Supra, ni
VI. Saint Jean Damasoène et saint Cosmas le Mélode. — L'exemple d'André de Crète fut imité et créa un genre durable ; mais comme la longueur de ses canons était insupportable, les neuf odes furent ramenées à un nombre de strophes raisonnable.
Les plus remarquables représentants de ce genre sont le célèbre théologien Jean de Damas et son frère adoptif Cosmas le Mélode. On trouvera plus loin (1) une notice sur la vie du premier.
Cosmas fut le compagnon d'études de Jean ; il reçut avec lui à Damas les leçons d'un moine sicilien, également appelé Cosmas. Ce moine, captif chez les Sarrasins, avait été racheté par le père de Jean ; il possédait une culture très étendue, tant théologique que profane (2). Cosmas le Jeune se retira avec Jean dans le couvent depuis longtemps célèbre de Saint-Sabas aux environs de Jérusalem ; mais il ne devait pas comme lui y finir sa vie : Tan 743, on le voit monter sur le siège épiscopal de Majuma en Phénicie. La date de sa mort est inconnue. Bien qu'on l'appelle d'ordinaire le Mélode, son séjour près de Jérusalem lui valut aussi le surnom d'Hiérosolymite, Hagiopolite ou Hiéropolite.
Cosmas et Jean ont cela de commun que, plus encore qu'André de Crète, ils sacrifient l'essor de l'imagination et la clarté de l'expression à la finesse, à la variété, à la construction artistique du vers. Ils se proposaient comme modèles les poésies choisies d'un Grégoire de Nazianze, sur lesquelles Cosmas a laissé des scolies. Leurs odes et leurs canons célèbrent surtout les fêtes du Sauveur.
On a contesté de nos jours l'opinion régnante qui attribuait à Jean Damascène YOctoechos, recueil officiel de cantiques pour les offices du dimanche, encore en usage
i. § 85, ii.
2. V. la Vita S, Joann. Damasc. (Migpce, xciv, 441-444), probablement du patriarche Jean VI de Jérusalem, f vers 969.
§ 82. — poètes 57
dans l'Eglise grecque. Jean surpasse peut-être son frère adoptif pour la chaleur du sentiment et l'éclat du style ; mais il n'en tombe pas moins, lui aussi, dans les jeux artificiels et les laborieuses afféteries d'une technique surannée. 11 a repris, en effet, la métrique quantitative et composé en trimètres iambiques (i) du moins ses trois canons sur Noël, la Théophanie (2) et la Pentecôte. Il est vrai qu'il sait user en même temps du procédé nouveau en soumettant ses vers à la fois au rhythme et à la prosodie.
Dans leur singulière prédilection pour l'artificiel et l'affecté, les Byzantins de la basse époque ont placé Jean et Cosmas au-dessus de tous les autres hymnographes grecs. Les deux mélodes ont trouvé de nombreux commentateurs. Suidas (3) assure hardiment que rien n'a jamais égalé, que rien n'égalera jamais les canons de Jean et de Cosmas.
Recueil de poésies de S. Jean Damascène, dans Migne, P. G., xcvi, 817- 856, 1363-1408. Une partie des canons, col. 1371-1408, éditée d'abord par Mai, Spicil. Roman., t. TX, p. 713-739, paratt bien apocryphe, peutêtre l'œuvre d'un autre Joannes Monachus plus récent. V. Christ et Paranikas, Antholog. Grxca, Prolog, p. zlvii. Udnihologiô donne, après six pièces plus courtes de S. Jean Damascène, p. 117-121, huit canons authentiques, p. 205-236. Sur S. Jean Damascène, cf. A. Nauck, dans Y Hermès, t. XII (1877), p. 395-397.
L'héritage poétique de S. Cosmas demeure également peu défini et de tout ce qui porte son nom l'authenticité est loin d'être certaine. Son précepteur avait lui aussi composé des cantiques spirituels et lorsque les manuscrits attribuent une pièce à Cosmas il est souvent fort difficile de décider s'il s'agit de l'élève ou du mattre. Mrgne, P. G., xcfin, a 13 « hymnes de Cosmas de Jérusalem » col. 459*514, et 11 autres odes