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LA POLITIQUE SELON D ALEMBERT 47'J

Il faut à d'Alembert une morale esthétique et rationnelle qui parle au cœur en même temps qu'à la raison. Il saisit bien le défaut d'un grand nombre de ses contemporains, quand il dit : « Notre siècle porté à l'analyse semble vouloir introduire les discussions froides et didactiques dans les choses de sentiment ». Il explique que le sentiment et les passions ont une logique qui leur appartient, et que cette logique a des principes tout différents de ceux de la logique ordinaire.

A l'influence de livres bien faits doit se joindre l'influence d'un entourage bien choisi. Les idées qu'on acquiert par la lecture et parla société sont le germe des progrès moraux comme des progrès intellectuels. « C'est un air que Ton respire sansy penser et auquel on doit la vie. »

Au surplus, il y a lieu de remarquer que d'Alembert n'est pas toujours conséquent dans ses efforts pour constituer une morale indépendante, propre à diriger l'homme en dehors de toute religion et de toute métaphysique.

Tantôt il est le champion de la liberté, et tantôt il reconnaît qu'il y a de graudes probabilités en faveur du déterminisme ; tantôt il proclame que « le cri de la nature retentit chez les peuples même les plus sauvages », et tantôt il constate que la différence entre les hommes et les nations dans la manière de penser sur certaines vérités de morale n'est que trop vraie et risque de conduire certains esprits peu attentifs à regarder ces vérités comme douteuses.

LA POLITIQUE SELON d'aLEMBERT

Dans la pensée de d'Alembert, la politique, qui, étudiant les ressorts du gouvernement des États, démêle

ce qui peut les conserver, Tés affaiblir ou les détruire, doit ne pas être détachée de la morale. Il faut que la loi du bien moral domine toutes les conventions particulières et que V homme d'Etat ne cesse pas d'être homme.

C'est le consentement des peuples qui fait l'autorité des chefs de peuples ; et il est absurde d'imaginer qu'une multitude d'êtres raisonnables ait dit sans conditions à un seul ou à plusieurs : « Commandez-nous et nous vous obéirons ».

D'Alembert accepte la monarchie, pourvu qu'elle soit républicaine ; et il aime la république, pourvu qu'elle s'assure la stabilité monarchique : « La meilleure république, dit-il, est celle qui, par la fixité des lois et l'uniformité du gouvernement, ressemble le mieux à une bonne monarchie ; et la meilleure monarchie est celle où le pouvoir n'est pas plus arbitraire que dans une république ».

Tout doit tendre à prévenir la tyrannie dans l'ordre politique et la superstition dans l'ordre religieux; car ce sont là les deux plus grands fléaux du genre humain.

Quand il parle des devoirs qui s'imposent aux gouvernants et aux gouvernés, d'Alembert multiplie les fines remarques, telles que celle-ci : « C'est mettre un trop grand prix aux honneurs que de les fuir avec empressement ou de les rechercher avec avidité. Le même excès de vanité produit ces deux effets contraires. »

A ses yeux, ce serait chimère que de prétendre égaliser les conditions. De telles entreprises mènent à l'anarchie. Mais il est essentiel que chacun ait les moyens de s'élever selon sa capacité et ses mérites. Fi des prérogatives héréditaires ! Les talents sont per-

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