. xxi à xxx, est consacrée à la polémique ; Tatien y stigmatise sans pitié l'hellénisme avec le vide de ses doctrines et la corruption de ses mœurs. Dans la quatrième et dernière partie, ch. xxxi à xli, il fait valoir pour le christianisme l'argument de l'antiquité. C'est l'originel qui est le vrai, et le plus ancien est le plus digne de foi. Or, Moïse, « le premier auteur de toute sagesse barbare (2) », a précédé, non seulement Homère, mais encore tous les sages que la fable grecque fait vivre avant Homère. Les sophistes grecs ont emprunté bien des doctrines à Moïse, mais en les défigurant et les démarquant.
L'Apologie de Tatien forme avec celles de saint Justin son maître, malgré plus d'un point de contact, un frappant contraste. Justin était plein de respect pour les penseurs et les poètes de la Grèce ; Tatien montre, au contraire, une raideur, une partialité qui vont jusqu'à la passion ; il ne veut voir aucun des bons côtés de la culture hellénique ; toutes les vulgaires calomnies qui courent contre les philosophes grecs, il les répète sans examen ; autant il entraîne par la chaleur du discours et la force de la conviction, autant il repousse par l'amertume de l'attaque et le manque complet de mesure.