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LA POLITIQUE DE BAYLE

A l'exemple des calvinistes Théodore de Bèze, Hotman. Duplessis-Mornay, à l'exemple des puritains de l'Angleterre et des puritains de l'Amérique, Bayle adopte la grande thèse protestante reprise par les philosophes : il y a des droits de l'homme dont la déclaration solennelle doit constituer le pacte fondamental des Etats et dont la violation appelle la résistance par la force, dès que cette résistance est rendue impossible parles moyens légaux.

Selon lui, c'est Y évangile du jour parmi les réformés de soutenir que la souveraineté appartient aux peuples, et qu'ils ne font qu'en confier le dépôt aux chefs d'Etat appelés souverains.

Bayle ne conteste pas le danger des factions et des séditions qui troublent les républiques et souvent les perdent; mais on entrevoit qu'il préfère aux tyrannies monarchiques les principes de liberté et de courage civique qui sont la vie des démocraties.

Les Grecs et les Romains n'ignoraient pas quelles agitations, quels désordres comporterait le gouvernement populaire. Ils préférèrent pourtant s'y exposer que d'obéir toujours à des rois.

La difficulté qu'il y a à remplacer Tordre monarchique par L'ordre républicain ne fait que prouver quel terrible mal est la monarchie.

« Tout est dans Bayle, disait Voltaire ; mais il faut savoir Vy trouver ». En effet, ce dialecticien insaisissable appuie dans ses textes ce qu'il démolit dans ses notes; fait des avances à ses adversaires afin de les frapper plus sûrement; combat les préjugés les uns par les autres; imagine les mille ruses de guerre qu'a depuis tant uti-

lisées le journalisme; enfin opère des allées et venues dans toutes les directions pour dérouter les persécuteurs de la pensée, vu qu'il n'a aucune envie de périr sur le bûcher.

Mais il est une chose qu'on ne trouve pas dans Bayle, c'est une suite fixe d'idées pouvant servir de point d'appui à un grand mouvement philosophique. Poussant en tout sens ses explorations, il expose, il critique tous les systèmes; il n'a pas de système. Tout au plus y a-t-il dans son œuvre si touffue les membres épars d'une certaine doctrine, cette doctrine même à laquelle j'ai essayé ici de donner un corps.

Locke, lui, avait un système. C'est Locke qui dut compléter Bayle. Bayle inspira la philosophie française dans son œuvre militante ; Locke l'inspira dans son œuvre doctrinale.

LOCKE PRÉCURSEUR DES ÉCONOMISTES, DES ENCYCLOPÉDISTES, DE MONTESQUIEU, DE VOLTAIRE ET DE ROUSSEAU

Locke1, né en 1632, mort en 1704, était le fils d'un puritain et avait été initié dès l'enfance aux grands principes qui inspiraient les rigides protestants par lesquels fut faite la révolution d'Angleterre et préparée la révolution d'Amérique.

Son Traité sur la diminution de l'impôt et l'augmentation de la valeur des monnaies, où il fait du travail la valeur par excellence, range Locke à côté de Boisguillebert et de Vauban, les fondateurs de l'économie poli-

1. Ne pouvant me dispenser de parler ici de Locke, j'utilise l'étude plus détaillée que je lui ai consacrée dans la pensée moderne, de Luther à Leibniz.

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