‹ Les pères de la Révolution (de Bayle à Condorcet)Chapitre 215 sur 257 · LE COMMUNISTE GRAÇCHUS BABEUF · texte numérisé non relu

LE COMMUNISTE GRAÇCHUS BABEUF

A la suite de Saint-Just et de ses amis qui rêvaient d une république coulée dans le moule Spartiate, il y eut un homme qui eut ridée de pousser à ses limites extrêmes l'égalité des conditions ; c'était Babeuf, le rédacteur de la Tribune du peuple, Fauteur de la conspiration des Égaux.

Ce jacobin enragé, comme il s'intitulait, cet écrivassier enthousiaste, fut sollicité par le spectacle d'une famine épouvantable à conclure qu'il fallait en finir avec la scandaleuse opposition des riches et des pauvres. Gomment? Par l'abolition absolue de la propriété individuelle.

Plus de grandes villes ; des campagnes et puis des campagnes. La terre ne sera à personne ; ses fruits seront à tous. Chacun travaillera à produire. Y a-t-il des tâches qui semblent trop répugnantes? Les uns et les autres s'en acquitteront à tour de rôle. Plus de raffinements d'habi-

Fauhk. — Pères «Je lu Révolution. 39

tations, de meubles, de vêtements, de nourriture. Il en sera de tous les citoyens comme des religieux dans un couvent, ou des soldats dans une caserne.

A la suppression du luxe matériel devra s'ajouter celle du luxe intellectuel. Les esprits seront alignés sous un même niveau de médiocrité. « Puisque les connaissances acquises sont le domaine de tous, dit Babeuf, elles doivent être également réparties entre tous. Il faut que les institutions sociales mènent à ce point qu'elles ôtent à tout individu l'espoir de devenir jamais plus riche, ni plus puissant, ni plus distingué par ses lumières qu'aucun de ses égaux. »

Et son imagination lui trace des tableaux enchanteurs de cette société où Ton parviendra à enchaîner le sort; où le nécessaire sera assuré à toute personne ; où, au surplus, nul ne pourra rien obtenir au delà de sa quote-part individuelle dans les produits de la nature et du travail. Il voit déjà fonctionner une administration providentielle qui assigne à chacun la tâche pour laquelle il est apte; qui l'oblige à déposer les produits de son industrie aux magasins communs; qui, tenant registre de tous les individus et de toutes les denrées, fait répartir les subsistances avec la plus scrupuleuse égalité et les fait déposer dans le domicile de chaque citoyen.

Mais, pour en arriver là, il faut d'abord déchaîner la guerre civile. Soit! Babeuf s'accommode d'un bouleversement total. Qu'importe que tout rentre dans le chaos, si du chaos sort un monde nouveau, un monde régénéré ?

On sait comment ce bon philanthrope paya de sa tête ses divagations humanitaires, quand il voulut passer de la théorie à l'action.

Page 1