LE PROBLÈME DU MAL ET L ORDRE PROVIDENTIEL SELON VOLTAIRE
Voltaire pense que, s'il est impossible que le monde soit sans Dieu, il est également impossible que Dieu soit sans le monde. La puissance divine ne se comprend que toujours agissante.
Mais pourquoi cet univers, qui participe de l'éternité de Dieu et est de tout temps rempli de ses productions, se trouve-t-il si imparfait? Le néant ne vaudrait-il pas mieux que cette multitude d'existences fugitives où se mêlent tant de douleur et de déraison, et qui continuellement s'entre-dévorent?
Fabi-.e. Pères de la Révolution. 17
A cette question, Voltaire ne sait trop que répondre. Tantôt il condamne la Providence ; tantôt il la défend. Pour la défendre, il explique qu'il n'y a pas de mal dont il ne naisse un bien ; que les méchants sont toujours malheureux ; qu'on oublie trop d'envisager l'infinité des mondes et des siècles ; que tout est épreuve, ou punition, ou récompense.
En somme , toutes les sectes ont échoué contre l'écueil du mal physique et du mal moral. Il ne reste qu'à croire que Dieu, ayant agi pour le mieux, n'a pu faire mieux. Dès lors, il faut dire, non pas : « Tout est bien » ; mais : « Tout est le moins mal qu'il se pouvait». Enfin, il faut espérer le règne futur du bien, tout en reconnaissant, sur beaucoup de points, la prédominance actuelle du mal.
C'est précisément à montrer ^immensité des maux pullulant dans la nature et dans la société qu'est consacré Candide, chef-d'œuvre souvent calomnié, où brillent, à travers les débauches d'une ironie diabolique, les éclairs d'un immortel bon sens,
En opposant à l'optimisme béat d'un Pangloss sa peinture si hardiment réaliste des misères humaines, Voltaire veut aboutir à la condamnation du rêve et à l'apothéose de l'action, qui remédie à toute faiblesse et fait oublier toute peine. Sa conclusion est qu'il faut cultiver notre jardin, c'est-à-dire travailler. « Le travail, dit-il, éloigne de nous trois grands maux, l'ennui, le vice et le besoin. »
Donc, que d'autres voient dans le travail notre châtiment; nous, nous y verrons avec Voltaire notre consolation.