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L' ANTI-COMMUNISME DE LA RÉVOLUTION

Le parti de la contre-révolution ne manqua pas d'exploiter l'utopie sanglante du Babouvisme. Les communistes de 1796 jetèrent les semences du coup d'Etat de brumaire, de même que les communistes de 1848 jetèrent les semences du coup d'État de décembre. « Nous sommes le progrès», disent les niveleurs; et, grâce à eux, trois ans après, c'est la réaction qui triomphe.

l'aNTI- COMMUNISME DES GRANDS HOMMES DE LA RÉVOLUTION

Les utopies communistes ne pouvaient manquer d'avoir leur place dans le vaste mouvement d'idées de la fin du xvine siècle ; mais il s'en faut qu'elles aient eu une réelle autorité.

Bien avant l'époque où Babeuf prodiguait ses ardents appels pour embastiller la France dans son communisme égalilaire, le chef des Girondins, Vergniaud, avait opposé, aune égalité imaginaire d'où résulterait vite l'anarchie, « cette égalité, fille de la nature, qui, au lieu de diviser les hommes, les unit par les liens d'une fraternité universelle » ; il avait montré que la vraie égalité n'est pas plus celle des fortunes qu'elle n'est celle des tailles, des forces, de l'esprit, de l'industrie, du travail; et il stigmatisait les dangereuses utopies des niveleurs par ces fortes paroles : « Un tyran de l'antiquité avait fait construire un lit de fer sur lequel il étendait ses victimes, mutilant celles qui étaient plus grandes que le lit, disloquant douloureusement celles qui étaient moins grandes. Ce tyran comprenait l'égalité à sa manière. »

Moins imprégnés de l'esprit individualiste, les Montagnards furent sans doute plus frappés que les Girondins du grand nombre de maux et de crimes qui résultent de

l'extrême disproportion des fortunes, et ils auraient flétri cet aveugle égoïsme, qui, buté contre la marée montante du prolétariat, prétend retenir dans l'indigence les créateurs de la richesse ; mais ils ne laissèrent pas d'être eux aussi convaincus, selon la parole de Robespierre, que Y égalité des biens est une chimère , et ils réprouvèrent cette nouvelle espèce de servage que serait le communisme.

Certes, les grands hommes de la Révolution, quoique beaucoup trop prévenus contre le régime des associations, répugneront sagement à résoudre la société en une poussière d'atomes individuels sans cohésion et sans consistance; ils voudront que l'Etat soit un tout vivant; ils seront pénétrés de la vérité de cette pensée d'Aristote : « Ce n'est pas seulement par la loi et par la force que vivent les sociétés, c'est surtout par la fraternelle amitié » ; ils songeront enfin à fonder solidement l'éducation commune, que ce philosophe jugeait nécessaire chez tout peuple qui veut avoir l'unité morale, hors de laquelle il n'y a qu'anarchie.

Mais, en même temps, ils comprendront, avec le grand penseur de la Grèce, que, dans une société sans familles, les affections humaines risqueraient de se perdre, comme se perd la saveur de quelques gouttes de miel dans une vaste quantité d'eau ; que « mieux vaut être le cousin de quelqu'un que le frère de tout le monde »; et que la justice, « cette chose plus auguste que l'astre du soir et l'étoile du matin », c'est le respect du bien d'autrui, associé à la recherche du bonheur de tous.

Au fond, les communistes étaient des revenants de l'ancien régime. Les théoriciens du passé, dans l'ordre

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juridique et dans Tordre religieux, posaient des principes donnant au pouvoir la haute main sur tous les biens, tandis que le propre de la révolution, en Angleterre, en Amérique et en France, a été de faire de la propriété un complément de la liberté humaine, demeurant pour l'Etat chose sacrée et intangible.

La déclaration des droits de 93, comme celle de 89, proclamera expressément le droit de propriété.

Préludant au langage des communistes, Bossuet disait : « Otez le gouvernement, la terre et tous les biens sont aussi communs entre les hommes que l'air et la lumière; nul n'a de droit particulier sur quoi que ce soit ; et tout est en proie à tous ».

Pour les constituants, le droit d'acquérir et de posséder est l'inviolable patrimoine des hommes. La loi le consacre, mais ne le crée point.

Ils ne comprennent pas ce communisme qui, dans la république idéale de Platon, s'appuie sur l'esclavage ; qui, dans la Sparte de Lycurgue, ne peut se passer des ilotes; et qui, au Paraguay, sous le règne des Jésuites, ne se soutint quelque temps que par l'odieuse exploitation des noirs.

Entre autres absurdités, le régime communiste n'aurait-il pas le double tort de rétablir un monstrueux despotisme et de supprimer les féconds effets de la responsabilité personnelle et [de l'émulation née de la concurrence ?

Les constituants veulent le citoyen émancipé du joug des castes et des corporations, mais non abaissé jusqu'à vivre aux crochets de l'Etat.

Ils sont loin de prévoir qu'on leur opposera un jour que. s'ils ont légitimement touché à la propriété

féodale pour faire disparaître la distinction entre nobles et roturiers, il est également permis de toucher à la propriété telle qu'ils l'ont conçue, pour faire disparaître la distinction entre riches et pauvres.

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