HARMONIE L
n'exige des travailleurs aucune obole qui ne soit « l'excédent de leurs besoins ».
En même temps, il proclame que, tout comme aucune loi ne peut empêcher le citoyen de s'enrichir par des moyens honnêtes, aucune loi ne peut l'empêcher d'user et d'abuser de ses richesses. D'où l'existence inévitable de riches fainéants, vivant dans le luxe et la mollesse, occupant des milliers d'hommes aux futilités qui les amusent, et faisant l'effet de plantes stériles et voraces au milieu de la moisson. « Sans doute, dit Marmontel, c'est un mal qu'il y ait des hommes qui puissent imposer à la société tous les frais de leur existence et de celle d'une foule d'hommes qu'ils n'emploient que pour eux seuls ; mais ce serait un plus grand mal encore d'ôter à l'émulation, au travail, à l'industrie, l'espérance de posséder et la sûreté de jouir. Ne vous fâchez donc pas d'un mal inévitable. Tant qu'il y aura des hommes plus actifs, plus industrieux, plus économes, plus heureux que d'autres, il y aura de l'inégalité dans le partage des biens; cette inégalité sera même excessive dans les états florissants, sans qu'on ait le droit de la détruire. »
Au gouvernement il appartient d'assurer à chacun les fruits de son travail, de le laisser libre d'en disposer par échanges, par dons ou par héritage ; de le protéger contre les fraudes et la rapine Aux sujets il appartient de laisser à chacun le sien; de vivre en paix sans s'entre-nuire ; de commercer en concorde et avec bonne foi.-
Ce que peuvent faire les lois contre l'inégalité des conditions, c'est d'exempter la pauvreté de tout impôt, et de prélever exclusivement sur l'aisance et sur l'opulence la part de la propriété commune due aux besoins publics.
m DIDEROT ET LES ENCYCLOPÉDISTES
Pour suppléer à l'impuissance des lois, Marmontel attend tout de l'opinion. Il rêve qu'à mérite égal l'homme le plus modeste et le plus simple soit toujours le mieux traité ; qu'on ne voie plus les richesses élever l'indolence, le vice et l'incapacité aux premiers emplois de l'Etat; que la confiance, l'estime, la considération, soient réservées au mérite, de telle sorte qu'il y ait des biens dont l'or ne soit pas l'équivalent; que le faste soit jugé indécent, bien loin de passer pour honorable ; que la frugalité dans la vie, l'austérité dans les mœurs, la libéralité dans les rapports sociaux, soient glorifiées ; bref, qu'à la place du luxe et des frivolités égoïstes, la simplicité et la générosité deviennent à la mode.
Il faut, dit-il, par une bienfaisante réforme des mœurs, « attacher le bien au bien, le mal àu mal, Futile au juste et à l'honnête ».
Bonnes intentions et belles chimères. On ne réforme pas si aisément l'humanité.
Marmontel étai t le type du plantureux gars d'Auvergne, bon homme au fond, mais foncièrement arriviste. Il a dit de lui-même, dans ses intéressants Mémoires : « Avec les sages, j'avais du goût pour la sagesse ; mais je me livrais à la folie avec les fous. J'adorais la vertu; je cédais à l'attrait du vice. » Il se souvint toujours de ce conseil que lui avait donné Mme de Tencin: « Faitesvous des amies. Par les femmes on fait tout ce que l'on veut des hommes. Ceux-ci sont ou trop dissipés, ou trop préoccupés de leurs intérêts personnels pour ne pas négliger les vôtres, au lieu que les femmes y pensent, ne fût-ce que par oisiveté. »
En même temps que les amies utiles, puissantes au