‹ Les pères de la Révolution (de Bayle à Condorcet)Chapitre 191 sur 257 · LA POLITIQUE SELON D'ALEMBERT · texte numérisé non relu

LA POLITIQUE SELON D'ALEMBERT

sonnels; les vertus sont personnelles; les récompenses doivent l'être. Le préjugé de la noblesse fait bénéficier d'avantages immérités des hommes souvent inutiles ou mêmes nuisibles à la patrie.

11 appartient aux législateurs d'établir les règles d'une juste équité par des lois qui protègent et lient également tous les citoyens, et qui leur imposent les mêmes sacrifices du bien particulier au bien public.

D'Alembert, à l'exemple de Montesquieu et de Voltaire, condamne le vieux système des pénalités ; et il pose ce principe : « Le crime doit être puni non seulement à proportion du degré auquel le coupable a violé la loi, mais encore à proportion du rapport plus ou moins direct, plus ou moins étroit, de la loi avec le bien de la société. »

Il faut voir, dans les lettres de d'Àlembert, quelle généreuse indignation soulève en son àme le spectacle de tant de pauvres gens, qui donnent tout à la société et à qui la société refuse tout, « qui peuvent à peine nourrir de leur travail une famille nombreuse, ou même qui n'ont pas de quoi la nourrir ».

A propos de ces malheureux, il se demande comment il serait possible de leur persuader d'être honnêtes dans le. cas où ils pourraient impunément ne l'être pas. Et il ajoute : « Si j'avais trouvé à cette question une solution satisfaisante, il y a longtemps que j'aurais donné mon catéchisme de morale. » Mais non. Impossible pour lui d'arriver là-dessus à se satisfaire. « Que l'indigent soit sans espérance d'être secouru et assuré de pouvoir en cachette dérober au riche une partie de son superflu pour subvenir à sa propre subsistance, je demande ce qu'il

Fabke. — Pères dé la Révolution. 8a

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doit faire en ce bas, et s'il peut, ou même s'il doit se laisser mourir de faim, lui et sa famille. »

D'Alembert n'hésite pas à conclure qu'en de tels cas de nécessité absolue le vol est permis et même est une action juste. Mais en même temps, il remarque que cette doctrine, « toute raisonnable qu'elle est », déparerait un catéchisme de morale, et que la cupidité, l'envie, la paresse, ne manqueraient pas d'en abuser. Il finit par dire : « Le mot de l'énigme est que la distribution des fortunes est d'une inégalité monstrueuse ; qu'il est aussi atroce qu'absurde de voir les uns regorger de superflu et les autres manquer du nécessaire. »

La cité idéale, selon lui, serait celle où aucun citoyen ne serait malheureux sans l'avoir mérité.

Gomme Montesquieu et Rousseau, il veut que l'Etat prévienne, par de larges mesures, les fatalités de la misère. Il ne craint pas de dire : « Le luxe est un crime contre l'humanité toutes les fois qu'un seul membre de la société souffre et qu'on ne l'ignore pas. Le superflu n'est pas légitime quand d'autres sont privés du nécessaire. » Et il admet, pour le soulagement des misérables, des prélèvements forcés sur ce que les riches possèdent au delà de l'indispensable. L'humanité doit primer tout.

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