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LOCKE THÉORICIEN DE LA SOUVERAINETÉ DU PEUPLE

que le travail de chacun est véritablement sien. Les produits de son industrie appartiennent à l'individu, parce que lui-même s'appartient. Ainsi, il y a un lien intime entre la liberté et la propriété, et c'est ce que marque la sage devise des Anglais : Liberté et propriété ! On s'explique que Locke ait combattu, en même temps que les empiétements sur la propriété, les empiétements sur la liberté individuelle.

LOCKE THÉORICIEN DE LA SÉPARATION DES POUVOIRS, DE LA SOUVERAINETÉ DU PEUPLE ET DU DROIT d'iîSSURREC- TION . - .

Avant Montesquieu, Locke ébaucha la théorie de la distinction et de la séparation des pouvoirs.

Quand les hommes, à la suite d'un accord explicite ou implicite, constituent une société civile, ce n'est pas pour abdiquer leurs droits naturels au profit du souverain; «•'est pour employer le souverain au service de leurs droits naturels qu'il a mission de garantir.

Dans ce but, chacun ayant fait abandon de son droit originaire de se faire justice à lui-même, l'État est chargé de l'exercice du droit de faire justice à tous. C'est là sa foDctiûD propre que se partagent trois pouvoirs qui pourvoient à la légitime défense de la vie, de la liberté et de la propriété de chacun et de tous : le pouvoir confédéral î/\ par le règlement des rapports internationaux ; le pouvoir exécutif, par l'application des lois ; le pouvoir législatifs où se concentre la souveraineté, par l'établissement des prescriptions, des défenses et des châtiments nécessaires à la sécurité commune.

L ue fois les pouvoirs constitués, il ne faut pas croire,

avec Hobbes, que le peuple ne conserve plus aucune espèce de souveraineté. Selon Locke, inspirateur de Rousseau, le peuple ne saurait cesser d'être virtuellement souverain.

Rousseau introduira des exagérations dans les vues très raisonnables de Locke sur l'exercice de la souveraineté du peuple, et Montesquieu commentera après lui la constitution anglaise où il verra, non sans quelques préventions, un modèle de sagesse politique.

Aux yeux de Locke, le peuple, par cela même qu'il est le souverain, conserve toujours le droit de se protéger contre les attentats du pouvoir, serait-ce le pouvoir législatif ; et, en vertu d'une loi naturelle qui prévaut sur toutes les lois positives, il peut, faute d'appel possible sur la terre, en appeler au ciel par l'insurrection.

Locke pense, avec Guizot, que « si ce grand droit social de l'insurrection ne pesait pas sur la tête des pouvoirs eux-mêmes qui le nient, le genre humain aurait perdu depuis longtemps toute dignité comme tout honneur ».

A ceux qui insistent sur les dangers du droit de rébellion, à ceux qui préfèrent le calme de l'arbitraire au tumulte de la révolte, Locke répond que les vrais rebelles sont les gouvernants qui violent les lois ; qu'au fond, les révolutions, même quand elles ont lieu à l'occasion de petites causes, sont déterminées par de très grandes causes qui ont précédé ; que les condamner équivaut à prétendre qu'Ulysse et ses compagnons auraient dû, au lieu de résister, se laisser tranquillement dévorer par Polyphème pour éviter tous les inconvénients qu'il y avait à mettre le trouble dans la caverne du cyclope.

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