VOLTAIRE DÉFENSEUR DES PERSÉCUTÉS
tants, faite catholique et enfermée dans un couvent, s'est enfuie de cette pieuse prison où on lui faisait subir les plus mauvais traitements ; qu'elle s'est jetée dans un puits voisin de la maison paternelle ; et qu'on a jugé à propos d'accuser le père, la mère et les sœurs, d'avoir noyé cette malheureuse. Voltaire prend aussitôt en main la défense des Sirven, et il les sauve, après de bien longs efforts. « Souvenez-vous, écrivait-il à Moultou, qu'il n'a fallu que deux heures pour condamner à mort cette vertueuse famille, et qu'il nous a fallu neuf ans pour lui faire rendre justice. »
Le sauveur des Calas et des Sirven ne se lassait pas de remplir le rôle de grand justicier. Il réussit à faire réhabiliter le jardinier Montbailly et le comte Lally, victimes d'erreurs judiciaires; et, s'il ne put arracher à la mort le chevalier Labarre, du moins il dénonça ses juges à l'indignation universelle. Ce Labarre était un adolescent d'Abbeville, convaincu de ne s'être pas découvert devant une procession, et accusé, avec preuves insuffisantes, d'avoir mutilé un crucifix et chanté des refrains impies. Les magistrats le condamnèrent à subir la question ordinaire et extraordinaire, à avoir la langue arrachée et la main droite coupée, puis à être brûlé vif. Le malheureux en appela de cette horrible sentence. On crut lui faire une grande grâce en remplaçant le bûcher par l'échafaud. Il fut définitivement condamné à avoir la langue percée avec un. fer rouge et à être décapité. C'est en 176G, vingt-trois ans avant la Révolution, que ce criminel de dix-huit ans fut livré aux bourreaux. En même temps que lui, on condamna, comme complice, son ami le jeune d'Etallonde. Heureusement, d'Etallonde
prit assez tôt la fuite. Voltaire le recueillit et lui ménagea une situation au service du roi de Prusse.