ROUSSEAU PRINCIPAL INSPIRATEUR DE LA RÉVOLUTION
naturel, aura Rousseau pour principal inspirateur. Montesquieu et Voltaire avaient formulé à l'avance plusieurs articles de la Déclaration des droits; mais c'est à Rousseau que revient l'idée de cette affirmation solennelle des clauses du contrat social.
L'influence de Rousseau apparaît prépondérante dans les paroles et dans les actes des membres de nos trois assemblées révolutionnaires. Elle dicte, en majeure partie, les discours de Mirabeau et les doctrines de Sieyès, l'un le grand orateur, l'autre le grand théoricien de la Révolution naissante. Elle anime les Vergniaud, les Jeanne Roland, les Brissot, les Guadet, les Gensonné, les Robespierre, les Danton. Elle se traduit par le projet de substituer le vote par tête au vote par ordre; par le serment des représentants du peuple jurant, dans la salle du Jeu de Paume, de ne pas se séparer sans avoir établi une constitution sur les éternelles bases de la justice; par l'explosion populaire du 14 juillet renversant la forteresse du bon plaisir et terrifiant les conspirateurs monarchiques qui sentent que l'écroulement de la Bastille est l'écroulement de l'ancien régime ; par l'enthousiaste élan des privilégiés démolissant de leurs propres mains l'édifice de la féodalité, durant la nuit mémorable du 4 août; par la fête de la fédération unissant dans un même battement de cœur les Français devenus des citoyens et des égaux ; par la constitution démocratique du 10 août 1793, appelant le suffrage universel à renouveler annuellement les délégués de la nation ; par l'institution de cérémonies publiques et particulièrement du culte de l'Être suprême.
L'influence de Rousseau n'est pas non plus étrangère,
grâce à de regrettables inconséquences, aux excès et aux utopies de terroristes et de rêveurs tels que Saint- Just et Babeuf.
Cette influence est enfin attestée par les manifestations officielles soit de la Constituante, soit de la Convention. La Constituante ordonne, en 1790, l'érection d'une statue à l'auteur de Y Emile et du Contrat social, au nom de la nation française libre ; et elle décide, en 1791, que le buste de Rousseau sera placé dans la salle des séances législatives. La Convention décrète, en Fan II, la translation des cendres de Rousseau au Panthéon, déjà résolue en principe le 27 août 1791 par la Constituante; elle applaudit aux paroles de Lakanal déclarant que la voix de toute une génération, nourrie des principes de Rousseau et pour ainsi dire élevée par lui, l'appelle au temple dédié aux grands hommes par la patrie reconnaissante ; et elle consacre à Rousseau une fête publique, célébrée en grande pompe le 20 vendémiaire de l'an III, pour acquitter, envers le philosophe de la nature, la dette des Français et celle de l'humanité.