‹ Les pères de l'égliseChapitre 2 sur 149 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Écrivains grecs.

§ 76. — Coup cTœil général.

I. Décadence des études. — A partir du milieu du v* siècle la théologie grecque décline rapidement. Les controverses dogmatiques que rappellent les noms de Nestorius et d'Eutychès, servent de plus en plus certaines visées politico-ecclésiastiques. L'intérêt scientifique se meurt ; la force créatrice s'épuise. Les compilateurs et les abréviateurs se mettent à l'œuvre, qui se contentent d'enregistrer les résultats des travaux intellectuels du passé. Cette époque voit les débuts, encore peu éclaircis du reste, des Chaînes (1) et de la littérature emmêlée et confuse des

i. Commentaires de l'Ecriture Sainte composés de passages choisis des anciens commentateurs enfilés bout à bout.

Pères de l'Église, T. III. *

Anthologies ou Parallèles. Quelques écrits des âges précédents, surtout des homélies, sont remaniés, pour répondre aux besoins d'une situation toute nouvelle. D'autres ouvrages sont expliqués et commentés.

Il ne manque pas toutefois de talents privilégiés qui s'élèvent au-dessus de leur temps, dont les œuvres originales étonnent et éblouissent. Il est surtout un domaine de la littérature ecclésiastique où cet âge obtient un succès absolument inespéré, savoir l'hymnographie rhythmique, déjà cultivée ça et là aucoursdu iv'etdu v* siècle (1), mais qui, maintenant excitée et provoquée par le splendide épanouissement du culte, produit des œuvres immortelles.

En somme, jusqu'à la fin des temps patristiques, jamais l'appauvrissement de la littérature ecclésiastique ne ressemble ;ï la totale stérilité de la littérature grecque profane. Tandis que celle-ci, durant le vu' et le vin" siècle, est frappée comme d'un complet mutisme, l'Eglise trouve dans Jean de Damas un porte-parole qui, prosateur et poète, semble faire revivre une fois encore l'âge d'or du iv B siècle. Ce ne fut, hélas ! qu'un fugitif phénomène de seconds floraison; après saint Jean Damascène un profond engourdissement s'empare de la théologie byzantine.

II. Los controverses et la littérature dogmatique, polémique et apologétique. — Le Nestorianisme et, dans une plus large mesure, le Monophysisme aux branches multiples occupèrent la théologie grecque bien après le concile de Chalcédoine et pendant des siècles. Le plus éminent adversaire de l'une et de l'autre hérésie fut.au vi" siècle, un rejeton spirituel de saint Cyrille d'Alexandrie, Léonce de Byzance. On dislingue encore dans cette vaste mêlée

§ 76. — coup d'œil général 3

Ephrem d'Antioche, l'empereur Justinien, Anastase I d'Antioche, Euloge d'Alexandrie, Georges Pisidès, Anastase le Sinaïte, Jean de Damas.

La lutte contre l'Apollinarisme fut poursuivie par Antipater de Bostra et par un autre 'auteur qui est peut-être Léonce de Byzance. Dans l'interminable controverse origéniste on remarque à cette époque le même Antipater de Bostra, l'empereur Justinien, Barsanuphius, Théodore de Scythopolis. Les discussions théopaschites et trithéïstes eurent moins de retentissement et ne troublèrent guère que les provinces qui les virent naître.

La querelle des Trois-Chapitres émut l'Occident plus que TOrient. Eustrate de Constantinople combat la théorie du sommeil de l'âme. Le monothélisme, résurrection du monophysisme, trouva de rudes adversaires dans saint Sophronius de Jérusalem et saint Maxime le Confesseur.Saint Maxime est l'un des plus grands théologiens de l'antiquité grecque. Il se fonde sur les écrits du prétendu aréopagite, mais il n'a malheureusement pas entrepris, comme son devancier, une exposition générale de la doctrine de l'Eglise.

La dernière des grandes controverses doctrinales de l'Eglise grecque fut provoquée par l'iconoclaste Léon Tlsaurien. Les images eurent pour principaux défenseurs saint Germain de Constantinople et saint Jean Damascène. Ce dernier est demeuré jusqu'à nos jours le théologien classique de l'Eglise d'Orient. Sa Source de la connaissance est la synthèse méthodique et définitive de tous les travaux antérieurs de la théologie grecque. Procope et Enée de Gaza, Zacharie le Rhéteur représentent avec honneur l'apologétique chrétienne en face du néo-platonisme. Léonce de Néapolis, Anastase le Sinaïte, saint Jean Damascène et d'autres écrivirent contre les Juifs. Le docteur de Damas combattit aussi les Mahométans et, sous le nom de Pauliciens, les Manichéens.

III. Les autres branches de la littérature théologique. — Dans le champ de la théologie historique, en Orient, la forte tradition qui part d'Eusèbe se maintient vivante et féconde jusque dans cette période, du moins jusqu'au vi e siècle, tandis que, en Occident, dès le v% on voit régner la forme aride de la chronique. Théodore le Lecteur, Zacharie le Rhéteur et Evagre le Scolastique se sont fait comme historiens de l'Eglise un nom durable. La première moitié du vn # siècle produisit le Chronicon Paschale. L'histoire du concile de Nicée de Gélase de Cyzique est une œuvre médiocre. Dans le genre biographique, où dès l'époque précédente Basile de Séleucie s'était essayé, Cyrille de Scythopolis, Léonce de Néapolis et d'autres donnèrent des travaux dignes d'éloges. Cyrille s'adresse aux moines, Léonce au peuple ; l'un et l'autre se proposent un but pratique d'édification. Il faut mentionner pour la géographie Gosmas Indicopleustès.

Le domaine de la théologie biblique est beaucoup moins cultivé qu'à l'époque précédente. Nous avons au v e siècle des commentaires bibliques d'Ammonius d'Alexandrie, de Gennade de Constantinople, d'André de Césarée. Procope de Gaza laissa de vastes compilations en forme de Chaînes sur une série de livres de l'Ancien Testament. Le commentaire de Cosmas Indicopleustès sur le Cantique des Cantiques est perdu ; mais le V e livre de la Topographie chrétienne du même auteur nous offre une sorte d'introduction biblique. Les commentaires d'Olympiodore d'Alexandrie sont également restés en route. Plus tard Grégoire de Girgenti expliqua l'Ecclésiaste et saint Jean Damascène les Epîtres de saint Paul. Maxime le Confesseur et Anastase le Sinaïte entre autres écrivirent des dissertations sur des passages isolés de la Bible.

Certaines branches de la théologie morale sont plus richement représentées. Il parut des écrits ascétiques de saint Jean Climaque, de Jean Moschus, du moine Antio-

§ 77. — ÉCRIVAINS DE LA II e MOITIÉ DU V e SIÈCLE 5

chus, de l'abbé Dorothée, de saint Maxime le Confesseur, de saint Jean Damascène et de nombre d'autres auteurs. Notamment YEchelle {Céleste) de saint Jean Climaque se répandit partout et jouit d'une grande autorité. Le Pré spirituel de Jean Moschus, recueil de miracles et d'exemples de moines contemporains, n'eut pas une moindre vogue. Nous avons des recueils d'homélies de Basile de Séleucie, de saint Sophronius de Jérusalem, de saint Germain de Constantinople, de saint Jean Damascène. Les sermons sur la Sainte Vierge des trois derniers orateurs méritent une particulière attention.

Au vi 6 siècle, un auteur inconnu et Jean le Scolastique donnèrent des recueils méthodiques de canons* Au vu* et au vm e siècle on voit paraître les premiers Nomocanones, recueils de lois civiles et ecclésiatiques.

La poésie sacrée, on Ta dit déjà (1), prit un magnifique essor. Romanos le Chantre, Sergius de Constantinople, André de Crète, saint Jean de Damas, Gosmas le Mélode, composèrent de nobles, ça et là d'incomparables hymnes, selon le procédé nouveau du rhythme. Georges Pisidès, autre poète de talent, d'une grande fécondité, reste fidèle à la métrique classique.

§ 77. — Ecrivains de la II moitié du P siècle.

I. Basile de Séleucie. — Au concile de Constantinople de 448, sous le patriarche Flavien, Basile, évêque de Séleucie en Isaurie, s'était prononcé pour la condamnation du mo-

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