LES CATÉCHISMES LAÏQUES
La forme d'un tel catéchisme consistera en une suite méthodique de demandes et de réponses échangées entre le maître et l'élève. Le fond en sera tiré de la raison commune à tous les hommes. Le problème de la pure moralité est résolu depuis longtemps, non par des formules abstraites, mais par un usage constant. Nous distinguons généralement le bien du mal, comme nous distinguons la main droite de la main gauche.
Avant tout, un tel catéchisme ne doit pas faire partie d'un catéchisme religieux. Cela impliquerait que la morale est un appendice de la religion. Or, la morale est un tout qui se suffit. Les enseignements religieux n'ont de pureté qu'autant qu'ils lui sont subordonnés. Ils ne doivent en aucun cas la précéder; ils ne peuvent que la suivre, tout en demeurant absolument distincts. Rien de plus pernicieux que les résultats où conduit l'amalgame des préceptes moraux avec les dogmes théologiques. La religion n'est plus qu'hypocrisie ; la vertu que crainte; la moralité que mensonge.
Dans le catéchisme moral, on ne fera mention que d'une façon accessoire des avantages qui suivent l'accomplissement du devoir et des préjudices qui suivent sa violation. En etfet, aux yeux de Kant, bien différent d flelvétius, les bons résultats de la moralité ne sont en quelque sorte que « des assaisonnements faits pour les palais naturellement faibles ». Il s'agit de mettre en relief ce que l'immoralité a de honteux, non ce qu'elle a de nuisible. Sinon, la dignité de l'homme se trouvera bientôt réduite à l'état d'une marchandise dont on trafique quand le profit et la convoitise y sollicitent.
Il ne suffira pas d'analyser chaque espèce de devoirs ; il faudra aussi poser des questions de casuistique. Outre
Fauhe. — Pères de la Révolution. 42
que leur examen plaira aux enfants (car nous aimons toute recherche qui met en œuvre notre subtilité), il aura le double effet de fortifier la culture de la raison et de conduire insensiblement l'élève à prendre de l'intérêt à la moralité.
En même temps, il faudra puiser dans les biographies de l'antiquité ou des temps modernes un choix d'exemples de tous les devoirs qu'on aura dogmatiquement justifiés. Ces exemples captiverontl'imagination de l'enfant. Par leur examen, et par la comparaison d'actions semblables accomplies en des circonstances diverses, son intelligence sera formée à discerner la valeur morale des actes, son âme sera de plus en plus inclinée à estimer le bien et à mépriser le mal.
On doit toutefois se garder de présenter pour modèles aux enfants des actions où l'exaltation fugitive du cœur tient plus déplace que la ferme soumission de la volonté au devoir. Ce serait les engager dans des sentiments romanesques, et les rendre dédaigneux de la pratique des obligations ordinaires. Il convient de tout rapporter à la valeur qu'un homme peut et doit se donner à ses propres yeux par la conscience d'avoir obéi à la loi morale en vue même de la loi morale.
La moralité a d'autant plus de force sur le cœur humain qu'on la lui montre plus pure. Représentez à l'enfant un homme qui, pour ne pas forfaire au devoir, dédaigne les plus séduisantes promesses, brave les plus terribles menaces, se résigne au supplice le plus cruel, vous verrez votre jeune auditeur approuver, admirer, vénérer cet homme et souhaiter de lui être semblable, sans toutefois désirer le même sort. Au moyen de ces exemples où l'intention morale apparaît d'une manière