IV. Patrologie, Pat ris tique, Histoire des dogmes
Si Tidée de la Patrologie remonte assez haut, le nom ne date, ce semble, que du xvii siècle. En tout cas, au xvn e siècle ce nom servit à désigner l'étude de la vie et des œuvres des saints Pères. Un théologien luthérien, mort en 1637, Jean Gerhard, avait laissé, dans ses papiers, un abrégé de l'histoire de la littérature théologique chrétienne jusqu'au moyen âge ; en 1653, on publia ce travail sous le titre de Patrologia sive de primitive ecclesiœ chrhtianœ doctorum vita ac lucubrationibus . Une pareille étude ne pouvait naturellement se désintéresser complètement de la doctrine des Pères ; il fallait analyser leurs ouvrages, en dresser la table des matières, en exposer l'objet et le plan ; pour apprécier l'importance particulière de chaque Père, d'ordinaire on s'appuyait avant tout sur une étude attentive de ses pensées et de ses théories.
Ce n'est pas toutefois aux travaux de la Patrologie, c'est bien plutôt à certains chefs-d'œuvre de théologie dogmatique que revient l'honneur d'avoir les premiers creusé et pénétré la doctrine des saints Pères. Dans le camp des catholiques, les immenses travaux d'un Jésuite, Denys Petau (-J- 1647), et ceux du P. Louis Thomassin, de l'Oratoire (1), inaugurèrent une série d'ouvrages de théologie, qui, rompant avec la vieille méthode scolastique, prirent à tâche d'exposer au long et de renforcer partout les preuves traditionnelles de la foi de l'Eglise. Souvent aussi, dans leurs manuels de dogmatique, les Protestants consacrèrent une section spéciale à la doctrine des Pères ou à
1 . On ne saurait oublier ici Bossuet, quelques réserves qu'appellent ses idées sur le développement de la doctrine. Bossuet, au xvu e siècle, a poussé plus que personne à l'étude des Pères, par ses leçons et par son exemple. V. Défense de la Tradition et des Saints- Pères , — Sur le style et la lecture des écrivains et des Pères de l Eglise, etc , etc. (N. des T.)
§ i. — NOTION ET OBJET DE LA PATROLOGIE 9
l'enseignement ecclésiastique d'après les Pères. Ce chapitre s'intitulait Théologie historique. A ce titre on en substitua plus tard un autre et la Théologie patristique, à dater surtout de la fin du xvn c siècle, fit le pendant de la Théologie scripturaire, Theologia biblica, et de la Théologie symbolique. Voici comment un théologien luthérien, François Buddeus (-j- 1729], nous en indique l'objet et le but : « Par théologie patristique nous entendons l'ensemble des dogmes sacrés selon l'esprit et la pensée des Pères, afin d'apprendre par là de quelle façon la vérité de la religion chrétienne s'est toujours conservée et propagée dans l'Eglise (1) ».
Sur le tronc de la Patristique a grandi, pour s'en détacher dans la seconde moitié du xvm e siècle, une branche nouvelle, cette science de YHistoire du dogme, que le xix e siècle a cultivée avec tant d'ardeur et tant de succès. L'histoire du dogme est proprement l'histoire du développement et du progrès dont la foi de l'Eglise a parcouru successivement les étapes depuis les apôtres jusqu'à nous (2). Elle ne supplée pas l'argument de tradition de la dogmatique catholique, mais cet argument, elle sert puissamment à l'édifier. En revanche, la Patristique, au sens où l'entendait Buddeus, ne pouvait plus, à côté de l'histoire du dogme qu'elle avait portée dans son sein, prétendre au rôle d'une science à part. Aussi le terme de Patristique fut-il dès lors communément employé comme synonyme de Patrologie. Les auteurs qui continuent à distinguer entre Patristique et Patrologie, regardent du moins ces deux sciences comme étroitement apparentées et en traitent dans les mêmes ouvrages (3). Pour eux, tout le lot de la Patristique se réduisit à fournir sur la doctrine des
1. « Per theologiam patristicam intelligimus dogmatum sacrorum ex mente sententiaque patram, inde ut cognoscatur, quo pacto veritas religionis christianœ conservata semper sit in ecclesia ac propagata ». Isagoge historicotheologica ad theolog. universam, Leipz. 1727, p. 535. — 2. Cf. Mgr Gixoulhiac, Histoire du dogme catholique, Introd. t. I, p. xxn-xxxi. (S. des T.). — 3. Tel encore Joseph Nirschl, Manuel de Patrologie et de Patristique, 3 vol. Mayence, 1881-1885.
saints Pères les indications, les éclaircissements, comme la Patrologie elle-même, nous l'avons remarqué déjà, n'avait pu s'en dispenser.
Cf. Erdmann, ProUgomena in palrhtictm. I. De patmlicet notions et finibus, Kœni^sherg, 1857, in-4". Erdmacn emploie le mot de Patristique dans le seDi de Patrologie.
V. Délimitation précise du terrain de la Patrologie. — La Patrologie, nous le savons, étudie la vie, les ouvrages et la doctrine des Pères de l'Eglise. En dehors du cercle des Pères au sens rigoureux du mot, il y a aussi les écrivains ecclésiastiques des premiers temps. La Patrologie, sans crainte de démentir son nom, ne laisse pas de les faire entrer à leur tour dans le cadre de ses investigations, afin d'explorer tous les coins et recoins de son domaine, et de pouvoir retracer dans son ensemble le développement de la littérature ecclésiastique. Elle aspire donc à être l'histoire de la littérature ecclésiastique durant les sept ou huit premiers siècles. Mais, ce qu'elle tient pour ecclésiastique, nous l'avons fait pressentir, c'est la littérature théologique, au service de la foi de l'Eglise, et, devant l'accusation de traiter comme un tout à part un chapitre très spécial de l'histoire de la littérature chrétienne, elle se réclame de l'importance singulière à laquelle ce chapitre a le droit de prétendre. Souvent de nos jours on a voulu voir dans la Patrologie une histoire de la vieille littérature chrétienne. C'est une erreur, en ce sens que la littérature chrétienne comprend aussi les œuvres profanes des auteurs chrétiens et se dit par opposition à la littérature païenne et judaïque.
Ni les ouvrages païens ni ceux des hérétiques ne sont en eux-mêmes du ressort de la Patrologie ; mais ils en méritent et en attirent toujours les regards. Toute histoire a pour tâche de montrer, avec le passé, les causes mêmes