VOLTAIRE LE GRAND ADVERSAIRE DE L'INTOLÉRANCE
doit être uniquement instituée en vue de faire mériter aux hommes les bontés de Dieu par la vertu. Or, « la vertu suppose la liberté, comme le transport d'un fardeau suppose la force active. Dans la contrainte pas de vertu, et sans vertu* pas de religion. Rendez-moi esclave; je n'en serai pas meilleur. »
Il s'indigne contre ces hommes, atomes d'un jour, nés comme lui pour tout souffrir et tout ignorer, qui dans ê le fond de leur cœur sentent leur néant comme il rend justice au sien, et qui cependant, ayant l'orgueil d'exiger que nous embrassions leurs doctrines, prétendent être les tyrans de nos âmes.
Il scrute les calculs égoïstes qui perpétuent l'oppression de la pensée ; et il explique que, si les Anytus poursuivent les Socrate, c'est parce qu'ils sentent que, dans le fond de l'âme, les Socrate les méprisent. Mettant en scène un de ces hommes qui, rendus puissants par des siècles de fanatisme, s enrichissent des dépouilles du pauvre, s' engraissent de son sang et rient de son imbécillité, il lui fait dire ces paroles : « Je possède une dignité et une puissance que l'ignorance et la crédulité ont fondées; je marche sur les têtes des hommes prosternés à mes pieds ; s'ils se relèvent et me regardent en face, je suis perdu : il faut donc les tenir attachés à la terre avec des chaînes de fer. »
Il demande, enfin, que les lois cessent d'empiéter sur l'inviolable domaine de la conscience, et il montre Dieu disant à tous les hommes : « Je vous ai fait naître faibles et ignorants. Puisque vous êtes faibles, secourezvous ; puisque vous êtes ignorants, éclairez-vous et supportez-vous. Quand vous seriez tous du même avis, ce qui certainement n'arrivera jamais ; quand il n'y aurait
qu'un seul homme d'avis contraire, vous devriez lui pardonner, car c'est moi qui le fais penser comme il pense. Je vous ai donné des bras pour cultiver la terre et une petite lueur de raison pour vous conduire ; j'ai mis dans vos cœurs un germe de compassion pour vous aider les uns les autres à supporter la vie. N'étouffez pas ce germe; ne le corrompez pas; apprenez qu'il est divin, et ne substituez pas les misérables fureurs de l'école à la voix de la nature. »
VOLTAIRE SAUVEUR DES CALAS ET DES SIRVEN, AVOCAT DE MOISTBAILLY, DE LALLY ET DE LABARRE
Aux paroles Voltaire mêlait les actes, ou plutôt ses paroles étaient des actes. Il ne se contentait pas de discourir en général contre l'intolérance ; il attaquait particulièrement tels et tels faits d'intolérance accomplis de son temps.
Nous le voyons se consumer en infatigables efforts pour réhabiliter les Calas, victimes innocentes du fanatisme religieux. Il persévère dans sa lutte, quoiqu'on le presse de tous côtés d'abandonner une si mauvaise affaire ; il résiste aux personnes dévotes qui allèguent qu'il vaut mieux laisser rouer un huguenot innocent et laisser persécuter une famille de huguenots que d'exposer huit conseillers à convenir qu'ils se sont trompés ; et, durant trois ans, jusqu'au jour du triomphe, il ne lui échappe pas un sourire qu'il ne se reproche comme un crime.
Vers la même époque, Voltaire apprend qu'une jeune fille, appartenant à une famille Sirven, après avoir été enlevée à son père et à sa mère qui étaient protes-