LE THÉISME DE VOLTAIRE
On vient de voir combien Voltaire est loin d'exclure toute religion. Seulement. ilveutune religionquienseigne beaucoup de morale et très peu de dogmes ; qui tende à , rendre les hommes justes sans les rendre absurdes ; qui n'ordonne point de croire des choses impossibles, contradictoires, injurieuses à la divinité et pernicieuses au genre humain; qui n'inonde pas la terre de sang pour des sophismes inintelligibles, et qui n'ose point menacer de peines éternelles quiconque aura le sens commun.
Il ne s'agit pas d'être crédule ou fanatique ; il s'agit de cultiver la vertu, d'être bienfaisant, et, tout en n'ayant qu'horreur ou pitié pour certaines pratiques dévotes, d'adorer Dieu, cause et fin de tout, avec cette douce espérance que notre âme qui conçoit Dieu et l'aime pourra être heureuse par lui.
Sans doute, nous manquons ici de démonstration mathématique ; mais enfin, il n'y a pas de contradiction, et il y a les plus fortes probabilités. Or, dit Voltaire, « nous ne raisonnons guère en métaphysique que sur des probabilités. Nous nageons tous dans une mer dont nous ri avons jamais vu le rivage. Malheur à ceux qui se battent en nageant ! Abordera qui pourra ; mais celui qui me crie : « Vous nagez en vain, Un y a point de port, » me décourage et môte toutes mes forces. »
La superstition est la plus redoutable ennemie de la religion. C'est un monstre né d'elle, et qui, aussitôt né, déchire le sein de sa mère. On doit donc la combattre, pour le bien de l'humanité.
Mais il faut écraser la tête de la superstition sans blesser la religion.
La religion est une consolation pour le juste ; elle est aussi un frein pour le méchant. Une de nos grandes ressources contre la déprédation, l'insolence, la violence, la calomnie, la persécution, n'est-ce pas de bien persuader l'existence de Dieu au puissant qui opprime le faible ? « S'il n'a pas cru que Dieu fût dans son estomac, refusera-t-il de croire que Dieu est dans toute la nature ? S'il ne s'est pas soumis à la voix d'un évêque qui lui a dit : « Yoilà Dieu qu'un homme consacré par moi a mis dans ta bouche », résistera-t-il à la voix de tous les astres et