LE THÉISME DE VOLTAIRE
de tous les êtres animés qui lui disent : « C'est Dieu qui nous a formés » ?
La religion véritable se réduit aux quelques points sur lesquels se sont accordés les plus grands esprits : l'adoration d'un Dieu et la vertu. L'élite des philosophes et des sages répète d'une seule voix : « Il y a un Dieu ; et il faut être juste ». Voilà la religion universelle, subsistante dans tous les temps et dans tous les pays.
Croyons en un seul Dieu, parce qu'il ne peut y avoir quune seule âme du grand tout, un seul être vivifiant^ un formateur unique. Révérons en Dieu le père tout-puissant, parce qu'il est le bienfaisant auteur de la nature et des hommes, entre lesquels il n'a mis aucune différence essentielle que celle du crime et de la vertu. Ayant un père commun, regardons-nous comme les frères les uns des autres. Prions avec la foule ; mais résignons-nous avec les sages.
Aux yeux de Voltaire, le théisme est une religion répandue dans toutes les religions ; c'est la religion du bon sens non perverti par la superstition. « Le théiste est un homme fermement persuadé de l'existence d'un Etre suprême aussi bon que puissant, qui a formé tous les êtres étendus, végétants, sentants et réfléchissants; qui perpétue leur espèce, qui punit sans cruauté les crimes et récompense avec bonté les actions vertueuses. Le théiste ne sait pas comment Dieu punit, comment il favorise, comment il pardonne ; car il n'est pas assez téméraire pour se flatter de connaître comment Dieu agit. Mais il sait que Dieu agit, et qu'il est juste. Les difficultés contre la Providence ne l'ébranlent point dans sa foi, parce qu'elles ne sont que de grandes difficultés, et non pas des preuves. Il est soumis à cette Providence,
Faubr. — Pèrea de la Révolution. 20
quoiqu'il n'en aperçoive que quelques effets et quelques dehors ; et, jugeant des choses qu'il ne voit pas par les choses qu'il voit, il pense que cette Providence s'étend dans tous les lieux et dans tous les siècles. Réuni dans ce principe avec le reste de l'univers, il n'embrasse aucune des sectes qui toutes se contredisent. Sa religion est la plus ancienne et la plus étendue; car Tadoration simple d'un Dieu a précédé tous les systèmes du monde. Il parle une langue que tous les peuples entendent, pendant qu'ils ne s'entendent pas entre eux. Il a des frères depuis Pékin jusqu'à Cayenne, et il compte tous les sages pour ses frères. Il croit que la religion ne consiste ni dans les opinions d'une métaphysique inintelligible, ni dans de vains appareils, mais dans l'adoration et dans la justice. Faire le bien, voilà son culte; être soumis à Dieu, voilà sa doctrine. »
Le théisme est une religion ouverte à tous ; il invite tous les hommes à fraterniser dans une commune adoration de l'Etre suprême et dans un commun sentiment de leurs devoirs mutuels ; il exclut les disputes théologiques, et il condamne absolument l'intolérance.