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GLORIFICATION DE LA VIE RURALE

paysans continuèrent à émigrer vers les villes et à grossir la plèbe réclamant du pain et des spectacles, comme aujourd'hui ils grossissent l'armée des sans-travail. Des appels ne sauraient suffire, si de bonnes lois et d'heureuses réformes sociales ne viennent à l'appui.

Dans la belle antiquité, les plus illustres, les plus grands furent pâtres et laboureurs. Homère nous montre la fille du mon.jrque des Phéaciens lavant le linge à la fontaine avec ses servantes. Gédéon s'occupait luimême de battre son blé quand il reçut Tordre d'être le libérateur d'Israël ; le roi Saûl était en train d'atteler une paire de bœufs, quand il fut appelé dans le pays de Galaad pour la défense de sa patrie ; David faisait paître les brebis quand on vint le prendre pour le sacrer roi. Il y a peu de pays qui, en leur temps d'aimable simplicité, n'aient eu leur Gincinnatus, qu'on allait prendre à la charrue pour lui confier les missions les plus hautes.

De nos jours, les déracinés abondent qui délaissent pâturage et labourage , au risque de tarir les deux mamelles de la France, selon le mot de Sully. On se rue dans la servitude des places, qui ne vous ménagent le plus souvent que gloriole et pauvreté.

Est-il pourtant un bien plus précieux que l'indépendance du laboureur qui se contente de peu, mais tire ce peu de sa propre terre et ne doit de comptes à personne?

La vie des champs est la vie la plus naturelle ; et la vie la plus naturelle est en même temps la plus heureuse.

Le poète latin avait bien raison de dire : bienheureux

LES RURAUX, s'iLS SAVAIENT LEUR BONHEUR ! Oui, heUreUX

ceux à qui le sort a ménagé les douceurs d'une existence laborieuse, recueillie, simple et frugale, loin du brouillard et du tumulte des cités, dans la lumière et la paix des

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m ROUSSEAU

campagnes. La vie rurale est celle où s'approvisionnent les plus riches trésors de force physique et morale. Les champs sont la pépinière d'où sont sorties les personnalités les plus grandes par la parole, par la plume, par l'action, l'inépuisable réserve des hommes bien trempés pour tous les labeurs, toutes les endurances, toutes les luttes.

Parmi les débordements du rêve et du paradoxe, là se trouve la grande forteresse de l'éternel bon sens, lequel est né rural.

Dès que la vie fiévreuse et factice des villes nous laisse quelques loisirs, nous cherchons aux champs un refuge.

Et pourquoi?

C'est que là nous nous appartenons enfin, au lieu d'être tiraillés par ces mille servitudes que créent, dans les cités., les conventions de la vie sociale, et qui gaspillent le temps en puérilités,

C'est que là, en face du saint travail de la nature poursuivant lentement mais sûrement ses éternelles créations et ses innombrables transfigurations, au milieu des braves campagnards menant une vie frugale et bornant aux frontières de leur village l'horizon de leurs espérances, nous sommes induits à nous armer de foi et de patience, à nous déprendre des superfluités encombrantes et des folles ambitions ; à aimer cette simplicité avenante qui fait fraterniser les hommes en bons enfants de Dieu ; à voir combien sont méprisables tant de petites querelles qui nous font ennemis, quand nous devrions être tous unis pour les grandes tâches préparant une humanité plus noble et plus heureuse.

Peu à peu, nous nous imprégnons d'une vaillance

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