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CAGLIOSTRO ET MESMER

Si jamais charlatan fut habile à exploiter la crédulité, ce fut Cagliostro, l'aventurier sicilien en qui tant de gens virent un être surnaturel ayant vécu de longs siècles et opérant des merveilles. Un jour, cet escroc s'écria devant une image du Christ : « Gomme c'est peu ressemblant ! — Eh ! Qu'en savez-vous? lui dit quelqu'un. — Mais j'ai connu le Christ, répliqua-t-il. Nous étions ensemble du dernier bien. Mon domestique peut vous le dire. — Monsieur fait erreur répondit le domestique. Je ne suis au service de Monsieur que depuis quinze cents ans. » Et il se trouvait, dans le meilleur monde, des Français assez niais pour gober ces sottises.

Il était entendu que Cagliostro possédait le secret de faire de l'or et des diamants, prophétisait l'avenir, prolongeait la vie humaine, méritait enfin le titre d'ami des hommes comblés par lui de bienfaits.

Pourtant les affaires du sorcier de Son Eminence le cardinal de Rohan finirent par se gâter. Il dut s'exiler en Italie. Rome ne vit pas du même œil que Paris le fameux magicien. Le Saint-Office surtout ne lui fut pas clément. Une solennelle rétractation de ses mensonges le sauva seule des flammes'du bûcher. On fit un autodafé de son attirail de nécromancien, et il termina sa vie dans les cachots de l'Inquisition.

Non moins en renom que Cagliostro et autrement sérieux en dépit de ses charlataneries, un médecin aile-

mand, Mesmer, passionna lui aussi le monde parisien. Dans les milieux spirites, on conserve encore pieusement, comme un talisman sacré, la baguette dont ce thaumaturge se servait pour secouer les nerfs des belles mondaines accourues autour de lui.

Son action sur les personnes faibles, qu'il savait suggestionner, lui acquit une vogue inouïe.

L'intellectualisme pur laissait les âmes inassouvies ; et on cherchait un refuge contre les sécheresses du règne de l'analyse dans les mystères troublants du baquet de Mesmer.

Quel spectacle étrange que ces hommes, ces femmes, émergeant de leurs cuves sous le regard impérieux du médecin magnétiseur et dans l'attente des sensations salutaires que leur procureraient les fers conducteurs à travers lesquels circulaient les courants magnétiques! À certains moments, les yeux devenaient fixes ; les prunelles se dilataient; les dents se serraient; la poi-, trine se gonflait; il se produisait une agitation de tous les membres, ou un lourd sommeil comme d'un homme ivre. C'était là la crise, la crise nécessaire pour la guérison de toutes les maladies. Il s'agissait, selon Mesmer, de provoquer la nature à faire le grand effort libérateur. Les malades avaient la foi; et souvent ils se trouvaient guéris.

Mesmer expliquait ses opérations par une spécieuse théorie du magnétisme animal qu'il formula en 1778. Selon lui, il existe une matière subtile beaucoup plus fluide quel'air ou même quel'éther,dontlescondensations graduées constituent les divers êtres. Toutes les forces qu'on imagine exister dans la nature sont des résultantes de l'organisation des corps et des mouvements

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