‹ Les pères de la Révolution (de Bayle à Condorcet)Chapitre 121 sur 257 · L'EMILE OU L'ÉDUCATION SELON ROUSSEAU · texte numérisé non relu

L'EMILE OU L'ÉDUCATION SELON ROUSSEAU

sereine au contact de ces forts agriculteurs qui ne se piquent pas, eux. d'avoir des nerfs comme nos citadins ou nos citadines, et se contentent d'avoir du nerf, le nerf du perpétuel labeur et de l'inaltérable résignation.

C'est à cette robuste race d'hommes, perpétuant sur le sol héréditaire l'œuvre et les vertus des ancêtres, que la France et d'autres pays doivent qu'il n'y ait aucun danger à redouter de ces niveleurs du collectivisme qui dupent autrui ou se dupent eux-mêmes par la surenchère des promesses les plus irréalisables ; font appel à la* lutte des classes : entreprennent l'apothéose de la haine sous prétexte de fraternité ; s'essaient à déraciner l'amour de » la patrie sous prétexte d'amour de l'humanité ; poursuivent cette destruction de la propriété individuelle qui serait le pire mal si elle n'était la plus heureuse des impossibilités, et rêvent d'un bagnec social où pèseraient sur les travailleurs les plus intolérables tyrannies. Sophistes ou rêveurs, ce sont gens que le paysan ne prend pas et ne prendra jamais au sérieux.

l'ÉMILE. OU L'ÉDUCATION SELON ROUSSEAU

Trois ans après la Nouvelle Héloïse, en 1762, parut Y Emile,

La Lettre sur les spectacles, où Rousseau invoquait contre l'esprit du monde l'esprit de famille, avait été comme la préface naturelle de cette grande étude sur l'éducation.

Les mœurs sont mauvaises parce que les hommes sont mauvais ; et les hommes sont mauvais parce qu'ils se sont mutuellement corrompus. Rendez les hommes bons comme le comportent leurs instincts

originels, et il y aura de bonnes mœurs. « Tout est bien, sortant des mains de l'auteur des choses ; tout dégénère entre les mains de l'homme », dit ici Rousseau; et Kant exprimera les mêmes idées en ces termes : « L'histoire de la nature commence par le bien parce qu'elle est l'œuvre de Dieu ; l'histoire de la liberté commence parle mal parce qu'elle est l'œuvre de l'homme. »

Victime des abus de son libre arbitre, l'humanité est universellement détournée des droites voies de la nature. Il faut l'y ramener en élevant mieux nos enfants, ou plutôt en les aidant à bien s'élever eux-mêmes. Suivez la nature, tel était le dernier mot de l'antiquité. Revenez à la nature, tel fut le premier mot de la Renaissance. Rousseau reprend et développe ces profondes formules.

Durant le premier âge, l'éducation doit être essentiellement négative. Il s'agit simplement de faciliter, en levant tout obstacle, les leçons vivantes de la réalité, si bien que l'enfant soit instruit non parle raisonnement, mais par la force des choses.

Une fois l'adolescence venue, dans cet esprit qu'on aura préservé de tout égarement, il faudra faire pénétrer les principes essentiels de la philosophie et de la morale dont les choses lui auront déjà inculqué le pressentiment. C'est précisément à l'âge critique où les passions s'allument que devra avoir lieu cette révélation. On opposera ainsi à la dangereuse fièvre des sens les féconds enthousiasmes de la science et de la conscience. Tout d'abord, au moyen de l'expérience, on aura amené l'élève à prendre de bonnes habitudes; ensuite, au nom de la raison, on lui fera adopter ces habitudes comme des devoirs que Dieu lui prescrit et dont la vie future sanciionne l'accomplissement.

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