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LOCKE THÉORICIEN DES DROITS DE L'HOMME

parents la situation que leur commune majorité fait aux gouvernés vis-à-vis des gouvernants ; il établit enfin que, puisque les citoyens doivent être traités par les dépositaires du pouvoir non comme des mineurs, mais comme des égaux, l'absolutisme monarchique est essentiellement illégitime. « N'est-il pas absurde, dit-il, de supposer que les hommes, en sortant de l'état de nature, seraient tous convenus de se soumettre aux lois, un seul excepté, qui conserverait toute'la liberté primitive accrue par la pleine possession du pouvoir et l'entière assurance de l'impunité ? Autant vaudrait croire que les hommes, après avoir tout fait pour se garantir contre les fouines et les renards, trouveraient doux d'être dévorés par les lions. »

Parmi les droits de l'homme, Locke place le droit de propriété.

Chez la plupart des théologiens et des jurisconsultes, c'était une opinion depuis longtemps accréditée que la propriété est d'institution purement civile. De là à conclure que l'Etat a pleinement le droit de disposer des fortunes et des biens, il n'y avait pas loin. Aussi voyonsnous que les Platon, les Thomas Morus, les Gampanella, les Harrington, dans leurs utopies socialistes, s'étaient réclamés de cette doctrine, et qu'elle était également invoquée par tous ces hommes qui, soit dans l'antiquité, soit aux premiers temps du christianisme, soit au moyen âge, visaient à faire prévaloir le communisme.

Locke oppose à la tradition autoritaire une théorie Libérale de la propriété, et, en ce point comme en d'autres, il prépare l'œuvre réparatrice de la Révolution, quia affranchi des entraves de la routine le droit d'acqué-

rir et de posséder, et a véritablement fondé la propriété individuelle en consacrant son indépendance vis-à-vis de

rÉtat.

Toutefois, Locke est loin d'élargir le droit de propriété autant que devaient le faire les économistes français. Il fait des réserves que renouvelleront Montesquieu et Rousseau. Ainsi, il ne regarde point comme légitime propriétaire celui qui, convertissant l'usage en abus, ou bien laisse inutilementpérir les objets de première nécessité dont il dispose, ou bien étend outre mesure ses appropriations au point de ne pas en laisser assez pour autrui. « Si Ton passe, dit-il, les bornes de la modération, et que l'on prenne plus de choses qu'on n'en a besoin, on prend ce qui appartient aux autres. » Maxime très grave et qui, tout en ayant un grand fond de vérité, prête à des applications dangereuses. Il est si difficile de déterminer à quel moment commence le superflu!

Où Locke devance la doctrine des économistes, c'est lorsqu'il explique l'origine de la propriété par le travail, à l'encontre de ceux qui la font dériver de conventions, de lois, ou d'un simple fait d'occupation. « Encore que la terre et les créatures inférieures soient communes, chacun, dit-il, a un droit particulier sur sa propre personne : le travail de son corps et l'ouvrage de ses mains sont son bien propre. Dès lors, tout ce qu'il a tiré de Tétât de nature par sa peine et son industrie appartient à lui seul; car, cette peine et cette industrie étant sa peine et son industrie à lui, personne ne saurait avoir droit sur ce qu'elles lui ont acquis, surtout si assez de choses semblables et aussi bonnes demeurent communes aux autres. »

Si le droit de propriété est créé par le travail, c'est

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