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SAINT-SIMON ET FOURRIER

pathies, où chacun donnerait un libre cours à tous ses penchants, et, par le travail rendu attrayant, coopérerait à la création de la richesse, dont les produits seraient distribués en raison composée du capital, du travail et du talent.

Saint-Simon, passionné pour l'organisation à outrance, subordonnera tout à l'autorité, ou plutôt au despotisme d'un petit nombre de travailleurs jugés les plus capables ; Fourrier, comptant sur le jeu spontané des attractions naturelles, subordonnera tout au caprice de tous.

Tous deux discerneront bien que les fatalités pesant sur tant de misérables sont une plaie de notre civilisation ; mais, dans le choix des remèdes, ils adopteront trop exclusivement l'utile sans se préoccuper de l'honnête ; de plus, volontiers utopistes, ils chercheront l'utile en dehors du domaine des choses possibles, et ils ne sauront pas assez reconnaître que le détachement et le sacrifice doivent compter parmi les forces vives de l'humanité.

Ce souverain bonheur que tant de générations, trop peu soucieuses des choses d'ici-bas, n'entrevoyaient qu'au delà de la tombe, dans le séjour idéal du paradis, l'un et l'autre prétendront l'assurer pleinement aux hommes sur cette terre et dès cette vie. Louables efforts, mais efforts impuissants ! Doux rêves, mais vains rêves ! Il y a dans l'âme humaine un je ne sais quoi d'infini, que rien de ce qui est fini ne saurait remplir. Environnez-la de délices : elle n'en jouira jamais sans quelque angoisse ; elle sera toujours ingénieuse à se créer des douleurs; elle sentira enfin que cette région des choses mortelles, aussi embellie qu'elle soit, ne peut être qu'un exil, et que, là où rien ne meurt, là seulement est la patrie.

Le plus clair des services rendus par Fourrier et Saint- Simon sera d'avoir pressenti et montré qu'il est réservé à l'initiative d'associations particulières défaire l'essai et de jeter les semences de toute réforme féconde dans nos habitudes industrielles, domestiques, économiques, politiques et religieuses.

A partir de Rousseau, de Mably, de Morelly, le problème social est posé. Les charlatans du socialisme, sous couleur d'améliorer la société, n'auront pas d'autre but que de dépossédera leur profit ceux qui jouissent des biens de ce monde; les utopistes du socialisme rêveront d'une cité nouvelle où tous seraient égaux, quitte à faire reposer cette impossible égalité sur la commune servitude; les socialistes raisonnables entreprendront de.concilierle juste respect du droit d'acquérir et de posséder avec la consécration effective du droit dû à tout être pensant d'avoir les moyens de vivre et de développer sa personnalité.

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