LA « NOUVELLE HÉLOISE
j'ai publié ce livre. » De fait, la Nouvelle Héloïse. ne fut pas inutile à la société contemporaine . Elle opposa l'amour à la débauche des sens, et elle fît associer aux égarements du cœur le culte romanesque du devoir.
Force est bien de reconnaître que le roman de Rous- • seau est loin d'être un parfait exemplaire de cet art essentiellement moral qui semble pouvoir seul être toléré par l'auteur du fameux discours. Mais il est juste d'y signaler une vigoureuse protestation contreles mensonges sociaux et une saisissante apologie de la vie intérieure.
En nous présentant le tableau de la transfiguration produite dans une âme féminine par les obligations d'épouse et de mère, Rousseau écrit le poème du foyer domestique. Les détails, en apparence les plus prosaïques, de la vie d'une maîtresse de maison se revêtent d'un charme exquis. Nul, autant que Rousseau, n'a donné de la saveur aux joies innocentes que la nature met à la portée de tous. De délicieuses peintures rendent sensible cette vérité que revenir aux mœurs pures et honnêtes est le secret de la félicité.
Puis, c'est une heureuse pensée de nous montrer, à côté d'une dévote qui intéresse par son touchant amour de la vertu, un athée rendu profondément sympathique par la hauteur de son esprit, la droiture de sa conscience et la bonté de son cœur. Dans la croyante apparaît une religion commandant le respect aux plus sceptiques; dans l'incrédule apparaît une philosophie imposant l'admiration aux plus intolérants. D'où cette conclusion, qu'au lieu de voir dans tous les croyants des hommes sans raison et dans tous les athées des hommes sans mœurs, il faut les juger, non par leurs opinions, mais par leurs actes.