NOTION ET OBJET DE LA PATROLOGIE M
du passé, et presque tous les écrivains ecclésiastiques du premier âge, n'ont paru sur la scène littéraire que pour répondre aux attaques des adversaires de l'Eglise. La Patrologie abandonne, la plupart du temps, à Y Introduction biblique l'étude scientifique des livres apocryphes. C'est assurément là, et point ailleurs, que les apocryphes sont à leur vraie place, car, malgré la diversité infinie des détails, ils s'accordent tous en une prétention commune ; tous, ils aspirent à l'honneur de figurer dans le canon des Ecritures, soit qu'ils aient usurpé le nom des écrivains sacrés, soit qu'ils aient repris à nouveau et délayé le sujet des livres saints, en y mêlant d'ordinaire des éléments légendaires, qui ne méritent aucune créance, parfois même le venin de l'hérésie.
Un précis de Patrologie, sous peine d'obscurité et de confusion, ne saurait se dispenser de diviser en périodes l'histoire qu'il entreprend d'écrire. Dans l'histoire de la littérature patristique, grecque et latine, on distingue habituellement trois époques. La première* de la fin du premier siècle au commencement du iv 6 , embrasse la naissance et les progrès de la littérature des saints Pères. La deuxième* qui s'étend jusqu'au milieu du V e siècle, nous montre cette littérature à son apogée. La troisième, qui se clôt avec l'âge des Pères, en marque le recul et la décadence.
Cf. Fr. Overbeck, Les débuts de la littérature patristique, dans la Revue historique, t. XII, 1882, p. 417-472. Au dire d 'Overbeck, la littérature patristique serait née avec la première apologétique chrétienne, avec la polémique antignostique et avec le chef-d'œuvre de Clément d'Alexandrie ; elle ne saurait se confondre avec la « littérature chrétienne primitive », qui comprend, outre les livres inspirés, les écrits des Pères apostoliques, et dont l'ère se ferme, vers l'an 155, par l'établissement d'un canon du Nouveau Testament. Telle est aussi de tout point l'opinion d'Holtzmann, dans son Introduction historique et critique au Nouveau- Testament, 2« éd., Fribourg, 1886, p. 94-95,.
Sur les livres apocryphes de la Bible en général, Cf. deux articles de Mgr Kaulen, les Livres apocryphes et la Littérature des apocryphes, dans le
Dictionnaire de théologie de Welzer et Welte, 2 e éd. t. I, Fribourg, 1&S2, col. 1036-1084. — Sur les livres apocryphes du Nouveau Testament eu particulier, cf. Holtzmann, Op. cit., p. 534-554. — Ricbardson a dressé l'inventaire de la littérature sur les livres apocryphes du N. T., dans sa Bibliographical Synopsis, supplément, Buffalo, 1^87, p. 95-105, art. Pares anténicéens ; à ajouter surtout Th. Zahn, Histoire du canon du Nouveau Testament, t. II, Erlangen» 1892. V. notamment, p. 565-621, Epilres apocryphes de saint Paul ; p. 621-797, les Evangiles apocryphes ; p. 797- 910, les Apocalypses et les Actes des apôtres apocryphes.
§2. — Histoire de la Patrologie.
I. Saint Jérôme a été le premier, sinon peut-être à concevoir l'idée d'une Patrologie, du moins à esquisser une histoire de la littérature chrétienne (l). Un Mécène puissant, Dexter, préfet du Prétoire, l'avait pressé de faire pour les écrivains ecclésiastiques ce qu'avait fait Suétone (75-160) pour la littérature profane, et d'en dresser sur ce modèle « un catalogue ». Ce fut pour déférer à ces conseils qu'il écrivit à Bethléem, en 392, son De viris illustribus. « Tableau succinct de tous ceux qui, depuis la passion du Christ jusqu'à l'an 14 du règne de Théodose (392), ont publié quelques travaux remarquables sur l'Écriture sainte », réponse triomphante à l'accusation de stérilité littéraire, que Julien avait ramassée et jetée à la face de l'Eglise (2). Mais la notion de la littérature chrétienne s'y montre resserrée dans les plus étroites limites; on dirait, à lire la Préface, que la littérature chrétienne et la littéra-
1. En ce qui touche les écrivains grecs des trois premiers siècles, saint Jérôme n'a guère fait que résumer et traduire Y Histoire ecclésiastique d'Eusèbe, sans, malheureusement, la contrôler assez. Aussi bien, le reste de l'ouvrage fourmille plus encore d'erreurs, qui ne sont imputables qu'à lui. (N. des T.). — 2. Le caractère apologétique de l'ouvrage (V. Préface) explique les épithètes vaguement louangeuses que saint Jérôme s'est trop plu à y prodiguer. (S. des T.)
ture théologique ne font qu'un, et que l'étude de l'Ecriture est l'unique objet de la théologie.
Le De viris illustribus nous présente, en 135 chapitres, un nombre égal d'écrivains. La liste s'ouvre par les auteurs des livres inspirés du Nouveau Testament. Les hérétiques mêmes n'en sont pas exclus : un Tatien (1), un Bardesane (2), un Novatien (3), un Astérius (4), y ont trouvé place. Le livre enfin se ferme sur l'énumération des ouvrages de l'auteur jusqu'à l'an 392.
On y peut signaler, avec bien des lacunes, nombre d'erreurs, qui ont rejailli dans la Patrologie : identifications de personnages différents, mélanges de plusieurs œuvres diverses en une seule, démembrements d'une même œuvre, analyses inexactes, déclarations peu sûres de paternité littéraire, etc. Les contemporains se hâtèrent néanmoins d'applaudir au travail du solitaire de Bethléem (5) ; une traduction grecque en parut bientôt, de la main peut-être du moine Sophronius (6), l'un des amis de l'auteur et presque son traducteur attitré. De fait, quoique saint Jérôme soit ici inférieur à lui-même, il garde l'honneur d'avoir frayé une route, et son De viris illustribus est resté, pour l'histoire de la littérature chrétienne, une source précieuse, qu'à maints égards on ne saurait remplacer.
La meilleure édition Au De viris illustribus est celle de Vallarsi : S. Hier. Opp., Venise, 1766-1772, t. II, 2, coi. 821-956. A côté du texte latin, Vallarsi met la traductien grecque, et il y ajoute en appendice la continuation de Gennade, col. 9651016. Migne, P. L., XXIII, 602-720, a !
reproduit les textes latin et grec de Vallarsi. — Dans les manuscrits,
1. c. 29. — 2. c. 33. — 3. c. 70. — 4. c. 86 et 94. — 5. Saint Augustin, seul, j
se permit deux critiques discrètes, Ep. xl, 9. (>\ des T.). — 6. Erasme, qui I
la publia le premier en 1516, avait été soupçonné par Isaac Vossius d'en être l'auteur. Ce soupçon ne peut tenir contre la découverte, faite en 1896 à Zurich, d'un manuscrit de cette traduction remontant au xm e siècle, de celuilà môme dont Erasme s'est servi. Mais du silence du manuscrit il ressort que l'attribution de la traduction à Sophronius est une pure conjecture du premier éditeur. (S. des T.)
d'ordinaire, la continuation de Gennade fail immédiatement suite au livre de saint Jérôme. — L'édition de U. Derding, la dernière en date (1), masque totalement de critique. — Sur l'édition de J. A. Fabriciue, V. infra, u.
Sous la titre de Saint Jérôme historien littéraire, M. de Sycbowski a publié, au grand profit de l'histoire de la littérature chrétienne dans les trois premiers siècles, une étude critique des sources dn De virit illuttribut. V. Etudes d'hût. eccl., t. Il, fisc. 2, Munster, 1894 (2).
II. Les continuateurs de saint Jérôme. — Pendant plus de mille ans, le livre de saint Jérôme servit de base à tous les travaux sur l'histoire de la littérature théologique. Comme saint Jérôme, ses continuateurs suivent en général l'ordre chronologique, et, si parfois ils suppléent leur modèle en rappelant le souvenir de quelques auteurs anciens dont ni saint Jérôme, ni leur devancier immédiat n'avait parlé, ils demeurent inviolablement fidèles à l'esprit et au plan du De viris illuslribus.
Le premier, un prêtre marseillais, Gennade, continua et compléta, sous le même titre (3), l'ouvrage du saint docteur, vers la fin du V siècle ; impossible de fixer plus précisément la date. Le nouveau catalogue est ouvert également aux Grecs et aux Latins, et les notices qu'il renferme, très incomplètes, ne laissent pas de nous être précieuses. Le texte, par malheur, est en fort mauvais état : quelques articles semblent manquer, d'autres, en revanche, ceux notamment sur Sidoine Apollinaire, sur saint Honorât, sur Jean d'Antioche, sur Pomérius, etc., trahissent la main d'un interpolateur ; d'autres encore, celui sur saint Augustin, par exemple, sont, à en regarder
I. On a eu depuis lare l'édition de M. Bcrnoulli, Fribourg et Leiprig, 1895. et celle de M. E. Cushing Ilieliardsoa dans les Textes et Recherclies de Gcbhardt et Barnack (18%], t. XIV, 1" fasc. Cette édition, pour laquelle on n consulté 151 manuscrits, est la meilleure qui existe. M. lluemcr en prépare une définitive pour le Corpus scriptor eccl. de l'académie de Vienne, (N. du T.). — 2. Après l'essai de M. de Rycliowski est venu celui de M. Bcrnoulli, sévère pour saint Jérôme jusqu'à l'injustice. Le catalogue littéraire de saint Jérôme, Fribourg-Lcipïig, 1895. (X. deb T.). — 3. Micre, P. L., LVIII, 1059-11Ï0.
l'étendue et la teneur, d'une authenticité bien suspecte.
Le livre de Gennade fut continué à son tour et notablement augmenté par saint Isidore de Séville (f 636) (1) ; un des disciples d'Isidore, saint Ildefonse de Tolède (f 667) (2), enrichit plus tard d'un court supplément l'œuvre de son maître ; ils rendent tous les deux hommage de préférence aux théologiens espagnols (3).
A cinq siècles de là le chroniqueur Sigebert, moine bénédictin de l'abbaye de Gembloux, en Belgique (f 1122), renoua le fil de la tradition et continua jusqu'à son temps l'histoire de la littérature chrétienne (4). Il a pris pour modèles, nous dit-il lui-même à la fin de son livre (5), saint Jérôme et Gennade ; comme eux, il remonte d'abord aux» écrivains ecclésiastiques de l'antiquité; mais c'est surtout aux théologiens latins du haut moyen âge qu'il s'arrête, sans songer ici aux Grecs, qui pour lui n'existent pas. Ses notices biographiques et bibliographiques, pour la plupart très sèches et très maigres, dénotent déjà à plus d'une page une certaine légèreté de plume. Lexii 6 siècle vit encore d'autres abrégés plus ou moins semblales retracer l'histoire de la littérature théologique. Citons le travail du prêtre Honorius d'Autun (6), entre 1122 et 1125, celui de YAnonymus Mellicensis — du nom de l'abbaye bénédictine de Melk, dans la Basse-Autriche, où fut découvert le premier manuscrit connu — lequel écrivit peut-être à Ratisbonne (7), et le Liber de viris illustribus, faussement attribué au scolastique Henri de Gand, mort en 1293. L'ampleur de l'ouvrage et la richesse des matières méritent un rang à part au De scriptoribus ecclesiasticis, que publia, en 1494, le savant abbé Jean Trithème (f 1516);
i. De viris illustribus : Migre, P. L. LXXXIII, 1081-1106. — 2. De viris illustribus : Migre, P. L. XCVI, 195-206. — 3. En Orient, vers la lin du ix' siècle, un esprit d'une rare culture, le trop fameux Photi us, rassembla dans sa Bibliothèque et apprécia généralement avec justesse des extraits de 279 ouvrages anciens, tant païens que chrétiens, et pour une part aujourd'hui perdus. Cf. Kracs, Hist. de l'Eglise, édit. franc., t. 11, § 82, n, et § 91, i, V. Migre, P. G f Cin-CIV. (N. dis T.). — 4. De viris illustribus : Migre, P. L. CLX, 547-588! — 5. c. 171. — 6. De luminaribus Ecclesiœ: Migre, P. L. CLXX1I, 197-234. — 7. De scriptoribus ecclesiasticis, P. L. CCXI1I, 90 1-984.
963 auteurs, non pas tous, il est vrai, des théologiens, sont passés en revue. Ce qui fait aussi la valeur du livre, c'est l'abondance des renseignements qu'on lui doit sur les écrivains du xv e siècle. Tout ce que Trithème sait de l'activité littéraire des Pères, il Ta puisé, à l'exemple de ses devanciers, dans saint Jérôme et dans Gennade.
Les œuvres d'histoire littéraire que nous venons de rappeler, ont été publiées par Fabricius, avec le livre de saint Jérôme, texte latin et texte grec, sous le titre do Bibliolheca ecclesiastica, Hambourg, 1718. Fabricuis a, de plus, inséré dans son recueil l'opuscule que le bénédictin Pierre Diacre, mort en 1140, bibliothécaire du Mont-Cassin, avait dédié aux moines illustres de l'abbaye, De vir. UL menas t. Casinensis opusc. cum suppl. Placidi Rom. : Migne, P. L. clxxvh, 1009-1062, et la continuation du livre de Trithème par Aubert Le Mire, mort doyen du chapitre d'Anvers en 1640, Auctariwn de scriploribus ecclesiasticis et a tempore quo desinit Trithemius, de scriploribus sœc. XVI et XVII, libri duo. C'est à l'édition de Fabricius que Migne a emprunté les textes de Gennade, de Sigebert, d'Honorius et de VAnonymus Mellicensis.
Sur l'ouvrage de Gennade en particulier, cf. E. Jungmann, Quœsliones Gennadianae, in-4°, Leipzig, 1881. Wattenbach s'occupe de Sigebert de Gembloux, dans Les sources de F histoire de l'Allemagne au moyen âge jusqu'au milieu du xm» siècle, 6* édil. Berlin, 1893-1894, h, 155-162. Sur le De scriploribus ecclesiasticis de Sigebert, v. S. Hirsch, De vita et scriptis Sigiberti monachi Gemblacensis t Berlin, 1841, p. 330-337. Sur Honbrius d'Autun, v. l'article de Stanonick, dans le Diclion.de théologie de Wetzer etWelte, 2* éd. vi, 268-274. — Sur un manuscrit de YAnony mus Mellicensis, remontant au xu* siècle, et découvert à Admont en Styrie, V. Wattenbach dans les Nouvelles archives de la Sociélé pour la connaissance de l'histoire ancienne de V Allemagne, t. II, Hanovre, 1876, p. 421-422. — Le livre attribué à Henri de Gand fait l'objet d'un Mémoire de M. Hauréau, dans les Mémoires de l'Institut de France, Académie des inscriptions et belles lettres, T. XXX, 2* p. Paris, 1883, p. 349-357. — Sur l'ouvrage de Trithème, v. l'étude approfondie de Silbernagl, Jean Trithème, 2" édil., Ratisbonne, 1885, p. 59 65.
Le moyen âge a laissé deux catalogues littéraires, que l'on vient' seulement de découvrir, l'un d'une main inconnue, le Dialogus super auctore* sive Didascalon, l'autre versifié par Hugo de Trimberg, en 1280, le Régistrum multorum auctorum. Mais il n'y est guère question que delà littérature classique, et entre les vieux auteurs ecclésiastiques, on y voit à peine figurer quelques poètes. V. Huemer, Le Registrum multorum auctorum de Hugo de Trimberg; comptes-rendus des séances de V Académie impériale de
Vienne \classe de philosophie et d'histoire, t.CXVI, 1888, p. 145-192. V. aussi Conradi Hirsaugiensis Dialogue super auctores sive Didascalon, publié pour la première fois par Schepss, Wurzbourg, 1889,in-8°. Il n'y a point eu, ce semble, d'écrivain du nom de Conrad de Hirschau, mais le Dialogus super auctores est bien une œuvre du xiu* siècle. V. Rose, Catalogue des manuscrits latins de la Bibliothèque royale de Berlin, t. I, Berlin, 1893, p. 137.
III. Les temps modernes. — Avec le xv e siècle, l'étude de la littérature ecclésiastique de l'antiquité prit un essor inattendu. Les trouvailles des humanistes, qui rendaient au jour, après une si longue nuit, tant d'ouvrages latins et plus encore de grecs, étonnèrent et émurent les contemporains ; l'intérêt public, déjà en éveil, ne put qu'être surexcité par la thèse des réformateurs, que le christianisme primitif était toujours allé s'altérant davantage; enfin, dans le xvn e et dans le xviii' siècle, c'est la gloire des Bénédictins de Saint-Maur d'avoir imprimé au mouvement commencé, du moins chez les peuples catholiques une puissante et durable impulsion ; car leurs éditions excellentes, dont quelques-unes sont des modèles, et qui, pour la plupart, n'ont pas été surpassées, ouvrirent au monde savant des sources d'une richesse et d'une variété vraiment inépuisables.
L'histoire de la littérature théologique en reçut une orientation nouvelle. Les Pères de l'Eglise provoquèrent de plus vastes et plus pénétrantes recherches. Presque partout il y avait à dégager la réalité historique du voile de la légende ; il fallait, en particulier, examiner les œuvres de chaque Père au double point de vue de l'authenticité et de l'intégrité. Peu à peu les critiques se rendirent plus nettement compte de leur multiple tâche et s'en acquittèrent en général d'une façon plus complète. On doit, dans le monde catholique, des travaux de la plus haute valeur à Bellarmin (f 1621), à Ellies Dupin (1)
(l) « La France, a dit M. le professeur Kihn, de Wurzbourg, est la patrie de la science patrologique. Elle a été (ondée par Ellies Dupin... Par l'influence
(f 1719), à Dom Le Nourry (f 1724), à Dom Geillier (+ 1761), à Dom Schramm (+ 1797), à Lumper (f 1800). On ne saurait oublier, parmi les Luthériens, Jean Gerhard (f 1637), Hùlsemann(f 1661), Godefroy Olearius (f 1711), etc.; parmi les Réformés, Cave (+ 1713), Casimir Oudin, moine apostat, qui, de l'Ordre des Prémontrés, passa en 1690 au protestantisme et mourut en 1717, etc. C'est aux Luthériens prénommés que le mot de Patrologie est redevable de son droit de cité comme de sa rapide diffusion.
1° Auteurs catholiques. — Bellarmin, S. J., De scriptoribus ecciesiasticis liber unus, in-4°, Rome, 1613; Cologne, 1613, in- 8°. On trouve la liste des nombreuses éditions postérieures dans A. de Backer, Bibliothèque des écrivains de la compagnie de Jésus, nouv. éd., I, 510. Bellarmin remonte jusqu'aux écrivains sacrés et s'arrête a l'an 1500. Le P. Labbe, S. J., Paris, 1660, et Casimir Oudin, Paris, 1686, publièrent des appendices et suppléments à son ouvrage ; À. du Saussay le continua de 1500 à 1600, Toul, 1665. — L. Ellies Du Pin, Nouvelle Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques, Paris, 1686-1714, in-8°. Recueil immense, qui contient toute l'histoire de la littérature théologique chrétienne jusqu'au xviu« siècle. Chacune de ses parties a paru sous un titre particulier, et le nombre des volumes a varié avec les diverses éditions. Cf. Niceron, Mém. pour servir à l'histoire des hommes illustres, Paris, 1727-1745, II, 31- 37. Le premier volume d'Ellies Dupin est consacré aux écrivains théologiques des trois premiers siècles ; les erreurs sur le canon des Ecritures, la témérité de la critique, l'irrévérence du langage, l'hostilité au Saint- Siège y choquèrent beaucoup d'esprits (1), et, le 10 mai 1757, l'ouvrage entier fut mis à l'index. Cf. Reusch, L'Index des litres prohibés, Bonn, 1883-1885, II, 586. — N. Lenourry, 0. S.B., Apparatus ad Bibliothecam, maximam veterum Patrum, etc. Lugduni éditant (CF. infra, § 3, II) 2 vol. in -fol. Paris, 1703-1715. Le tome premier va des apôtres à Clément d'Alexandrie ; le deuxième s'occupe des apologistes latins du m* et du iv a siècle. Cf. Hurter, S. J., Nomenclator literarius recentioria theologiœ ca tholicœfi* édit. 11,1117-1119. — Dom Ceillier, 0. S. B., Histoire générale des auteurs sacrés et ecclésiastiques, 23 vol. in- 4°, Paris, 1729-1763. Ce
qu'ont exercée ces écrivains (français), les études de la Patrologie se sont répandues dans les autres pays ». Congrès scientif. internat, des catholiques à Paris, 1891, section des Sciences religieuses, p. 280-281 (N. des T.) — 1. BosstriT, Mémoire de ce qui est à corriger dans la Nouvelle bibliothèque des auteurs ecclés. de M. Dupin. T. m* de l'éd. Guillaume. (S. bis T.)
travail commence avec Moïse et finit avec Guillaume d'Auvergne 1 1248. La Table générale des matières, etc.,* est l'œuvre d'Et. Rondet, 2 vol. in- 4 # , Paris, 1782. On a donné a Paris, 1858-1869, une nouvelle édition en
17 volumes in-4° de l'ouvrage entier. Cf. Hurler, Op. laudat. f II, 1375- 1376. — Dom Schramm, 0. S. B., Analysis operum ss. Patrum y etc.,
18 vol. in-8°, Au^sbourg, 1780-1796. Les t. XVI et XVII parlent de saint Ambroise, le t. XVIII de saint Epiphane. — 6. Lumper,. O.S. B., Historia theologico-critica de vit a, scriptis atque doctrina ss. Patrum Qliorumque scriptorum eccl. trium primorum sxculorum, etc., 13 vol. in-8\ Augsb., 1783-1799.
2» Luthériens. — J. Gerhard, Patrologia, s. de primitivœ ecclesix christianœ doctorum vita uc lucubralionibus opusculum posthumum, etc- Iéna, 1653, io-8°, 2e éd. Sine loco, 1668, 3* éd. Géra, 1673. Le livre s'ouvre avec Hermès (Hermas) et se ferme aveo Bell ar m in. — Quant à la Patrologie de J. Hûlseroann, que Scherzer publia, en 1690, à Leipzig, nous renvoyons à Ittig, Schediasma de auctoribus, qui de scriptoribus eccl. egerunt, Leipzig, 1711, p. 32-33. — Godefroy Olearius, Abacus pattologicus, s. primitivœ et succedanœ... eccl. christ, patrum atque doctorum... ut et qux exiant, scriptorum t alphabetica enumeratio, Iéna, 1673, in-4°. Le fils de l'auteur, J. Gottl Olearius, fit réimprimer l'ouvrage revu et et augmenté, sous le titre de Bibliotheca scriptor. eccl., 2 vol. in -8°, Iéna, 1710-1711. Ce travail embrasse les seize premiers siècles de l'ère chrétienne. — Quelques écrivains ecclésiastiques grecs sont étudiés à fond par Fabricius, Bibliotheca grxca s. notitia scriptorum veterum grxcorum, 14 vol. in-4°, Hambourg, 1705-1728. L'édition nouvelle qu'en a donnée G. Ghr. Harles, est restée inachevée, 12 vol. in-4», Hamb. 1790-1809. Index in Fabricii Bibliothecx Grxcx editionem G. Ghr. Harlesii, Leipzig, 1838, in-4°. — Schœnemann, Biblioth. historico-literaria Patrum latinor. a Tertulliano principe usque ad Greogorium. M. et Isodorum Hispalensem, 2 vol. in-8°, Leipzig, 1792-4794. Le t. III, promis dans la préface du second volume, n'a pas paru.
3° Réformés. — W. Cave, Scriptorum ecclesiastic. hist. literaria a Chr. nato u%que ad sxc. XIV, Londres, 1688, in-f°. H. Wharton, Appendix ad hist. literariam. Cl. v. Guil. Cave, de Tan 1300 à Tan 1517, Londres, 1689, in-f°. Ces deux ouvrages ont été souvent réimprimés ensemble. La meilleure édition est celle d'Oxford, 2 vol., 1740-1743. — G. Oudin, Commentarius de scriptoribus ecclesiast., 3 vol. in-f°, Leipzig, 1722. Le premier volume traite des anciens écrivains ecclésiastiques, le deuxième embrasse les ix', x», xi* et xn e siècles ; le troisième comprend les xm", xiv* et xv* siècles, a? ec les tables.
V. d'autres travaux patrologiques des siècles passés dans Ittig, Schediasma de auctoribus qui de scriptoribus ecclesiasticis egerunt f Leipzig, 1711, in-8°. On trouvera le catalogue des travaux du xviii* siècle dans Walch-Danz, Biblioth. Patristica, Iéna, 1834, p. 5-18 ; — dans Engelmann- Preuss, Biblioth. scriptorum classicorum, 8° éd., n, 23-25; — dans Ri-
chardson, Bibliographical Synopsis, p. 119-123, Buffalo, 1887. Cf. infra, §3,i.
IV. Le xix e siècle. — Depuis la seconde moitié du xvin' siècle, l'usage a prévalu de limiter aux écrivains ecclésiastiques de l'antiquité, sans l'étendre jamais à ceux des âges postérieurs, le domaine propre de l'histoire littéraire. Le titre de Pères était depuis très longtemps déjà Papanage exclusif des plus anciens écrivains. Mais le nombre de ces vieux auteurs alla toujours croissant. Que d'œuvres, en effet, des littératures grecque et latine n'at-on pas exhumées ! A la tête des infatigables et heureux chercheurs, il faut nommer avec respect un italien et un français, le cardinal Angelo Mai, mort en 1854, et le cardinal Jean-Baptiste Pitra, mort en 1889. Mais ce ne fut pas seulement une partie de l'ancien monde qui reparut ; un monde absolument nouveau sortit de sa tombe, tout le passé de deux antiques Eglises, de l'Eglise de Syrie et de celle d'Arménie, revit la lumière du jour.
Avec ses Institutiones Patrologiœ, Mgr Fessier, mort en 1872, évêque de Saint-Hippolyte, a laissé sur le terrain de la Patrologie un travail d'une haute importance, auquel l'abondance et la sûreté des informations assurent une valeur durable. Dans le demi-siècle qui va finir, la Patrologie a vu aussi lever une riche moisson de précieuses monographies (1). La théologie protestante se voue avec un redoublement de zèle à l'étude du christianisme primitif, et de plus en plus la philologie a eu raison du dédain où l'on avait longtemps tenu la littérature théologique chrétienne.
(1) Parmi les auteurs de ces monographies, nommons en France, MM. Duchesne, Boissier, Le Blant, P. Martin, Largent, Batiifol, Tixéront, Bonnet, Massebicau, Doni Cabrol, etc. Les leçons faites ù la Sorbonne, il y a plus de vingt ans, par Mgr Frcppol, sur l'éloquence sacrée dans les trois premiers siècles, n'ont encore rien perdu ni de leur agrément, ni de leur solidité. On a publié, après la mort de Mgr Freppel, les leçons qu'il avait rédigées sur Commodien, Arnobe et Lactancc, Paris, 1893 ÇS. des T.).
Sous bénéfice de renvoi aux ouvrages bibliographiques de Walch- Danz, d'Engelmann-Preuss, de Bichardson (Cf. supra, m), oontentonsnous de signaler ici quelques Patrologies de notre temps :
Busse, Esquisse de La littérature chrétienne depuis son origine jusqu'à la découverte et à la diffusion de l'imprimerie, 2 vol. in -8°, Munster, 1828- 1829. — Mœhler, Patrologie ou histoire de la littérature chrétienne. Œuvre posthume, dont Reilhmayer n'a publié, d'après les papiers de l'auteur, qu'un seul volume avec des appendices; t. I. Les trois premiers siècles, Ratisbonne, 1840, in-8°. Traduction française par M. Jean Cohen, Louvain, 1844, in-8*. —Joseph Fessier, Institutions Patrologie, 2 vol. in- 8*, Inspruck, 1850-1851. M. Jungmann, professeur à Louvain, en a publié une deuxième édition revue et remaniée, mais en en mutilant la biblio" graphie, 3 vol. Inspruck, 1890-1896. — Alzog, Patrologie, in-8 # , Fribourg, 1866. 4' éd. 1888 ; Traduction française de M. l'abbé Bélet, Paris, 1877. — J. Nirschl, Patrologie et Patristique,3 vol. in-8°, Mayence, 1881- 1885. « Ce manuel ne sépare point la Patrislique d'avec la Patrologie, car il emprunte aux Pères de l'Eglise et aux écrivains ecclésiastiques, et reproduit mot à mot des textes importants sur les principaux articles du dogme chrétien. » T. I, préface, p. 4.
Oq doit à W. Smith et H. Wace, pour les huit premiers siècles, un recueil très utile, aussi complet que possible et presque toujours sûr : A Diciionary of Christian Biography, Literature, Sects and Doctrines, 4 vol. in-8° de plus de 1000 colonnes, Londres, 1877-1887. « Cet ouvrage a pour but de fournir, sous forme d'un dictionnaire biographique, un ensemble complet de matériaux pour l'histoire de l'Eglise chrétienne, depuis le temps des' apôtres jusqu'à Charlemagne, et sur toutes les branches de la science historique à l'exception des antiquités chrétiennes » (T. I, Préf. p. ix}.
Les auteurs ecclésiastiques latins ne sortent point du cadre des études de Baehr et de Teuffel sur l'histoire de la littérature romaine. Baehr, Hist. de la littérature romaine, t. IV : La littérature romaine chrétienne, 3 sections, in-8", Carlsruhe, 1836-1840. La !*• section, Les poêles et les historiens chrétiens de Rome, a été réimprimée en 1872. — Teuffel, Hist. de la littérature romaine, Leipzig, 1870, in-8°. L'ouvrage a été traduit, sur la 3 e édition allemande, par J. Bonnard et P. Pierson, 3 vol., Paris, 1883. La 5 e édition a été remaniée par L. Schwabe, 2 vol. 1890. — L'ouvrage d'Ebert, Histoire générale de la littérature du moyen-âge en Occident, a obtenu en Allemagne un succès sérieux et mérité. T. I' r . Histoire de la littérature latine chrétienne depuis les origines jusqu'à Char' lemagne, Leipzig, 1874, in-8°. Traduction française par J. Aymeric et J. Condaraio, Paris, 1883. — M. Manitius a été beaucoup moins heureux, dans son Hist. de la poésie latine chrétienne jusqu'au milieu du vin* siècle, in-8°, Stuttgard, 1891. — Quant aux écrivains ecclésiastiques grecs, depuis Jostinien jusqu'à la chute de l'empire d'Orient (527-1453), M. Karl Krumbacher s'est occupé d'eux, dans sa remarquable Histoire
de la littérature byzantine, Munich, 1891, in 8°. La place restreinte qui leur avait été faite daus la 1" éd. s'est notablement élargie dans la seconde, Munich, 1897, par les soins de M. Ebrard, l'un des collaborateurs de H. Krumbacher.
G. V. Lechler, Nouveaux documents pour servir à l'histoire de l'anti- 9uité chrétienne, Leipzig, 1886, in 8°. — P. Savi, Délie scoperte e dei progretsi rcaliiMiîi nelfantica lelteratura cristiana durante l'ultimo décennie. Sienne, 1893, in-8°. — A. Ehrard, La vieille littérature chrétienne et les travaux publiés à ce sujet de 4880 à 1884, Pribourg, 1894. (La Préface de ce compte rends en promet eue continuation, qui doit embrasser les dix années suivantes (1881-189!], mais qui n'a pas encore para). Etudes théûlogiques de Strasbourg, publ. par. A. Ehrard et E. Meiller, t. 1, fasc. 4-5.
V. Le passé et l'avenir. — Il reste encore à la Patrologie an grand pas à faire. Il faut que, rompant avec ses anciens errements, elle tâche de s'inspirer de plus en plus des règles et de l'esprit de la science historique, pour bien concevoir, pour étreindre et creuser son sujet.
L'histoire de la littérature, aussi bien que les autres histoires, cherche à saisir et à mettre en relief, dans la mesure du possible, le lien pragmatique des phénomènes qui se succèdent à ses yeux. La Patrologie jusqu'à présenta isolé, pour les étudier successivement à part et comme dans le vide, non seulement la physionomie de chaque Père, mais encore chacune de ses œuvres ; désormais elle doit prendre à tâche de montrer l'action des forces qui les ont poussés en avant, et de faire ressortir, avec le caractère des temps où ils ont vécu, leurs rapports réciproques, les influences exercées et reçues. Tel est l'idéal, dont les monographies ont ouvert déjà la route, et vers lequel sans doute elles auront seules le privilège de nous acheminer.
Ne l'oublions pas, d'ailleurs : pour nombre d'écrivains ecclésiastiques, nuits ne saurions nous flatter ni de les enlendre ;ï fond ni de les apprécier d'une façon définitive; à cette heure, pareille prétention serait une chimère,
faute de bonnes éditions, appuyées sur les manuscrits et enrichies de solides commentaires. Depuis 1864, l'Académie impériale de Vienne (1) a provoqué de nouvelles et vastes recherches sur les manuscrits des œuvres des Pères latins, afin d'en dresser un inventaire complet. Le texte usuel des écrivains ecclésiastiques grecs est en général beaucoup plus altéré et beaucoup moins sûr que celui des Latins : ce qui rend plus pressante la nécessité d'une enquête approfondie sur les manuscrits grecs et promet aux chercheurs une riche moisson.
Le branle et la direction donnés à l'étude des manuscrits par l'Académie impériale de Vienne ont eu pour premiers fruits les catalogues de ceux d'entre les manuscrits latins à qui leur âge ou leur excellence semblaient mériter l'honneur d'être utilisés dans les éditions projetées du Corpus. Ces catalogues, imprimés d'abord dans le compte-rendu des séances de l'Académie de Vienne, Classe de philosophie et d'histoire, ont été ensuite tirés à part.
K. H il m, Catalogue des plus vieux manuscrits des saints Pères dans les bibliothèques de la Suisse, Vienne, 1865. — Le P. Gall Morel, Les manuscrits des Pères latins antérieurs au ix e siècle dans la bibliothèque d'Einsiedeln. Supplément au catalogue de Halm, Vienne, 1867. — À. ReifTerscheid, Bibliotheca Patrum latinorum Italica, Vienne, 1865-1872, 2 vol. Le premier volume se compose de six fascicules (1805-1870,) consacrés, le premier à la bibliothèque du chapitre de Vérone, les cinq autres aux bibliothèques de Rome. Le tome II comprend trois fascicules : la bibliothèque Ambrosienne à Milan (1871), les bibliothèques du Piémont (1871), les bibliothèques de Venise, de Florence, de Naples, de La Cava, du Mont-Cassin (1872). V. aussi ReifTerscheid, De latinorum codicum subscriptionibus commenlariolum dans le Programme de l'Université de Breslau pour Vannée 4 87 Z-7 3 > Faculté des Lettres. — K. Zangemeister, Compte rendu des recherches entreprises sur l'ordre de la Commission des saints Pêres 9 dans les bibliothèques d'Angleterre, Vienne, 1877. — H. Schenkl, Bibliotheca Patrum latin. Britannica, t. I, 1" partie: la bibliothèque Bodléienne à Oxford, Vienne, 1891 ; 2° partie : la bibliothèque de sir Thomas Phillips à Cheltenham, Vienne, 1892. — G. de Hartel, Bibliotheca Patrum latin. Hispaniensis, t. I, Vienne, 1887 ; t. II, 1888. Cf. R. Béer, Trésors de manuscrits d' Espagne y Vienne, 1891.