‹ Les pères de la Révolution (de Bayle à Condorcet)Chapitre 150 sur 257 · DROITS MECONNUS PAR ROUSSEAU · texte numérisé non relu

DROITS MECONNUS PAR ROUSSEAU

COMMENT ROUSSEAU MÉCONNAÎT LE DROIT DE PROPRIÉTÉ ET LA LIRERTÉ DE CONSCIENCE

La liberté d'acquérir et de posséder, la liberté de penser et d'écrire sont au nombre de ces droits imprescriptibles, qui sont inhérents à la personne humaine.

Rousseau, conséquent avec son principe de X aliénation totale, les fait dépendre de la communauté. Il pense que, dans l'ordre naturel, tout appartient à tous, et que toute appropriation est une usurpation. L'Etat, maître de tous les biens des membres qui le composent, consacre l'usurpation et en fait un droit.

La véritable propriété, naissant ainsi du bon vouloir de la société, peut être abrogée par elle, d'après Rousseau, comme cela se fit à Sparte du temps de Lycurgue.

Mais, en vérité, quoi qu'en ait dit Rousseau, etquoi qu'en eût dit avant lui Bossuet, l'Etat ne constitue point la propriété ; il nepeutdonc ladissoudre. Illareconnaîtlégitime ; il ne la fait pas telle. Méconnue par lui, elle resterait ce qu'elle est, de par la personnalité et le travail de l'homme.

C'est ce què comprirent les conventionnels, dans leur Déclaration des droits de l'homme, quand, à la suite de Condorcet, ils repoussèrent ce texte proposé par Robespierre s'inspirant de Rousseau : « Le droit de propriété est le droit de jouir de la portion de biens que nous * garantit la loi. »

La liberté de conscience est un droit encore plus fondamental que la liberté d'acquérir et de posséder. Attenter à elle, c'est attenter à la personne humaine dans ce qu'elle a de plus intime et de plus sacré.

Or Rousseau la respecte-t-il, quand il admet que l'Etat proscrive certaines croyances comme anti-sociales, et qu'il impose à l'acceptation commune un petit nombre de dogmes fondamentaux, en particulier l'existence d'un Dieu juste, récompensant les bons et châtiant les méchants ?

Sans doute, Rousseau professe que chacun peut avoir telles opinioîis qu'il lui plaît sans qu'il appartienne au souverain d'en connaître, vu qu'il n'a point de compétence dans les affaires de l'autre monde. Mais, qu'importe cette déclaration de tolérance à l'égard des sectes particulières les plus diverses, s'il y est mis cette condition qu elles n'excluront pas certaines affirmations générales que Rousseau juge nécessaires pour qu'on soit bon citoyen ?

Il demande que quiconque rejette son théisme soit banni de l'État, non comme impie, mais comme insociable. « Que si quelqu'un, ajoute-t-il, ayant reconnu publiquement ces dogmes, se conduit comme ne les croyant pas, qu'il soit puni de mort : il a menti devant les lois. »

Où nous mènent de tels principes ? Quelle secte ne regarde pas ses dogmes comme fondamentaux? Dès que la porte est ouverte à l'intolérance, nul ne peut dire où l'intolérance s'arrêtera. Rousseau veut qu'on proscrive l'athéisme. D'autres voudront qu'on proscrive le christianisme qu'il déclare lui-même, après Bayle, absolument contraire à l'esprit social. Et qui nous assure qu'un moment ne viendra point où ce sera le théisme, sous toutes ses formes, qui sera proclamé anarchique, et qui sera proscrit comme coupable d'avoir toujours abrité du nom de Dieu les pires attentats du despotisme ?

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