LE TYPE DU BON GOUVERNEMENT
n'est-il pas bien différent du pouvoir monarchique, à la fois un, perpétuel et héréditaire?
Au fond, il n'y a qu'à s'entendre. Si, remontant à l'étvmologie des termes, on désigne par le mot monarchie l'unité du commandement, par le mot aristocratie la domination des meilleurs, par le mot démocratie le pouvoir du peuple, on pourra parfaitement dire que le tvpe du bon gouvernement consiste dans une espèce d'harmonie établie entre l'élément monarchique, l'élément aristocratique et l'élément démocratique.
Le peuple est souverain et a pour organe le suffrage universel. C'est là l'élément fondamental, l'élément démocratique .
Les représentants du peuple, choisis par le peuple, liés par un contrat explicite ou implicite intervenu entre eux et lui, et tenus de rester fidèles aux déclarations faites à leurs électeurs, établissent, après les avoir amplement discutées, les lois qu'exigent l'intégrité des libertés publiques, la justice et l'intérêt général. C'est là l'élément aristocratique, les élus du peuple étant présumés les meilleurs de la nation.
Enfin, "conformément au système américain ou au système suisse, un ou plusieurs mandataires adoptés parle peuple sont chargés d'exécuter les volontés de la nation, manifestées directement par elle-même ou indirectement par ses représentants . C'est là l'élément monarchique.
Pour qu'il soit fait droit au droit, l'autorité exécutive doit être subordonnée à l'autorité législative, ce qui exclut l'hérédité, l'irresponsabilité et la perpétuité du pouvoir; 1 autorité législative, à son tour, au lieu de dé^cn('rer en dictature oligarchique, doit demeurer
subordonnée au suffrage universel dans lequel s'incarne la souveraineté nationale.
Dans un tel régime les pouvoirs sont divisés, et la suprême puissance demeure au peuple.
Que le suffrage universel ait ses travers et ses ignorances, c'estincontestable. Il s'ensuit la nécessité d'efforts continus pour l'éclairer et le moraliser. Mais hors de lui, il n'y a qu'abdication du peuple ; et, au point où en sont les lumières, un peuple ne saurait longtemps abdiquer.