LES CATÉCHISMES LAÏQUES
vivante, vous disposerez votre élève à la répudiation des penchants égoïstes et vous lui inculquerez le sentiment de plus en plus profond de cette puissance intime qu'est la liberté intérieure.
La manifestation de la loi du devoir, de mieux en mieux montrée en paroles et en actes, fait sentir à l'homme qu'il y a en lui une certaine valeur positive dont le prix passe tout ; elle lui inspire le respect de soi-même lié à la conscience de sa liberté; elle l'accoutume à ne craindre rien tant que de se trouver méprisable à ses propres
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Avant Kant et avant Helvétius, d'Alembert, comme on l'a vu, avait préconisé chaudement le catéchisme laïque. Dans son Essai sur les éléments de la philosophie, publié en 1759, il demandait qu'un citoyen philosophe entreprit d'écrire un catéchisme de morale à l'usage des enfants. « Peut-être, disait-il, n'y aurait-il pas de moyen plus efficace de multiplier dans la société les hommes vertueux; on apprendrait de bonne heure à l'être par principe, et Ton sait quelle est sur notre âme la force des vérités qu'on y a gravées dès l'enfance. Il ne s'agirait point dans cet ouvrage de raffiner et de discourir sur les notions qui servent de base à la morale; on en trouverait les maximes dans le cœur des enfants, dans ce cœur où les passions et Tintérêtn'ontpas encore obscurci la lumière naturelle. »
Enfin, dans YÉmile publié seulement en 1762, mais conçu plusieurs années avant, Rousseau avait tracé la première idée d'un catéchisme où il ne serait pas question de tous ces « dogmes mystérieux qui ne sont pour nous que des mots », ni de tant de « doctrines bizarres
GGO TURGOT
dont la vaine étude tient lieu de vertus à ceux qui s'y livrent », mais où il serait principalement parlé, en même temps que de l'existence d'un Dieu juste, de nos devoirs envers le prochain et envers nous-mêmes. Il demandait, pour composer ce catéchisme, un homme connaissant bien la marche de l'esprit des enfants et disposant ses enseignements de telle sorte que, sur les seules demandes, l'enfant fût acheminé à faire de luimême les réponses. «Ce serait peut-être le livre le plus utile qu'on eût jamais écrit, ajoutait-il, et ce ne serait pas, à mon avis, celui qui ferait le moins d'honneur à son auteur. »
Turgot fut l'admirateur enthousiaste de Rousseau dont il a partagé le spiritualisme et la foi en la religion naturelle. C'est sans doute chez lui qu'il puisa ses vues sur l'enseignement laïque de la morale.
On aime à le voir ici donner la main à Kant qui s'inspirera aussi des idées de Rousseau et les perfectionnera.